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Mounir Mahjoubi stoppe en plein vol le nouveau Conseil national du numérique

14 déc. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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Marie Ekeland, nouvelle présidente du CNNum, et Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au Numérique, le 11 décembre. - © M. Astar/SIPA

Le gouvernement demande à la nouvelle présidente du Conseil national du numérique, Marie Ekeland, de revoir la composition de son instance, la nomination de la militante antiraciste Rokhaya Diallo suscitant de trop vives réactions.


Le Conseil national du numérique (CNNum) serait-il maudit ? À peine deux jours après l’intronisation officielle de ses 30 nouveaux membres – mettant fin à une longue crise de gouvernance –, l’attelage a implosé en plein envol et la présidente de l’instance, Marie Ekeland, est sommée par le secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, de revoir sa copie.

“Eu égard à l’ampleur des enjeux qui sont les siens, le Conseil national du numérique a besoin de sérénité pour travailler, et les derniers échanges sur la composition du Conseil soulignent que ces conditions ne sont pas pleinement réunies”, juge ainsi Mounir Mahjoubi dans un communiqué envoyé le 13 décembre au soir.

Sibyllin, le texte du communiqué reste évasif quant aux raisons qui, brutalement, ont conduit le secrétaire d’État à renier une équipe dont il était fier de vanter les mérites, pas plus tard que le 11 décembre [lire notre article]. “La présidente du Conseil a pu, ce qui est inédit, composer son équipe, en intégrant des points de vue dont certains peuvent être différents de ceux du gouvernement”, souligne Mounir Mahjoubi dans son communiqué du 13 décembre, comme pour prendre ses distances avec Marie Ekeland.

Réactions au plus haut sommet de l’État

Contacté par Acteurs publics, le cabinet de Mounir Mahjoubi précise que la nomination au sein du Conseil de la militante Rokhaya Diallo a suscité de nombreuses et très vives réactions, entamant “la sérénité” de l’instance.

“Ses propos sur Charlie Hebdo et son positionnement ont provoqué de l’incompréhension et les échanges ont circulé auprès de Marie Ekeland, mais aussi de Matignon et de l’Élysée”, rapporte l’entourage du secrétaire d’État, qui refuse d’en dire davantage. En 2011, Rokhaya Diallo aurait en effet signé une pétition critiquant “l’union sacrée” autour de Charlie Hebdo, après une première attaque au cocktail molotov qui avait ciblé la rédaction du journal.

Plus récemment, à la fin novembre, celle qui est présentée sur le site du CNNum comme “journaliste, écrivaine et réalisatrice” avait pris la défense du syndicat Sud Éducation 93, qui avait organisé un “stage d’analyse du racisme d’État”, contre lequel le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, s’était érigé, allant jusqu’à porter plainte.

Réagissant sur son compte Twitter dès le 12 décembre, Rokhaya Diallo s’est défendue : “Donc je n’ai pas le droit de collaborer avec les instituons de mon propre pays parce que j’ose dire publiquement qu’elles sont imparfaites ? Quelle étrange conception de la démocratie.”

Liste des membres publiée au JO

Sur les réseaux sociaux, le nom du rappeur Hicham Kochman, également membre du nouveau CNNum, suscite l’émoi, même si l’entourage de Mounir Mahjoubi assure que le chanteur n’est pas incriminé. Selon la députée (LR) Valérie Boyer, qui s’est fendue d’un courrier au Premier ministre le 13 décembre, Hicham Kochman “associe les Français à des porcs” dans ses chansons… Sur Twitter, le rappeur a indiqué qu’il allait étudier avec son avocat “la suite judiciaire” à donner à ce courrier, la députée donnant à ses paroles "une signification qu'elles n'ont pas".

Alors que la liste des membres a fait l’objet d’un arrêté publié au Journal officiel (JO) le 12 décembre, ne laissant ainsi aucun doute sur la validation par le sommet de l’État de chacun des 30 noms qui composent le CNNum, le gouvernement plaide donc aujourd’hui pour le rétropédalage… Difficile d’imaginer que l’instance puisse se relancer dans de pareilles conditions.