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Une nouvelle capitale pour l’Égypte à la fin 2018

17 oct. 2017, PAR Acteurs Publics
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Le Président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi. - © AP/SIPA

Le montant financier de ce projet pharaonique est évalué à 38 milliards d’euros. Sept fois plus grande que Paris intra-muros, la ville hébergera 5 à 7 millions d’habitants. Elle sera dotée par ailleurs du plus grand aéroport du Proche-Orient.


Le gouvernement égyptien va déménager dans une nouvelle capitale administrative et financière à la fin 2018. Le Premier ministre, Cherif Ismael, vient de révéler que les premières institutions concernées par le transfert de leurs locaux sont la présidence de la République, les ministères et les grands établissements publics. La ville, dont les travaux d’aménagement ont commencé il y a deux ans, se trouve à 45 kilomètres du Caire, dans le désert.

Sept fois plus grande que Paris intra-muros et deux fois plus grande que Washington D.C., elle devra s’étendre jusqu’à l’entrée du canal de Suez (entre la Méditerranée et la mer Rouge), sur une superficie de 700 kilomètres carrés.

40 millions d’habitants en 2050

Les promoteurs de cette capitale, encore sans nom, décrivent une cité du futur qui n’aura rien à envier aux plus grandes métropoles mondiales. Le Président al-Sissi, qui a lancé le chantier en mars 2015 lors d’une conférence économique internationale à Charm el-Cheikh, a pris le risque de ressusciter un vieux projet, laissé dans les tiroirs faute de financements et d’audace politique.

L’Égypte aspire en effet, depuis trois décennies au moins, à changer de capitale pour préserver l’ancienne de la décrépitude et de l’asphyxie. Avec une population estimée à 20 millions de personnes (entre sédentaires et visiteurs), Le Caire est devenue trop exiguë. Ses embouteillages quotidiens empêchent de nombreuses administrations de fonctionner normalement et font grimper le taux de pollution.

Selon les estimations, la population devrait atteindre 40 millions d’individus en 2050. Face à cette croissance démographique hallucinante, les autorités entendent déplacer une partie des Cairotes vers la nouvelle capitale. Cinq à 7 millions seront concernés par des opérations de relogement graduelles qui auront lieu une fois les travaux d’aménagement achevés.

Référence à Singapour

Le gouvernement a, dans cette perspective, annoncé qu’il inviterait prochainement des investisseurs à ériger des quartiers d’habitation. Une vingtaine de zones résidentielles devront être bâties. À côté de lotissements cossus, il y aura des cités HLM, implantées, d’après la maquette, dans des paysages verdoyants et à proximité de plans d’eau. Le projet prévoit par ailleurs la construction d’universités, d’un centre de recherche et d’un immense parc de loisirs.

Côté officiel, il y aura le quartier gouvernemental où seront implantés les locaux de la Présidence, des ministères et des administrations. Une autre zone devra abriter le siège du Parlement et une troisième, les bâtiments des ambassades étrangères.

Assimilant la future capitale à Singapour, qui dispose de la même superficie, al-Sissi souhaite qu’elle devienne un hub d’affaires international, dotés d’infrastructures idoines, dont un aéroport international, le plus grand du Proche-Orient.

Quel financement ?

À ce jour, personne ne sait avec quel argent précisément l’État est en train de réaliser le chantier, dont le coût global est estimé à 38 milliards d’euros. En 2016, le géant chinois du BTP China State Construction Engineering Corp a révélé avoir conclu un accord avec le gouvernement égyptien qui prévoit le financement du projet par des prêts et des dons à hauteur de 12 milliards d’euros. Les travaux pris en charge par l’entreprise chinoise concernent la réalisation de 12 bâtiments gouvernementaux, du siège du Parlement, ainsi que d’un centre des congrès.

Des sources égyptiennes affirment que des pays du Golfe, a l’instar des Émirat arabes unis ont également investi de l’argent dans le projet. L’État égyptien aurait, de son côté, vendu des bons du trésor public pour augmenter le volume des financements.

Dans le pays, confronté à une sévère crise économique, la perspective de voir une nouvelle capitale s’élever dans le désert suscite des opinions contrastées. L’opposition dénonce une entreprise coûteuse et farfelue. De son côté, une partie de la population estime que le projet est bon pour l’emploi. Les Cairotes, en particulier, sont enthousiastes à l’idée de voir leur ville soulagée en termes de densité démographique.  

Samia Lokmane-Khelil