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L’intelligence artificielle, bonne à marier à tous les secteurs, selon Cédric Villani

1 déc. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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BALTEL/SIPA

Le rapport du député-mathématicien sera remis fin janvier ou début février avant la présentation d’une stratégie nationale sur l’intelligence artificielle au premier trimestre 2018. Ambition : repositionner la France et l’Europe au premier plan de ces transformations et en saisir les opportunités.


Bientôt, on aura fini de réfléchir et on agira, promet Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au Numérique : “2018 sera l’année de l’engagement de la France dans l’intelligence artificielle.” En guise de prélude, Cédric Villani a présenté à la presse, le 29 novembre, les premières orientations de la mission qu’il dirige sur le sujet, à la demande du Premier ministre, Édouard Philippe. En trois mois et 250 auditions (sur 600 demandes d’intervention), le député LREM a eu du grain à moudre.

“Notre mission a vocation à proposer des solutions concrètes à mettre en œuvre dès 2018, rappelle le mathématicien et député de l’Essonne. Car les grands acteurs privés ont commencé leur réflexion bien avant les acteurs publics, qui sont en retard aujourd’hui.” Et d’énoncer son mantra : “Regarder en face les points de difficulté et faire de la publicité sur les points les plus enthousiasmants. Surtout, ne pas tomber dans la frayeur.”

L’État doit reprendre la main

S’il faut agir vite, gare à la précipitation, nuance toutefois Cédric Villani, qui redoute que la France tombe dans “des pièges de débat public ou fasse un mauvais choix”.

Pour cadrer la future stratégie nationale sur l’intelligence artificielle (IA) que le gouvernement présentera au premier trimestre 2018, une note d’étape présente les pistes de réflexion de la mission. La première consiste à mener une politique industrielle et économique innovante et ambitieuse où la puissance publique serait “un moteur pour permettre l’émergence et la structuration d’écosystèmes forts”.

Offrir de la liberté aux chercheurs

“Se pose un défi de gouvernance alors qu’une dizaine d’entreprises américaines et chinoises concentrent les ressources, les moyens, les talents, les données, explique le député. Les Gafa [géants américains de l’Internet, ndlr] offrent de la liberté aux meilleurs chercheurs. Or ce devrait être à l’État de le faire.” Car en matière d’IA, le privé fait beaucoup de choses que la puissance publique devrait faire elle-même. Et en premier lieu, “éviter les lourdeurs bureaucratiques qui pèsent autant sur l’activité que sur la compétitivité”.

La mission Villani insiste donc sur l’impérieuse nécessité d’“offrir à nos chercheurs des moyens de calcul importants”. “La chance du laboratoire de Facebook, c’est qu’il travaille sur d’immenses masses de données et peut ainsi tester des algorithmes le jour pour le lendemain”, illustre le député-mathématicien, qui regrette que les données de santé soient encore difficiles d’accès en France.

Interopérabilité à l’échelle européenne

La “première urgence”, dit Cédric Villani, “c’est de répertorier, cartographier les données et de faire ce travail à l’échelle européenne”. Objectif : comprendre ce qui est interopérable et comment se mettre en réseau. Dans un deuxième temps, il faudra “évoluer vers un rapport de confiance envers l’IA que viendraient conforter des labels garantis par l’État”, afin de construire une “éthique de la confiance”.

Un autre défi est déjà là : celui de la formation, “les profils bicompétents étant aussi rares que précieux, tels un spécialiste en IA/biologie, IA/RH, IA/santé”, détaille Cédric Villani, qui encourage tous les secteurs d’activité à “se marier avec l’IA”.

“Trop centraliser serait une erreur”

Et dans l’administration ? “Si la compétence IA n’est pas internalisée dans tous les ministères, cela ne fonctionnera pas, répond tout net le député, interrogé par Acteurs publics. “Trop centraliser serait une erreur car les problématiques sont très différentes d’un domaine à l’autre.”

Quant à la cruciale question du financement de la stratégie IA, elle n’a pas encore de réponse. “Sans doute plusieurs dizaines de milliards d’euros à l’échelle de l’Union européenne”, avance Cédric Villani, qui relève que “rien que dans le domaine de la cybersécurité, les investissements sont très lourds et les entreprises privées dépensent plusieurs milliards d’euros par an pour s’équiper”.

Ce qui est sûr en revanche, c’est que “le 1,5 milliard annoncé en mars 2017 par François Hollande dans le cadre de la stratégie France-IA n’a eu aucune traduction financière, la décision, prise en toute fin de mandat, n’ayant pas été budgétée”, précise Mounir Mahjoubi. Mais au moins, “cela a marqué un vrai réveil de la France”, souligne, bon prince, Cédric Villani.