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L’anglais bientôt langue unique officielle de l’Union européenne ?

23 nov. 2017, PAR Acteurs Publics
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Jean-Claude Juncker et Mario Monti, à Bruxelles en 2013 - ERIC HERCHATFT/ISOPIX/SIPA

L’ex-premier ministre italien Mario Monti propose que l’anglais devienne la principale langue officielle de l’Union européenne une fois que le Royaume-Uni aura quitté le bloc. Il est actuellement avec le français et l’allemand une des trois langues de travail de la Commission européenne.


« L’Union européenne, quand le Royaume-Uni l’aura quittée, devrait décider d’augmenter l’utilisation de l’anglais dans les affaires européennes », a déclaré lundi 20 novembre l’ancien chef du gouvernement italien, Mario Monti. Provocation à l’heure où les discussions sur le Brexit entre Union européenne et le Royaume-Uni sont enlisées ?

Pas forcément. Car l’auteur de ces propos, tenus devant l’association de la presse étrangère à Londres, est un éminent responsable politique. Ancien premier ministre italien, Mario Monti est sénateur et a également été Commissaire européen. Ajoutant que l’anglais devrait même être utilisé comme unique langue officielle, il a tenu à nuancer ses propos : « J’exagère un peu, il devrait y avoir un peu de français. » Le responsable italien justifie sa prise de position en ajoutant que cela aiderait les Européens « à devenir plus compétitifs en utilisant moins de langues ».

La volonté d’utiliser l’anglais comme unique langue de travail dans l’Union européenne est une demande récurrente des responsables politiques. En 2012, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, avait plaidé pour ce changement en justifiant qu’« on peut se comprendre sans parler parfaitement la langue de l’autre. (..) La plupart des jeunes gens en Europe comprennent l’anglais. Et dans la plupart des entreprises internationales, on parle seulement anglais. Alors, on va y arriver. »

La règle et la pratique

Que dit la règle européenne ? Chacune des langues des 28 États membres est langue officielle de l’Union européenne. Logique puisque ses lois s’appliquent dans tous les États membres. Concernant le processus d’élaboration des textes, il y a la règle et la pratique. L’anglais est, avec l’allemand et le français, une des trois langues de travail des institutions communautaires. Mais, dans les faits, l’allemand est très peu utilisé et le français de moins en moins. La Commission européenne travaille presque toujours en anglais y compris dans les bureaux où il n’y a aucun anglophone de naissance. Les fonctionnaires français préfèrent s’exprimer dans un anglais maîtrisé qu’en français où ils pourraient être soupçonnés d’arrogance.

Le mouvement de domination exclusive de l’anglais, bien engagé, semble inéluctable. Dans un courrier envoyé au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en 2015, la branche française de l’Association des journalistes européens estimait cependant que le résultat de ce monolinguisme était « doublement pénalisant pour les idées européennes : celles-ci paraissent l’apanage d’une minorité technocratique et élitiste, le discours anti-européen (professé dans la langue nationale) paraît supérieur au discours pro-européen. »

Réponse circonstancielle ? Parlant très bien anglais, allemand et luxembourgeois, Jean-Claude Juncker a tenu quasiment tout un discours dans un français parfait en mai dernier, à la suite des élections présidentielles françaises, assurant qu’à la suite du Brexit, « l’anglais aurait une place de moins en moins importante en Europe ». Pure ironie, bien évidemment…

Jean-Bernard Gallois