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La police de sécurité du quotidien soulève un flot de questions… et une avalanche de réponses

8 déc. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Cinquante mille policiers et gendarmes ont d’ores et déjà répondu au questionnaire envoyé par le ministre de l’Intérieur en vue de cerner leurs attentes à l’égard de la future police de sécurité du quotidien (PSQ). Les syndicats s’interrogent : l’administration aura-t-elle le temps d’exploiter un tel volume de réponses avant le lancement des expérimentations, en janvier 2018 ?


“Malgré leur investissement, les policiers et les gendarmes ne sont pas toujours en capacité d’apporter des réponses efficaces pour faire reculer les infractions et les incivilités du quotidien. Pourquoi, selon vous ?” Le sujet pourrait être celui d’une dissertation de concours administratif, sauf que là, les questions s’enchaînent sur 6 thèmes différents et 14 pages.

La cible : les 250 000 policiers et gendarmes de France, que le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a souhaité consulter avant de lancer son expérimentation de police de sécurité du quotidien (PSQ), début 2018, dans 15 à 20 sites [lire notre article].

Le questionnaire, anonyme et en ligne, “a d’ores et déjà permis de voir le retour de 50 000 réponses, ce qui est assez conséquent (…) et qui sera sans doute très riche en termes de retours”, s’est réjoui Éric Morvan, directeur général de la police nationale (DGPN), en marge d’une rencontre sur ce sujet avec les policiers de l’Essonne à Évry, le 7 décembre.

6 thèmes

Initialement fixée au 30 novembre, la date limite pour renvoyer ce questionnaire a donc été reportée au 10 décembre. La consultation porte sur 6 thèmes : la présence sur la voie publique, l’efficacité de l’action face aux infractions du quotidien, la confiance mutuelle entre la population et les forces de sécurité, la mobilisation des partenaires locaux, l’accès du public au service de la sécurité et l’adaptation à l’environnement local. Les forces de l’ordre doivent répondre à des questions à choix multiples, mais disposent également de la possibilité de donner leur avis librement, en quelques lignes à rédiger en fin de page.

Ce dispositif clé du chantier sécuritaire ouvert par Emmanuel Macron – qui, à bien des égards, rappelle la police de proximité mise en place par le gouvernement Jospin en 1998 – vise à déconcentrer certaines décisions et à associer plus étroitement les maires, la justice, la police municipale ou encore les services sociaux. Les 10 000 postes supplémentaires de policiers et gendarmes prévus sous le quinquennat serviront “surtout à la sécurité publique”, a promis le directeur général de la police nationale.

Questions sur la méthode

“50 000 retours de questionnaires, c’est la preuve d’un intérêt certain, estime Philippe Capon, secrétaire général de l’Unsa Police, interrogé par Acteurs publics. Mais le vrai sujet est surtout de savoir ce que l’administration va en faire.” Le leader syndical est d’ailleurs dubitatif : “Que peut en tirer la DGPN en si peu de temps, sachant qu’une décision doit être prise entre le 15 et le 31 décembre pour définir les villes qui expérimenteront la PSQ ?”

D’autant qu’il y a eu un précédent plutôt raté, se souvient Philippe Capon : en 2015, “le baromètre social avait donné lieu à un questionnaire dont toutes les réponses n’ont pas été exploitées. Les formulaires non intégralement renseignés avaient été écartés par la DGPN”.

Se pose donc aujourd’hui une question de méthode, celle-ci n’ayant pas été annoncée par l’administration qui, en amont, ne pouvait préjuger de la masse de réponses qu’elle recevrait. “Quels seront les critères retenus ? Prendra-t-on le temps de lire tous les formulaires ou procédera-t-on par sondage ?” questionne Philippe Capon.

Vrai bilan qualitatif

De son côté, Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du SCSI-CDFT, croit savoir que “c’est une entreprise privée qui se charge d’exploiter les résultats”. “Donc a priori, elle doit avoir l’habitude !” suppute-t-il. Des réservistes de la police et de la gendarmerie viendront aussi prêter main forte, ajoute le syndicaliste. “L’idée est d’exploiter l’intégralité des réponses”, même si à ce stade, l’administration n’a donné aucune assurance en ce sens aux organisations représentatives des forces de l’ordre.

Quant au niveau de participation, il est conforme à ce à quoi l’on pouvait s’attendre, selon Jean-Marc Bailleul. “Le baromètre social avait enregistré 35 000 retours la première année et 30 000 la deuxième, rappelle-t-il. Donc là, avec 50 000 réponses, et en ajoutant les effectifs de gendarmes, nous sommes sur la même tendance.”

Ce qu’espère surtout le secrétaire général du SCSI-CFDT, c’est que le bilan que présentera le ministère de l’Intérieur soit “finement établi”, faisant un distinguo clair entre les réponses selon la direction d’appartenance des répondants. Un retour qualitatif, en somme, à la hauteur des attentes envers la future police de sécurité du quotidien.