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Emploi : les dynamiques métropolitaines ne ruissellent pas partout

4 déc. 2017, PAR Bastien Scordia
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Vue panoramique de Lyon - CC-Elementerre

Selon une note d'analyse publiée par France Stratégie, les métropoles ne partagent pas forcément leur dynamique d'emploi avec leurs territoires à proximité. Si Lyon, Nantes et Aix-Marseille s’inscrivent dans une « logique de co-développement », les métropoles de Nice et Rouen comme leurs territoires avoisinants « voient leur emploi décroître ».

 

Voilà une analyse qui alimentera à coup sûr les débats de la seconde séquence de la Conférence nationale des territoires, prévue à Cahors dans le Lot le 14 décembre prochain et consacrée spécifiquement à la « cohésion des territoires ». Dans une note publiée jeudi 30 novembre, France Stratégie affirme que les effets d'entraînement des métropoles sur l'emploi de leurs territoires avoisinants sont « peu visibles ».

Basée sur les recherches du laboratoire EconomiX de l'université de Nanterre, cette étude [cliquez ici pour la consulter] dresse un état des lieux du dynamisme et du rayonnement en matière d'emploi des douze plus grandes aires urbaines (hors Île-de-France) ayant acquis le statut institutionnel de métropoles le 1er janvier 2016. Une analyse dans laquelle l'organisme de réflexion placé auprès du Premier ministre distingue quatre groupe de villes aux dynamiques particulièrement disparates.

Fort ruissellement à Lyon, Nantes et Aix-Marseille

Lyon, Nantes et Aix-Marseille (et dans une « moindre mesure » Bordeaux et Rennes) tout d'abord. Ces métropoles, souligne France Stratégie, « partagent leur dynamisme avec les territoires régionaux avoisinants » et se caractérisent par une « forte dynamique de leur zone d'emploi mais aussi des zones d'emploi contiguës et parfois des zones d'emploi plus éloignées de leur région d'appartenance». Ces structures et leurs territoires proches « semblent s'inscrire dans une logique de co-développement », ajoute la note.

Ainsi, la croissance annuelle de l'emploi salarié dans les zones d'emploi de Lyon, Nantes et Bordeaux était évaluée environ entre 1% et 1,5% entre 2009 et 2014, donc nettement supérieure à la moyenne française (0,13%). « Dans les voisinages de Lyon et de Nantes, c'est avant tout l'effet local qui tire la croissance des différentes zones d'emploi des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Pays-de-la-Loire » ajoute France Stratégie. La métropole de Rennes se retrouve quant à elle « dans une situation particulière », puisque, située en bordure de la région Bretagne, elle fait davantage profiter la région Pays de la Loire de son dynamisme que les zones bretonnes d'emploi qui la touchent.

Rouen et Nice « à la peine»

D'autres métropoles comme Lille, Toulouse et Montpellier se développent quant à elles « en relatif isolat », précise la note de France Stratégie. Ainsi, leur dynamisme en matière d'emploi ne « s'observe pas » dans leurs territoires régionaux avoisinants. Les zones d'emploi de la région Hauts-de-France, par exemple, « contiguës à la zone d'emploi lilloise […] pâtissent à la fois d'un positionnement sur des secteurs peu dynamiques et d'effets locaux négatifs », ajoute France Stratégie.

Grenoble et Strasbourg présentent « au contraire » une dynamique d'emploi « plus faible » que celle  de leurs territoires avoisinants. Rouen et Nice, enfin, « sont en difficulté sur le plan de l'emploi ». Leurs zones d'emploi comme leurs territoires avoisinants « voient leur emploi décroître ». Pour la seule métropole rouennaise, c'est toute la région Normandie qui en pâtit. La croissance annuelle de l'emploi salarié dans la zone d'emploi de la métropole de Rouen était ainsi évaluée à plus de 3% de baisse entre 2009 et 2014 et celle des zones d'emploi de la région normande contiguës à Rouen était de -0,9%.

Effets d'entraînement promus et encore à concrétiser

Même si le diagnostic établi par France Stratégie reste « très factuel » selon ses propres termes, « la double question de la capacité des métropoles à se développer et à faire rayonner leur dynamisme sur les territoires voisins reste entière ». C'est sur ces bases « qu'il conviendrait de définir les investissements et les politiques permettant d'atteindre les objectifs d'une croissance territoriale inclusive et de traduire en termes concrets l'alliance des territoires que la nouvelle organisation territoriale promeut », ajoute l'organisme.

La loi de 2014 de modernisation de l'action publique et d'affirmation des métropoles (Maptam) et celle de 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe) ont, en effet, consacré les métropoles « pour qu'elles aient les moyens d'activer leur croissance » via notamment des compétences en matière de développement économique. Les régions et les départements sont quant à eux respectivement en charge de l'équilibre des territoires et de la cohésion sociale. Signé en juillet 2016 par l'ancien Premier ministre, Manuel Valls, et les 15 métropoles françaises d'alors (elles seront au nombre de 22 le 1er janvier prochain, ndlr), le Pacte État-Métropoles visait quant à lui à renforcer les coopérations entre les métropoles et leurs territoires avoisinants. Une dynamique qui reste donc à concrétiser...