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La crise catalane paralyse l’État espagnol

6 déc. 2017, PAR Acteurs Publics
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Ballesteros/EFE/SIPA

Un budget 2018 toujours en suspens, une réforme constitutionnelle dans les limbes… Le défi indépendantiste catalan, loin d’être un simple problème territorial, paralyse la politique espagnole dans son ensemble.


Un chiffre montre à quel point les institutions espagnoles sont au ralenti depuis la crise en Catalogne : seules 9 lois ordinaires ont été votées depuis le début de la législation actuelle, en novembre 2016, contre 48 en 2015 et 36 en 2014. Le budget de l’État pour 2018 est le premier point de blocage.

Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, qui n’a pas la majorité absolue à la chambre basse, ne peut faire passer ce texte qu’avec le soutien des 5 députés du Parti nationaliste basque (PNV). Or, alors qu’ils avaient soutenu Rajoy l’an dernier, les Basques refusent de voter le budget tant que la Catalogne restera sous la tutelle directe de Madrid, imposée après la proclamation d’indépendance du parlement régional le 27 octobre.

L’ombre de la crise catalane plane aussi sur une réforme territoriale réclamée de toutes parts, mais à la gestation évidemment difficile dans le contexte actuel. Les 17 régions d’Espagne jouissent déjà d’une généreuse autonomie, mais plusieurs d’entre elles, outre la Catalogne, s’estiment lésées et demandent un financement plus adapté à leurs besoins. La solution passe soit par une amélioration du système existant, soit par une ambitieuse modification de la Constitution de 1978.

Là, c’est le gouvernement qui traîne les pieds. Mariano Rajoy a expliqué récemment qu’“on ne (pouvait) pas parler de réformer la Constitution sans savoir auparavant exactement quelle réforme il (fallait) faire”.

Parlement profondément divisé

Sur l’orientation des finances publiques, la paralysie guette. Le gouvernement, qui a promis à Bruxelles de ramener son déficit public sous les 3 % en 2018, a mis son veto à des dizaines d’initiatives de l’opposition, arguant du fait qu’elles impliquaient une hausse des dépenses publiques. Avec à peine 137 des 350 députés de la chambre basse, Mariano Rajoy dirige le gouvernement le plus minoritaire depuis quarante ans, après avoir profité d’une majorité absolue entre 2011 et 2015…

Le bras-de-fer autour de l’indépendance est venu finalement aggraver les problèmes du Parlement national, déjà profondément divisé : les partis, qui s’affrontent au sujet de la Catalogne, ont autant de mal à se mettre d’accord sur d’autres sujets…

“L’Espagne a besoin aujourd’hui de plus de cohésion sociale et territoriale, l’Espagne a besoin d’un projet d’avenir, et vous ne le lui offrez pas”, a lancé, la semaine dernière, la députée socialiste Meritxell Batet, interpellant le gouvernement dans l’hémicycle.

(avec AFP)