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Comment le pouvoir algérien décourage les candidats aux élections locales

6 nov. 2017, PAR Acteurs Publics
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Ahmed Ouyahia, le 9 juin 2017 à Alger, lors d'un meeting de son parti, le Rassemblement Nationale Démocratique (RND) - Sidali Djarboub/AP/SIPA

L’administration algérienne a invalidé plusieurs listes de candidats aux élections du 23 novembre. L’opposition conteste un régime électoral qui privilégie les partis au pouvoir dans l’attribution des sièges et d’un code communal permettant aux préfets d’exercer une tutelle sur les assemblées locales. 


La campagne pour les élections locales du 23 novembre prochain, en Algérie, a commencé dimanche 29 octobre dans une ambiance assez morose. La plupart des partis d’opposition qui prennent part au scrutin ont conscience que l’administration mettra tout en œuvre afin de permettre aux partis de l’alliance présidentielle, le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), dirigé par l’actuel chef du gouvernement Ahmed Ouyahia, de rafler la mise et de proroger leur pouvoir sur les municipalités.

Au plus haut niveau de l’État, ce rendez-vous électoral qui a valeur de test avant l’élection présidentielle de 2019, vise à mettre en place un maillage territorial qui préservera le statu quo politique. Pour avoir été un représentant du sérail, l’ancien Premier ministre, Ali Benflis, qui dirige actuellement un mouvement d’opposition, Talaie el Houriat, sait comment fonctionne la machine électorale.

Anticipant une fraude massive au profit du FLN et du RND, il dénonce un scrutin verrouillé auquel il a pourtant décidé de prendre part. Les entraves auxquelles nous sommes confrontés dépassent tout entendement. L’administration est allée jusqu’à rejeter des listes au motif que certains candidats présentent un danger pour l’ordre public alors qu’ils n’ont jamais été condamnés. On nous dit que nos listes ne passeront pas. La fraude se déroule maintenant pas anticipation », s’est révolté un de ses lieutenants dans la presse algérienne récemment.

Rejets de parrainages

Plusieurs autres formations du spectre politique - des laïques aux islamistes - déplorent des obstacles similaires. Ils accusent les pouvoirs publics de les disqualifier autrement que par la voie des urnes en réduisant leur participation aux élections locales. Il est arrivé en effet que la justice soit appelée en renfort ces dernières semaines, pour invalider des listes de candidats pour des motifs assez aberrants. Dans plusieurs cas, les juges ont fait une propre interprétation du code électoral, en recalant des postulants pour des amendes impayées ou, plus grave, parce qu’ils constituent une menace à la sécurité de l’État, alors qu’ils n’ont jamais été inquiétés par la justice.

Opérant avec zèle, les autorités ont également rejeté, dans plusieurs cas, des parrainages sous prétexte que les signatures ne sont pas valides. Ces parrainages ont été instituées conformément à la nouvelle loi électorale votée en 2016 et qui exige des candidats de partis ayant obtenu moins de 4 % des voix aux précédentes élections de recueillir le "parrainage" de 50 électeurs par siège à pourvoir.

Compte tenu du nombre important de sièges au niveau national - 2 150 en tout - le défi s’est avéré insurmontable pour la plupart des 50 partis en lice. En dehors de leurs bastions régionaux, ils  n’ont pas pu recueillir les signatures nécessaires. Pour l’opposition, ce genre de dispositions sert clairement les intérêts du FLN et du RND qui ont obtenu la majorité au Parlement en mai dernier. Certains ont saisi à ce sujet la Haute instance indépendante de surveillance des élections (HIISE) dirigée par un ancien ministre, Mohamed Derbal. Celui-ci a interpellé, à son tour, le pouvoir exécutif sur les dépassements de l’administration dans le traitement des dossiers de candidature. Il s’est en outre élevé contre la partialité de l’appareil judiciaire et les distorsions contenues dans la loi électorale. 

Taux de participation très faible

Sur un autre registre, Mohamed Derbal a montré son agacement concernant le manque d’empressement affiché par le ministère de l’Intérieur à assainir le fichier électoral, un instrument de fraude par excellence. Ce réservoir de voix a permis par le passé aux autorités de gonfler le taux de participation et de crédibiliser des opérations électorales largement désavouées par la population.

Cette fois, il a attendu aussi que les électeurs désertent les bureaux de vote. Lors du dernier scrutin législatif, le taux de participation très faible n’a pas dépassé 37 %. Pour nombre d’Algériens, les élus au niveau national ou local n’ont pas réellement de prérogatives. Ce constat est confirmé dans le cas des municipalités, par des dispositions du code communal qui placent les maires et leurs adjoints sous tutelle du préfet. L’article 57, par exemple, stipule que les procès-verbaux signés par l’assemblée municipale "ne sont exécutoires qu’après avoir été approuvés par le wali (préfet), notamment pour les délibérations portant sur les budgets et les comptes, l’acceptation de dons et legs étrangers, les conventions jumelage et es aliénations du patrimoine communal".

Samia Lokmane-Khelil