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Le président du Parlement européen veut lancer un “plan Marshall pour l’Afrique”

10 nov. 2017, PAR Acteurs Publics
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Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, le 30 ocotobre 2017 à Tunis - assene Dridi/AP/SIPA

Antonio Tajani a annoncé, le 30 octobre devant le Parlement tunisien, qu’il souhaitait mobiliser 40 milliards d’euros pour le développement du continent africain dans le prochain budget pluriannuel 2020-2026. Il espère un effet de levier de 400 milliards d’euros avec les apports des des investisseurs privés. 


“Avec 40 milliards d’euros et une action encore plus forte de la Banque européenne d’investissement, il est tout à fait possible de changer le destin de l’Afrique”, a estimé Antonio Tajani. Le président du Parlement européen, qui s’exprimait devant le Parlement tunisien le 30 octobre dernier, a ajouté que cette somme pourrait être multipliée par dix et atteindre 400 milliards avec l’apport de fonds privés, sur le modèle du plan Juncker pour l’Europe.

D’ailleurs, Antonio Tajani n’a pas hésité à parler de “plan Marshall pour l’Afrique”, sur le modèle du plan d’investissement américain qui a permis la reconstruction de l’Europe à partir de 1947.  L’objectif du plan proposé par Antonio Tajani est de “bâtir des infrastructures, aider les PME, faire des jeunes Africains des entrepreneurs”. Ce plan, dont les contours avaient été formulés lors d’un voyage en mai dernier par des parlementaires européens en Tunisie sous l’appellation de “plan pour la Méditerranée”, serait une contribution essentielle dans la lutte contre l’immigration illégale en Europe.

Ne pas laisser le champ libre à la Chine

“Vous devez comprendre pourquoi il y a des centaines de milliers, voire des millions de personnes à l’avenir qui pourraient quitter leur pays et venir chez vous (en Tunisie) et au-delà”, a-t-il dit aux parlementaires tunisiens. Le président du Parlement européen a appelé à l’action pour offrir aux émigrants des opportunités pour une vie décente, d’où le besoin d’investissements, notant que “personne ne veut quitter sa ville natale, mais que si cette ville souffre de pauvreté et de chômage, l’émigration deviendra alors la seule solution”.

Lors de son discours, il a aussi précisé la volonté européenne de ne pas “laisser le développement de l’Afrique à une Chine qui n’a pas la même conception que nous du respect de l’environnement, des valeurs démocratiques”. L’Union européenne est le premier bailleur de fonds pour l’aide au développement dans le monde. En 2016, elle a consacré près de 19 milliards d’euros de son budget pluriannuel à l’Afrique.

Les 200 projets du plan Juncker

Avec 40 milliards d’euros qui pourraient se transformer en 400 milliards d’euros d’investissement, cet objectif n’est-il pas trop ambitieux ? Pas forcément, si l’on observe le plan Juncker lancé fin 2015 pour l’Union européenne, auquel se réfère le “Plan Marshall pour l’Afrique”. Celui-ci prévoyait un multiplicateur de 15 où les 21 milliards de garantie de l’Union européenne et de la Banque européenne d’investissement devaient déboucher sur 315 milliards d’euros d’investissement d’ici septembre 2018.

En septembre dernier, les quelque 200 projets approuvés par la Commission européenne devaient générer 210 milliards d’euros d’investissement, soit plus de la moitié des 315 milliards espérés. Et un vote du Parlement européen l’a prolongé de deux ans, jusqu’en 2020, avec pour objectif d’investir 500 milliards d’euros au total.

Jean-Bernard Gallois