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Les régions perdent leur bras de fer contre les branches professionnelles sur l’apprentissage

22 déc. 2017, PAR Soazig Le Nevé
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© Régions de France

Prenant le contrepied des régions, Emmanuel Macron a affirmé que les branches professionnelles devaient prendre beaucoup plus de place dans la gestion de l’apprentissage. Un casus belli pour le président de Régions de France, Hervé Morin, qui a annoncé son retrait de la concertation en cours.


Cette fois, “la messe est dite”, comme l’avait pronostiqué Hervé Morin, président de Régions de France, dès le 19 décembre : les branches professionnelles ont gagné et les régions ont perdu. Devant l’équipe de France des métiers, composée d’une quarantaine de jeunes ayant participé en octobre dernier au WorldSkills – le plus grand concours des métiers du monde –, Emmanuel Macron a appelé, le 21 décembre, à “donner plus de place aux branches professionnelles” dans la gestion de l'apprentissage.

“Nous devons faire des métiers d'apprentissage un des éléments de la fabrique de la nation”, a affirmé le chef de l’État, décrivant “une petite révolution culturelle”. Pour mieux “valoriser” la filière, il faut “mettre en avant les métiers” et parvenir à “réconcilier le monde académique” et “le monde professionnel”, estime-t-il.

Pour ce faire, “on va donner beaucoup plus de place aux branches”, a poursuivi Emmanuel Macron, ces dernières étant à ses yeux les mieux à même de transmettre le savoir et les gestes d'un métier. Une déclaration des plus claires, qui vient couper court aux rumeurs insistantes dont Régions de France se faisait l’écho depuis plusieurs jours.

“Pseudo-concertation”

Quelques heures plus tôt, l’association avait d’ailleurs annoncé la couleur, au sortir d’un rendez-vous à Matignon, en se retirant de ce qu’elle qualifie de “pseudo-concertation” sur l’apprentissage menée depuis le 10 novembre par les ministères du Travail, de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur. “Le gouvernement a arrêté sa ligne depuis le début du processus : la privatisation pure et simple de l'apprentissage par son transfert aux branches professionnelles”, écrit Régions de France dans un communiqué.

Les régions, qui souhaitent renforcer le pilotage régional de l'apprentissage et de la formation professionnelle, s’étaient inquiétées dès le 19 décembre de la proposition du Medef qui ferait passer la responsabilité de l'apprentissage des régions aux branches professionnelles. D’où une demande expresse de rendez-vous avec le Premier ministre [lire notre article].

Enjeu d’aménagement du territoire

“Donner la formation aux branches à 100 % n'est pas une bonne chose”, a réagi jeudi le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, sur Public Sénat. “Les branches doivent avoir des responsabilités accrues, car elles connaissent les besoins en compétences dans les filières, mais il faut garder une compétence régionale”, a-t-il estimé, évoquant “des enjeux d'aménagement du territoire et d'emplois de proximité” en matière d'apprentissage.

Actuellement, les régions sont les seules habilitées à créer des centres de formation des apprentis (CFA), gèrent tous les investissements les concernant et les aides aux entreprises (prime apprentissage). Pour le gouvernement, le système actuel ne répond pas aux besoins du marché et doit sortir du giron public, qu’il considère comme trop rigide. D’où les milliers de places non pourvues dans les CFA et les différences de coût pour un même diplôme, variables selon les régions.

Emmanuel Macron souhaite donc que le monde professionnel, par exemple les chambres des métiers, pilote l'apprentissage en ne finançant que les secteurs pourvoyeurs d'emploi. Après le départ de Régions de France, les discussions entre l'État et les partenaires sociaux devraient néanmoins se poursuivre jusqu'à fin janvier.

(Avec AFP)