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Pour Terra Nova, la France a un potentiel de champion de l’intelligence artificielle en santé

7 déc. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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Les politiques publiques doivent faire émerger une véritable stratégie française d’intelligence artificielle dans le domaine de la santé et ainsi permettre la transformation du secteur médical à moyen et long termes dans les meilleures conditions, affirme une étude du think tank Terra Nova publiée le 5 décembre.


C’est déjà une réalité : mammographie, dermatologie, rétinopathie diabétique… sont autant de domaines où l’IA accélère le travail médical et fournit “des résultats plus affinés que ceux apportés par le seul regard expert du clinicien”, estime le think tank Terra Nova dans une étude consacrée à la santé à l’heure de l’intelligence artificielle (IA), publiée le 5 décembre.

Ainsi en va-t-il par exemple d’Aidoc Medical, un programme d’imagerie médicale qui détecte des anomalies sur les radios en combinant les scans avec les données du patient pour orienter l’action du radiologue. Ou encore de l’outil de prédiagnostic Your.MD, qui prend la forme d’un robot conversationnel (chatbot). Cette application, développée en collaboration avec le NHS (National Health Service) au Royaume-Uni, utilise l’intelligence artificielle pour fournir des conseils médicaux : “De même qu’un médecin pose des questions pour établir un diagnostic, Your.MD pose des questions pour obtenir des informations sur les symptômes. En fonction de la réponse, des questions complémentaires sont posées jusqu’à aboutir à un prédiagnostic”, décrit la note de Terra Nova.

De par “l’excellence de ses équipes académiques et industrielles dans les disciplines qui concourent au domaine du numérique pour la santé et la médecine, et grâce au Système national interrégimes de l’assurance maladie (Sniiram), l’une des bases de données les plus volumineuses au monde, l’Hexagone a la capacité de créer de véritables « champions de l’IA » en santé”, assure Terra Nova.

La centralisation des données, atout du système de santé

Car la France est l’un des rares pays qui dispose de bases de données médicales, sociales et économiques nationales centralisées, constituées et gérées par des organismes publics, couvrant de façon quasi exhaustive et permanente l’ensemble de la population dans divers domaines stratégiques, détaille la note : utilisation des produits de santé, recours aux soins, hospitalisations, handicaps, prestations et situations professionnelle et sociale.

Mais le modèle s’arrête là, regrette Terra Nova, qui souligne que “les possibilités de transfert des travaux de recherche vers l’industrie sont freinées, et ce pour des raisons multiples : difficultés d’accès aux données, contraintes réglementaires, niveau des financements publics et privés par rapport à d’autres pays, disponibilité des chercheurs, etc.”.

Si la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) et l’École polytechnique se sont alliées dans l’objectif de développer, d’ici trois ans, des technologies autour du big data dans le champ de la santé, il faut aller plus loin encore.

Transferts recherche-entreprises

Terra Nova livre ainsi quelques pistes pour nourrir la dynamique : l’investissement dans l’innovation directe pour produire de nouvelles machines, ce qui nécessite “des investissements importants, qui manquent parfois, au point de pousser certains de leurs porteurs à s’expatrier pour bénéficier des capitaux requis”. Mais aussi favoriser, via une défiscalisation, le rachat de start-up de l’IA par les grands groupes français, “afin qu’ils s’approprient plus rapidement des technologies innovantes et pointues pour garder leur avantage compétitif”.

En prolongement de l’action de la banque publique d’investissement, la France pourrait aussi “soutenir la mise en place de fonds pour des investissements unitaires en capital supérieurs à 25 millions d’euros pour aider à la transformation des startups de l’IA en futurs champions” ou encore “faciliter les transferts recherche-entreprises grâce à des démarches d’open innovation” via des challenges ouverts et des bourses aux technologies d’IA permettant à une entreprise, en particulier les PME et les ETI, voire à l’administration, de lancer un challenge auprès de start-up ou de solliciter le soutien d’organismes de recherche…

Dans ce bouillon d’intelligences, celle de l’État, garant de la souveraineté nationale, doit à tout prix demeurer une priorité des politiques publiques, insiste Terra Nova.

Regrouper les compétences pour avoir voix au chapitre

Car “aujourd’hui, ce sont principalement les Gafa et les BATX [géants américains et chinois du Web, ndlr] qui construisent l’éthique de l’IA, à travers la façon de l’utiliser, de capter les données” et “sans une forte recherche en matière d’IA, sans entreprises bien positionnées dans ce domaine, sans intérêt de notre pays pour cette question, il faudra se résoudre à ne pas avoir voix au chapitre”, avertit le think tank.

Terra Nova suggère, en conclusion, de confier à une instance permanente de réflexion, “existante ou à créer”, le soin de regrouper les différentes compétences éthique, juridique et technologique que draine l’intelligence artificielle. Objectif : parvenir à questionner ces mutations technologiques dont nous découvrons progressivement le potentiel.