Quantcast

Des députés marocains veulent plafonner les salaires des hauts fonctionnaires

11 déc. 2017, PAR Acteurs Publics
  • 04
    MIN
  • 0

Le Premier ministre Saad-Eddine El Othmani, le 16 novembre 2017, à Rabat

Un projet de loi vient d’être déposé avec pour objectif de lutter contre les discriminations en matière de rémunération dans la fonction publique et de soulager les comptes publics. Une autre proposition vise à supprimer le cumul des indemnités pour les élus qui détiennent plusieurs mandats. 


Au Maroc, le rapport de la Cour des comptes récemment rendu public sur les salaires des fonctionnaires a eu un vaste retentissement au sein de la classe politique. Cette expertise, qui a révélé le poids de ces rémunérations onéreuses sur le budget de l’État, a particulièrement interpellé les députés. Des membres de la Chambre des représentants (Assemblée) se sont surtout élevés contre les émoluments des hauts fonctionnaires, qu’ils veulent voir plafonner.

Pour y parvenir, le groupe de la majorité gouvernementale, formé principalement par le Parti de la justice et du développement (PJD) du Premier ministre, Saadeddine Al Othmani, et le Rassemblement national des indépendants (RNI) du puissant ministre de l’Agriculture, Aziz Akhanouch, a concocté un projet de loi qui vient d’être déposé au bureau de l’assemblée.

Ce texte propose de réviser les salaires, les indemnités et les autres avantages des hauts fonctionnaires de l’État, des administrations et des établissements publics, de façon à ce que la valeur totale de leurs émoluments ne dépasse pas la somme de 100 000 dirhams (9 000 euros) par mois.

Plus de 9 000 euros par mois

Grand sujet à polémique dans le pays, la rémunération des hauts responsables publics a souvent mis l’État dans l’embarras, l’obligeant à justifier sa démarche et à minimiser le nombre des bénéficiaires. Intervenant il y a un an devant le Parlement, le ministre des Finances, Mohamed Boussaid, a indiqué que la moitié des directeurs des établissements publics, par exemple, percevaient des salaires entre 2 200 et 4 000 euros. Selon lui, 8 % seulement des hauts fonctionnaires perçoivent un salaire qui dépasse 9 000 euros, dont 4 % atteignent 11 600 euros par mois.

Bien qu’elle soit déjà très importante, la somme de ces traitements n’inclut pas le montant des avantages et des indemnités liés à chaque poste. Dans certains cas, la rémunération globale atteint 300 000 dirhams (26 000 euros), une fortune dans un pays où le salaire de base mensuel des fonctionnaires est évalué à 240 euros. Les députés de la majorité ont d’ailleurs motivé leur proposition de loi pour la limitation des émoluments des hauts responsables par le souci de mettre fin aux discriminations entre les différentes catégories de la fonction publique.

Caste de privilégiés

Dans la caste des privilégiés, figurent les ministres et leur équipe proche (secrétaires généraux et chefs de cabinet), les diplomates et les magistrats. Face à la controverse, l’ancien gouvernement dirigé par Abdelilah Benkirane a révélé combien touchent les ministres (un peu moins de 5 000 euros), en indiquant qu’il existe dans le privé des salaires qui sont autrement plus élevés. L’ancien ministre du Budget Drisse El Azami avait, sur ce point précis, irrité davantage l’opinion publique en affirmant que le montant prétendument élevé des rémunérations des responsables de l’État était “lié à l’imaginaire populaire”.  

Des preuves existent pourtant. En 2014, le ministère de la Modernisation de la fonction publique a lui-même reconnu l’étendue des inégalités salariales au sein du secteur public. Dans un rapport qui avait fait l’effet d’une bombe, ce département avait recensé 3 500 responsables publics ayant un salaire supérieur à 2 600 euros et 300 000 autres payés presque au Smic.

Écarts aberrants

“Ces écarts sont aberrants”, déplore Abdellah Bouanou, député du PJD a l’origine de la loi sur le plafonnement des salaires des hauts fonctionnaires. Son collègue de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) Amam Chokran estime que ce texte, en plus de lutter contre les discriminations, aura un impact positif sur les comptes publics.

La rationalisation des dépenses salariales est également une des raisons qui ont conduit l’USFP à proposer une autre loi, qui vise, elle, à supprimer les cumuls des indemnités pour les élus assumant plusieurs mandats à la fois. À la place, les personnes concernées auront à choisir un seul salaire. Dans la cible de l’USFP, des députés du PJD qui ont différentes casquettes. Celle qui est citée le plus dans les medias est Amina Mae Ainine. En plus d’être députée, elle est également membre du bureau de la première Chambre et siège au sein du Conseil supérieur de l’éducation, la formation et la recherche scientifique (CSEFRS).

L’interdiction du cumul des indemnités vise en outre les agents publics qui accomplissent par ailleurs des missions consultatives au sein d’institutions comme le Conseil économique, social et environnemental (CESE), l’Instance de la parité et la lutte contre les formes de la discrimination, la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA), l’Institution du médiateur, le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) et le CSEFRS.

Samia Lokmane-Khelil