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Présidence de l’Agence pour la rénovation urbaine : les enjeux d’une nomination

14 nov. 2017, PAR Shahinez Benabed
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HAMILTON-POOL/SIPA

Le gouvernement a annoncé la nomination prochaine du maire PS de Clichy-sous-Bois, Olivier Klein, à la tête de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine. Le nouveau président devra notamment œuvrer au déploiement du doublement financier du nouveau programme national de renouvellement urbain, en vue d’une mise en œuvre différenciée, au sein de chaque projet concerné.


Sa nomination se faisait attendre. Avec quelques semaines de retard et dans le cadre d’une visite du Président Emmanuel Macron en Seine-Saint-Denis lundi 13 novembre, le gouvernement a finalement annoncé avoir proposé la présidence de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) à Olivier Klein, maire socialiste de Clichy-sous-Bois.

Cette annonce, attendue par les acteurs de la politique de la ville, devait initialement intervenir dans le courant du mois d’octobre, alors que l’établissement public, créé en 2004 pour s’occuper de la mise en œuvre de deux programmes de rénovation urbaine dans les quartiers défavorisés – le PNRU, débuté en 2004, et le NPNRU, initié en 2014 –, était sans président depuis juillet dernier.

À cette date en effet, François Pupponi avait officiellement rendu son tablier aux manettes de l’Anru, en raison de sa réélection en tant que député PS du Val-d’Oise en juin dernier. Une réélection qui l’empêchait, de fait, de cumuler son mandat parlementaire avec ce type de fonction exécutive.

Choix de “l’expérience” et des “compétences”

La décision de nommer Olivier Klein à ce poste, quant à elle, si elle tord le cou aux rumeurs qui avaient circulé jusque-là (d’aucuns ayant prédit qu’il s’agirait peut-être d’une femme, ou d’un élu de province), se justifie notamment par “l’expérience” et les “compétences” de celui-ci en matière de politique de la ville, selon les mots employés mardi 14 novembre par le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard.

Et pour cause, Olivier Klein est, depuis 2011, à la tête de Clichy-sous-Bois, où il a débuté sa carrière politique en 1995 en tant que premier adjoint. Une commune “particulièrement emblématique” en matière de rénovation urbaine selon l’Élysée, puisqu'elle a "bénéficié du plus ambitieux programme de rénovation urbaine de France (670 millions d'euros) après avoir été le berceau des émeutes de 2005",selon l'AFP.

Par ailleurs vice-président de l’association d’élus Ville et Banlieue, vice-président du Conseil national des villes et vice-président délégué à l’habitat et à la mixité de la métropole du Grand Paris, il a en outre été vice-président de la communauté de communes, devenue communauté d’agglomération, de Clichy-sous-Bois Montfermeil, en charge notamment de la politique de la ville, de 1997 à 2011.

Doublement du financement du NPNRU

Après cette annonce, la nomination d’Olivier Klein doit maintenant suivre un certain protocole. Dans les prochains jours, “il sera désigné en tant que personnalité qualifiée” par le gouvernement “pour entrer au conseil d’administration (CA) de l’Anru”, explique Nicolas Grivel, directeur général de l’Anru, à Acteurs publics. S’ensuivra alors “un décret du président de la République qui le désignera comme président parmi les membres du CA”. Pour sa part, le conseil d’administration de l’agence, qui tiendra sa prochaine réunion le 30 novembre, prendra ensuite acte de la nomination.

Une fois effectivement en place, Olivier Klein aura alors pour principale mission, toujours selon Nicolas Grivel, d’œuvrer au déploiement du “doublement financier du NPNRU, et de traduire ce doublement projet par projet”. Pour mémoire, lors de la campagne présidentielle du printemps dernier, Emmanuel Macron avait promis de faire passer le financement des projets de renouvellement prévus dans le NPNRU de 5 milliards à 10 milliards d’euros. Un engagement confirmé à plusieurs reprises depuis lors par le gouvernement.

