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Les cabinets ministériels restent plutôt masculins

24 oct. 2017, PAR Pierre Laberrondo
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© MEIGNEUX/SIPA

Les femmes n’occupent que 38 % des postes dans les cabinets ministériels du gouvernement d’Édouard Philippe et peinent à investir le cercle très fermé des directrices de cabinet.


Le chemin reste long à parcourir pour atteindre la parité dans les cabinets ministériels. L’analyse des profils des conseillers qui les composent, nommés au Journal officiel et en poste au 15 septembre, fait ressortir une situation assez représentative de la société. Les hommes continuent de dominer, et cette domination se révèle encore plus écrasante au sommet. Une vérification supplémentaire de l’effet “plafond de verre”. Sur l’ensemble des cabinets du gouvernement Philippe (avec Matignon, donc, mais sans l’Élysée), on recense 62 % d’hommes. Le seul cabinet de Matignon compte 39 hommes pour 23 femmes et celui de l’Élysée, 28 hommes pour 14 femmes.

L’analyse cabinet par cabinet au 15 septembre, ici retenue, peut être relativisée dans le système macronien dans la mesure où les équipes ont été conçues, dans certains cas et davantage qu’à l’accoutumée, selon des logiques plus larges de pôles (le ministre et ses secrétaires d’État), mais sans que l’on puisse en faire une généralité.

On peut noter quelques cabinets très féminisés et d’autres beaucoup moins. Dans le détail, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, ministre du régalien par excellence, a recruté 8 hommes et 2 femmes. Sa collègue Jacqueline Gourault, qui l’assiste, notamment sur le dossier des collectivités locales, l’aide (un peu) à rééquilibrer la moyenne du pôle (3 femmes pour 3 hommes chez elle). À noter que la mission opérationnelle de sécurité et de défense placée auprès du puissant ministre de l’Intérieur (un “cabinet bis” très spécialisé composé d’une dizaine de personnes et créé tout à fait officiellement dès le 16 juin, pour contourner avec la bénédiction de l’Élysée et de Matignon les restrictions posées par le décret du 18 mai), dont les effectifs n’ont pas été comptabilisés avec ceux des autres cabinets, reste, elle aussi, très masculine (2 femmes et 7 hommes).

57 % d’hommes au “pôle Matignon”

Parmi les cabinets des ministres les moins féminisés, on peut aussi citer celui de la ministre chargée des Transports, Élisabeth Borne, ancienne patronne de la RATP. Cette ancienne préfète de région a en effet nommé 7 hommes et une femme. Son ministre de tutelle, Nicolas Hulot, a, lui, nommé 4 femmes (pour 10 postes). Au final, le pôle “Environnement transports” (constitué par 4 ministres) compte dans son ensemble 19 hommes pour 9 femmes.

Dans le secteur de la défense, la ministre des Armées, Florence Parly, a recruté 7 hommes et 4 femmes et sa secrétaire d’État, Geneviève Darrieussecq, 5 hommes. Le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, se distingue, lui, avec 8 hommes et une femme. Son secrétaire d’État, Benjamin Griveaux, ne l’aide pas beaucoup, avec 80 % d’hommes… Toujours au 15 septembre, Jacques Mézard, à la Cohésion des territoires, avait, lui, nommé 6 femmes pour 10 postes, et son secrétaire d’État, Julien Denormandie, 4 hommes et une femme.  

Le pôle “Matignon” – 5 ministres, dont le premier d’entre eux – apparaît plus féminisé que le seul cabinet d’Édouard Philippe : 57 % d’hommes pour le pôle contre 63 % pour le cabinet du Premier ministre. À noter, à l’intérieur du pôle Matignon, un cabinet assez féminisé, celui de Christophe Castaner : 3 hommes pour 6 femmes.

L’analyse des cabinets fait aussi ressortir un évident effet plafond de verre, déjà présent par le passé et que l’on retrouvait, par exemple, dans les analyses élaborées au début du quinquennat de François Hollande, en 2012 [lire notre article].

Plafond de verre chez les directeurs de cabinet

En 2017 aussi, plus on monte dans la hiérarchie, plus les choses se corsent. Si on approche de la parité chez les 31 chefs de cabinet des ministres et du Président (17 hommes et 14 femmes), le plafond de verre se retrouve chez les directeurs de cabinet : 26 hommes pour 6 femmes. Au total, 31 directeurs de cabinet ont été nommés pour les 30 ministres – Christophe Castaner disposant de 2 directeurs de cabinet, l’un pour le Parlement l’autre pour le porte-parolat – et un pour le Président Macron.

Pour rappel, le chef de cabinet organise l’agenda de son patron, fait office de directeur des ressources humaines du cabinet, gère les questions d’intendance, notamment en liaison avec l’administration du ministère et quelques dossiers très politiques liés à la personnalité du ministre ou à son fief électoral, quand le directeur de cabinet a, lui, un rôle beaucoup plus tourné vers l’opérationnel et la décision politique. Ce dernier fait même office de vice-ministre du point de vue de la signature et du règlement de beaucoup de dossiers de premier plan.

De fait, derrière une impeccable parité bruyamment affichée pour le choix des ministres, les femmes peinent à investir le cercle très fermé des “dircab’”. Seules 6 ont réussi à se hisser au sommet (nommées par 3 hommes et 3 femmes) et selon une répartition d’ensemble assez caricaturale. Michèle Pappalardo, ancienne tête pensante du ministère de l’Écologie sous l’ère Borloo, a été nommée directrice de cabinet du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, un poste pour lequel cette présidente de chambre à la Cour des comptes apparaît, sur le papier, archiqualifiée, voire surqualifiée.

Chantal de Singly a, elle, pris la direction du cabinet de la ministre des Sports, Laura Flessel, tandis que Sophie Delaporte assure la direction du cabinet du ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert. Les 3 autres dircab’ travaillent pour des secrétaires d’État placés auprès des ministres : Égalité entre les femmes et les hommes, Personnes handicapées et Affaires étrangères… Allez, encore un petit effort !