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Les députés algériens restent choyés malgré la crise

19 déc. 2017, PAR Acteurs Publics
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© NEW PRESS/SIPA

La loi des finances 2018 a prévu une dotation de 51 millions d’euros pour le Parlement. Ce budget dépasse celui des services du Premier ministre et de 4 autres départements ministériels. Près de 70 % des dépenses serviront au règlement des salaires et des primes des députés. 


Les députés algériens suscitent souvent la controverse. Cette fois, il n’est pas question de leur propension à cautionner, sans brancher, la politique de l’exécutif, mais de leurs privilèges. Alors que des coupes budgétaires sont opérées à peu près partout, pour pallier la chute des recettes des hydrocarbures – la principale ressource du pays –, le Parlement, lui, va garder son train de vie fastueux. Ces derniers, jours, la commission des finances et le bureau de l’Assemblée populaire nationale (APN), la chambre basse du parlement, ont approuvé un budget d’un montant de 51 millions d’euros, dont les trois quarts environ serviront au règlement des primes et des salaires.

Cette enveloppe décidée dans le cadre de la loi de finances pour l’exercice 2018 est l’une des plus conséquentes. Elle dépasse celle des services du Premier ministre (30 millions d’euros) et de plusieurs départements ministériels, à savoir, l’Industrie et les Mines (33 millions), le Tourisme (22 millions), l’Environnement et les Énergies renouvelables (22 millions), ainsi que la Poste et les Technologies de l’information et de la communication, qui disposent également de 22 millions. Les montants des budgets de certains autres ministères, dont les plus grands, comme l’Éducation nationale, ont connu une baisse par rapport à 2017, alors que celui de l’APN est préservé.

Statut de supercitoyens

Pour beaucoup, cet argent vise surtout à permettre au gouvernement de garder son contrôle sur l’assemblée en choyant les députés. Ils sont 462 à siéger dans l’hémicycle depuis le scrutin législatif du 4 mai dernier. Ils perçoivent, dans leur totalité, 27 millions d’euros d’indemnités et 7 autres millions équivalant au montant de différentes primes (de responsabilité, d’astreinte, de souveraineté, de panier, de téléphone…). Le travail des députés engage par ailleurs de multiples frais (transport, missions à l’étranger, restauration, formation et hébergement).

De nombreux parlementaires, issus de la majorité, occupent aussi, gratuitement des logements situés dans des résidences d’État sécurisées. Ce privilège leur confère un statut de supercitoyens qui irrite de plus en plus les Algériens. Plus de 60 % des électeurs se sont d’ailleurs gardés de voter pour le renouvellement des sièges parlementaires.

Le taux d’abstention, l’un des plus importants depuis plusieurs années, était prévisible, en partie à cause du profil discutable des candidats et de l’expérience décevante des ex-députés. En Algérie, le Parlement est clairement assimilé à un club d’opportunistes qui utilisent la députation comme un ascenseur social. Actuellement, le salaire d’un parlementaire algérien équivaut à vingt fois le salaire minimum (d’un montant de 132 euros).

Le gouvernement aux petits soins

Les députés sont beaucoup mieux payés que leurs collègues marocains et tunisiens, qui gagnent respectivement quatorze et six fois plus que le salaire minimum dans leurs pays.

En juillet 2016, les députés de la précédente législature avaient créé un énième scandale, en réclamant une revalorisation de leurs rémunérations. Ils sont arrivés à leurs fin par un autre moyen, en obtenant, à la date d’expiration de leur mandat, des primes de départ équivalentes à une année de salaire. Les médias algériens ont conclu, à cette époque, que le gouvernement avait voulu les remercier d’avoir validé une réforme très polémique de la Constitution, intervenue la même année.

Cette loi comporte pourtant des dispositions qui ne sont pas à leur avantage. L’article 120 stipule notamment que les indemnités des élus doivent être votées de manière rigoureuse. Or jusqu’à présent, aucun projet de texte y afférant n’a été proposé par le gouvernement.

L’exécutif tient beaucoup au consentement du Parlement pour faire passer des mesures de politique publique, controversées. En septembre dernier, la majorité à l’APN a, par exemple, approuvé haut la main la décision du Premier ministre de recourir à la planche à billets pour pallier l’érosion des réserves du trésor public. Pour convaincre les députés, Ahmed Ouyahia avait affirmé que sans cela, il ne serait pas en mesure de régler leurs salaires et ceux des fonctionnaires…

Samia Lokmane-Khelil