Le nouveau président de l’Anru sera ensuite attendu par les élus des communes concernées par le programme (216 quartiers d’intérêt national et 264 projets d’intérêt régional), concernant la poursuite des signatures des conventions de renouvellement urbain, qui ont pris du retard (seules 5 à ce jour ont été signées). Si, selon Nicolas Grivel, ce retard s’explique notamment “en raison du doublement du financement du programme”, certains acteurs ayant souhaité “revoir” les termes des contrats, pour Gilles Leproust, secrétaire général de Ville et Banlieue, la vacance du poste de président n’a “pas aidé à finaliser les conventions. Car un président peut donner une impulsion politique, accélérer les prises de décisions et débloquer un certain nombre de dossiers”. Une impulsion que le secrétaire général et maire PC d’Allonnes (Sarthe), qui participe au NPNRU, souhaite bien voir revenir avec la nomination d’Olivier Klein.

Enfin, toujours selon Gilles Leproust, les élus attendent du nouveau président qu’il facilite aussi une plus “grande souplesse du NPNRU”, dont les dossiers de montage des projets sont jugés “trop complexes”, “trop procéduriers” et peu “évolutifs”. “Un projet doit être pensé sur les dix ou quinze ans à venir, estime le secrétaire général de Ville et Banlieue. Il ne peut donc qu’évoluer. Il serait ainsi intéressant d’y apporter de la souplesse, en permettant par exemple d’en adapter les objectifs tous les deux ou trois ans”.

De l’importance des bailleurs sociaux

Mais pour qu’Olivier Klein et l’Anru puissent mener à bien leur mission, il faudra que le gouvernement éclaircisse “comment il compte passer, dès 2018, du discours sur le 1 milliard d’euros1 à la réalité [en détaillant notamment le financement qui y sera attaché, ndlr]”, estime Ville et Banlieue.

Il faudra aussi, selon l’association, qu’il parvienne à conclure le bras de fer qui l’oppose aux organismes de logement social, acteurs essentiels de la politique de la ville, suite à sa décision prise à l’été de réduire le montant des aides au logement. Décision qui remettrait en cause, selon les bailleurs sociaux, le financement du logement social, et qui pourrait entraîner l’arrêt de la construction et de la rénovation desdits logements sociaux.

Quartiers en difficulté : Jean-Louis Borloo va prêter main forte à Emmanuel Macron
Alors que le Président Emmanuel Macron a appelé mardi 14 novembre à une "mobilisation nationale" pour les quartiers en difficulté, lors d’un déplacement à Tourcoing (Nord), l’ancien ministre de la Ville, Jean-Louis Borloo, a déclaré le même jour à l’AFP qu’il allait aider le chef de l’État dans la mise en place du plan du gouvernement en faveur des quartiers en difficulté. "Ça fait plusieurs semaines qu'on travaille, qu'on avance. Le message du Président est clair. Ce qui est très important, c'est qu'un plan, ça se rédige avec tous les acteurs, avec des indicateurs et une évaluation", a ainsi déclaré celui qui a aussi été le père de l'Anru. "Il ne s’agit" néanmoins "pas d’une fonction officielle", précise une source proche du dossier à l’Elysée, contactée par Acteurs publics. De par "son expérience", Jean-Louis Borloo "apportera son aide, des précisions, mais il n’aura pas de poste dédié". Officiellement retiré de la vie politique, Jean-Louis Borloo remet donc "les gants" en faveur de la politique de la Ville, selon les mots employés par Emmanuel Macron lui-même, à Tourcoing. (Avec AFP)

1 Sur les dix milliards de financement prévus pour le NPNRU, l'État doit en principe contribuer à hauteur d'un milliard d'euros.

Cliquez ici pour voir la vidéo d'Olivier Klein, qui avait détaillé en juillet dernier pour Acteurs Publics sa vision de la politique de la ville.