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Macron descend dans l'arène des maires de France

17 nov. 2017, PAR Pierre Laberrondo
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NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Sifflé lors de son dernier passage devant les maires de France en mars, le Président Macron va s'exprimer lors du 100ème congrès des édiles organisé du 21 et 23 novembre. Après une rentrée qui a mécontenté les élus, le chef de l'État va tenter de les convaincre sur sa politique et de sauver la prochaine Conférence des territoires prévue mi-décembre.


"Le gouvernement n'arrive jamais les mains vides". Ce commentaire du ministre de la Cohésion des Territoires, Jacques Mézard, en réponse à une question d'un journaliste de France 2 sur le point de savoir si l'exécutif arriverait les mains vides au 100ème Congrès des maires de France organisé Porte de Versailles du 21 au 23 novembre, laisse le suspens entier. Entre exercice de pure pédagogie ou annonces … ou les deux. 

Après un été et une rentrée difficile avec les élus (baisse du nombre de contrats aidés, annulation de crédits), le Président et son gouvernement feront "un geste" en direction des maires, a laissé entendre le ministre, sans se mouiller. Emmanuel Macron, qui s'exprimera au Congrès, recevra aussi mercredi 22 novembre à l'Élysée environ 1 500 maires "afin d'échanger avec eux et marquer l'importance de ce tissu d'élus de proximité et de confiance pour les Français", a annoncé l'Élysée. Emmanuel Macron souhaite renouveler cette opération chaque année afin de permettre au plus grand nombre de maires de venir à l'Élysée, a précisé la présidence.

Pression budgétaire

Sur le fond, les grandes orientations du nouveau chef de l'État et les points de tension sont connus. Les relations État-maires, historiquement empreintes de méfiance, se sont sensiblement tendues au cours de la dernière décennie sous l'effet des coupes budgétaires doublées d'un durcissement du discours étatique sur le train de vie et les habitudes des gestion des collectivités. La baisse des dotations décidée par François Hollande a en particulier constitué un tournant. Décision qui lui avait d'ailleurs value des sifflets et des huées lors de sa venue au Congrès des maires en 2016. En mars dernier, lors d'un rassemblement organisé durant la campagne présidentielle par les maires de France et auquel il participait, Emmanuel Macron avait lui aussi eu droit à des sifflets.

Sa volonté d'exonérer 80% de la population du paiement de la taxe d'habitation inquiète en effet les maires quant à leurs marges de manœuvre budgétaire. Une promesse à propos de laquelle il a tenu bon depuis son élection. Le Président a d'ailleurs élargi la réflexion à une refonte plus globale de la fiscalité locale en débat depuis déjà plusieurs années.

Les marges de manœuvre en question

Si le Président a tourné la page de la baisse des dotations des années Hollande, l'annonce de la contractualisation entre l'État et 319 grandes collectivités dans le cadre du versement de leurs dotations, suscite aussi du mécontentement. En cause : un objectif de maîtrise de leurs dépenses des collectivités à +1,2% par an.

Le gouvernement est aussi très attendu sur la diminution de la pression qui pèse sur les collectivités au plan des normes mais aussi de la gestion de la fonction publique. L'État décide en effet de certaines mesures salariales très impactantes sur le plan budgétaire pour les 3 fonctions publiques (État, collectivités, hospitalière) sans vraiment se concerter avec les employeurs des deux dernières.

Pendant sa campagne, le candidat avait annoncé vouloir laisser davantage de marges de manoeuvre en la matière aux employeurs, en citant par exemple une évolution différenciée du point d'indice de la rémunération des fonctionnaires dans les 3 versants.

La conférence des territoires en question

Mais pour ce  100ème et symbolique Congrès, le chef de l'État sera aussi attendu sur sa vision de la commune, entité de plus en plus concurrencée par l'échelon intercommunal. Les dernières lois de décentralisation votées sous la présidence Hollande ont renforcé la dynamique intercommunale notamment dans une logique d'économies et de rationalisation. La prestation du chef de l'État à ce 100ème congrès conditionnera aussi la présence des maires au sein de la Conférence nationale des territoires, l'instance de concertation instaurée par le nouvel exécutif.

Le premier rendez-vous a eu lieu en juillet mais la seconde édition, prévue mi-décembre s'annonce plus incertaine. Les régions de France ont annoncé qu'elles n'y participeraient pas pour protester contre l’annulation d’un crédit de 450 millions d’euros promis sous le quinquennat Hollande mais avec lequel le gouvernement Philippe a pris ses distances. La participation à cette conférence des départements, qui ne parviennent pas vraiment à entrer dans un cycle de discussion avec l'État sur le financement des allocations sociales -lequel met en péril leurs budgets, un vieux dossier- s'annonce, elle, incertaine.