Quantcast

La touche “jeunesse” de la transformation de l’action publique

14 nov. 2017, PAR Sylvain Henry
  • 04
    MIN
  • 0

Les membres du Comité jeunes réunis à Matignon en présence du Premier ministre

À la demande de Matignon, un “comité jeunes” planche sur des propositions de réformes en parallèle du plan “Action publique 2022”. En privilégiant l’approche du point de vue des usagers des services publics. 


Ils s’appellent Joanna, Antoine ou Pierre, ont entre 19 et 31 ans, sont jeunes actifs ou étudiants en écoles du service public. Et ils planchent sur la transformation de l’action publique à la demande du Premier ministre, Édouard Philippe, à qui ils rendront un rapport début mars. Lancé mi-octobre à Matignon, le plan Action publique 2022, qui vise, selon l’exécutif, “à interroger en profondeur les missions exercées par la puissance publique”, s’accompagne du travail d’un comité d’experts indépendants chargé de mener une revue de 21 missions publiques [lire notre article “Un casting chic et choc d’experts pour accompagner la réforme de l’État”].

En parallèle, un “comités jeunes” a été constitué pour être, selon Matignon, “la caisse de résonance des aspirations et des propositions des jeunes générations dans ce chantier de transformation des politiques publiques”. Soit 24 jeunes – 14 femmes et 10 hommes – retenus par les équipes de Matignon aux quatre coins de France : infirmiers, futur magistrat, start-uppers, responsable de l’Association nationale des apprentis de France, enseignant, interne d’un hôpital parisien, élève sous-officier pilote de chasse…

4 groupes de travail

Réunis en même temps que le comité d’experts pour la journée de lancement, mi-octobre, en présence d’Édouard Philippe, ils ont choisi de s’investir dans 4 groupes de travail consacrés aux politiques publiques de santé, d’éducation, de sécurité et justice et d’emploi et formation professionnelle. “Nous sommes concernés et impliqués dans le fonctionnement des services publics, explique Pierre Renaud, infirmier, qui œuvre dans le groupe « Santé ». Nous faisons parfois face, dans notre quotidien, à des dysfonctionnements ou trouvons des pistes d’amélioration. Nous sommes donc force de proposition pour envisager des solutions concrètes.” “Nos échanges porteront sur l’organisation des services publics, confirme Joanna Gomes, elle aussi infirmière. Nous allons rencontrer des usagers pour partager leurs attentes.” “Notre engagement vise à améliorer l’utilisation des services publics”, prolonge Antoine Gaudin, ingénieur en BTP.

Des avancées concrètes, au-delà des grands discours généraux, qui ont été initiées lundi 7 novembre rue de Varenne. Les membres du “comité jeunes” se sont réunis là-même où se retrouve le comité d’experts, notamment piloté par Véronique Bédague-Hamilius et Frédéric Mion [lire notre interview]. Le patron de Sciences Po Paris a d’ailleurs accepté d’être le parrain du comité jeunes. “La démarche est celle du design de services, explique Jeanne Deperrois, qui accompagne le comité jeunes au secrétariat général pour la modernisation de l’action publique (SGMAP). La méthode est centrée sur le terrain et les usagers : les situations sont vécues sans a-priori de manière identique à ce que vivent les usagers.”

“Regard différent et complémentaire”

L’objectif : proposer des solutions opérationnelles qui pourront être “prototypées” et généralisées. “Il ne s’agit pas de dresser une liste au Père Noël de nouveaux services et nouveaux usages, souligne Clément Lacouette-Fougère, lui aussi chef de projet au SGMAP, mais de travailler sur des défis concrets. Les jeunes ont été invités par le Premier ministre à être créatifs, innovants et à sortir des cadres imposés.”

“Lâchez-vous”, leur a en substance glissé Édouard Philippe. Il était trop tôt, le 7 novembre, pour esquisser les orientations qui pourraient être retenues. Une caution jeunesse, glisseront peut-être les contempteurs des réformes gouvernementales, destinées à accompagner des mesures qui s’inscriront dans une tendance de baisse des dépenses publiques. “Notre travail s’inscrit dans une logique « usagers » et « utilisateurs des services publics », répond Antoine Gaudin. L’idée est d’apporter un regard différent et complémentaire des travaux menés par le comité d’experts.”

Concrètement, les 24 du comité jeunes se retrouveront régulièrement – une fois par mois tous ensemble, plus fréquemment en groupes dédiés aux 4 politiques publiques décryptées – jusqu’en mars, avant une remise du rapport dans un format original, promettent-ils, de leurs propositions à Édouard Philippe.