Quantcast

L’attractivité des carrières militaires passe par une meilleure politique de reconversion

19 oct. 2017, PAR Bastien Scordia
  • 03
    MIN
  • 0

Michel Euler/AP/SIPA

Dans son rapport annuel, le Haut Comité d’évaluation de la condition militaire (HCECM) préconise de renforcer les dispositifs de reconversion des militaires, notamment par l’ouverture d’une voie spéciale d’accès à la fonction publique. Sans quoi l’attractivité de la fonction militaire risque d’en être “affectée”.


Si la défense ne s’implique pas d’avantage pour faciliter la reconversion professionnelle de ses militaires, elle peinera à recruter de nouveaux profils dans ses rangs. C’est le constat formulé par le Haut Comité d’évaluation de la condition militaire dans son rapport annuel, remis en septembre à la ministre des Armées, Florence Parly, et rendu public début octobre.

Les dispositifs de reconversion actuellement proposés “ne permettent qu’incomplètement de garantir un retour à l’emploi après un parcours militaire, souligne dans son rapport le Haut Comité, présidé par le conseiller d’État Bernard Pêcheur. Si cette situation devait perdurer, voire se détériorer, l’attractivité de la fonction militaire en serait affectée”.

Selon le bilan social réalisé par le secrétariat général pour l'administration du ministère des Armées, sur les 20 786 militaires ayant quitté les rangs de l'armée l'année dernière 2 213 d'entre eux ont bénéficié d'un reclassement dans la fonction publique et 8 259 dans le secteur privé."

Ouverture des voies d’accès à la fonction publique

Certes, le Haut Comité ne nie pas les efforts “importants” réalisés en matière de reconversion des militaires, mais ces efforts demeurent “encore insuffisants au regard des ambitions affichées”. Les “reconvertis” ont en effet accès à des dispositifs “attractifs” d’accompagnement vers d’autres parcours professionnels, qui reposent à la fois sur leurs règles spécifiques de pension de retraite, sur des allocations telle que celle d’aide au retour à l’emploi ou enfin sur des dispositifs particuliers d’accès aux autres versants de la fonction publique (concours, détachement-intégration, emplois réservés…).

Sur ce dernier point, le rapport du HCECM relève en particulier que l’ampleur des reconversions inter-fonctions publiques reste aujourd’hui “encore modeste par rapport aux volumes de départ”. Ainsi, le volume de militaires reclassés dans la fonction publique, après avoir bénéficié de la procédure d’accès dite des emplois publics réservés, atteignait 752 personnes en 2016 contre 706 en 2010 et 665 en 2008. L’année dernière, 205 militaires ont par ailleurs été reclassés dans la fonction publique par le biais des concours, contre 103 en 2008.

Pour renforcer l’efficacité des passerelles entre la fonction militaire et la fonction publique, le Haut Conseil recommande notamment d’ouvrir une voie spéciale d’accès par examens professionnels aux militaires contractuels et de carrière. Et ce indépendamment des actuels concours internes et externes auxquels ils peuvent postuler. “L’État gagnerait à ce que les compétences acquises et développées par les militaires tout au long de leur carrière puissent être utilisées différemment dans les services de l’État et des collectivités publiques”, précise le HCECM. Cette voie pourrait, selon ce dernier, “concerner une part significative des recrutements réalisés” par exemple dans la police, dans l’administration pénitentiaire, à la douane, dans les polices municipales ou à l’Office national des forêts.

Quant au développement des pratiques de validation des acquis de l’expérience (VAE) pour les militaires en amont d’une possible reconversion, celui-ci reste très limité, pointe le rapport. En 2016, “seules” 115 validations ont en effet été accordées, contre 378 en 2010. 

Soutien à l’Agence de reconversion

Dans son rapport, le Haut Comité préconise aussi au ministère des Armées de soutenir davantage l’Agence de reconversion de la défense (ARD), service rattaché à la direction des ressources humaines du ministère et chargé de la conduite de la politique de reconversion des militaires.

“L’ampleur des flux de départs des militaires vers la vie civile et les réponses partielles qui sont données aujourd’hui par le dispositif de reconversion exigent que l’action de l’ARD soit soutenue pour améliorer le taux de reclassement et accroître le taux de captation de militaires entrant en phase de transition professionnelle”, estime le HCECM. Actuellement, l’agence ne parvient à capter que 54 % des militaires quittant définitivement les rangs des forces armées. L’occasion pour le HCECM d’appeler notamment au développement de partenariats entre l’ARD et des financeurs privés “autour de projets d’insertion professionnelle ciblée”.