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Réforme de l’État : l'exécutif entre dans le dur

3 janv. 2018, PAR Sylvain Henry
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Édouard Philippe, le 3 janvier, évoquant le calendrier de la transformation de l’action publique. - © Jacques Witt/Sipa/SIPA

Le premier comité interministériel à la transformation publique se réunira le 1er février, a annoncé le Premier ministre, Édouard Philippe, à l’issue du séminaire de travail du gouvernement qui s’est achevé le 3 janvier à la mi-journée. Les ministres seront priés de plancher sur des réformes “ambitieuses” des administrations et des services publics qu’ils pilotent.


Les ministres ont tout intérêt à mettre pleinement les mains dans le cambouis de la transformation publique, parce qu’il est hors de question que la réforme de l’État version Macron aboutisse à de l’eau tiède. C’est en substance ce qu’il fallait comprendre de l’intervention du Premier ministre, Édouard Philippe, mercredi 3 janvier après-midi, à l’issue du séminaire gouvernemental consécutif au premier Conseil des ministres de l’année 2018.

Évoquant les chantiers des semaines et des mois à venir, le chef du gouvernement a détaillé la méthode et le calendrier de la réforme de l’État. Lancé en octobre dernier, le programme “Action publique 2022” fera l’objet, le 1er février, d’un premier comité interministériel à la transformation publique. Son objet : “Réfléchir aux principales réformes structurantes qui seront mises en œuvre”, a indiqué Édouard Philippe.

Les ministres auront ensuite deux mois pour définir et rendre leurs plans d’action. “Nous attendons d’eux des propositions très ambitieuses en matière de transformation de leurs administrations et des services publics qui dépendent d’eux”, a prévenu le chef du gouvernement. Un deuxième comité interministériel sera organisé en avril, à l’issue duquel seront prises “des décisions claires et assumées”.

Propositions insuffisantes

Édouard Philippe a rappelé l’esprit de cette transformation pour, en creux, une nouvelle fois, insister sur la volonté de se distinguer de la sarkozyste Révision générale des politiques publiques (RGPP) et la hollandienne Modernisation de l’action publique (MAP) : “Nous ne pratiquerons pas la politique du rabot.” Et de poursuivre : “Nous privilégions des actions de transformation intelligentes, plus payantes que des actions de rabot, qui sont indirectement productives à court terme, mais ne répondent pas aux défis de l’action publique d’aujourd’hui.”

Voilà donc la réforme de l’État entrée dans une phase plus opérationnelle. Et l’aimable avertissement d’Édouard Philippe n’est pas anodin, alors que les travaux initiés voilà trois mois par un comité d’experts de quelque 35 membres ne sont manifestement pas, à ce stade, jugés suffisamment “transformateurs”. “Cela n’avance pas encore beaucoup, même si les groupes de travail se réunissent, grince un « expert » à la manœuvre. Nous travaillons en groupes de travail distincts, pour le moment sans véritable dynamique d’ensemble.” Les “experts”, indique la même source, devraient être réunis pour la première fois en séance plénière le 12 janvier. Pour une possible mise au point ? “Il y a quelques contradictions, poursuit ce membre du comité. Le gouvernement dit qu’il n’y a pas de recherche d’économies budgétaires, mais en même temps, c’est ce qu’on nous demande de manière camouflée. Macron veut être le bon élève de l'Europe et pour cela, il a besoin de présenter des économies. Mais nous ne sommes pas tous présents dans le comité pour cela… Pour économiser et transformer durablement, il faut d'abord investir. Et puis les économies sur le fonctionnement seront limitées et plutôt à trouver du côté des redistributions des aides sociales… C'est davantage une question de modèle de société.”

Le temps commence à presser, à quatre semaines du comité interministériel du 1er février, qui pourrait donc être organisé avant la remise publique du rapport du comité d’experts, prévu normalement d'ici la fin du premier trimestre. L’exécutif pourrait donc entrer en action de manière simultanée. Mais les propositions quelles qu’elles soient, a promis Édouard Philippe, seront “concertées et discutées”, notamment avec les collectivités territoriales et tout autre acteur public impacté, lesquels seront associés aux objectifs. Les décisions seront ensuite mises en œuvre. Le Premier ministre veillera, a-t-il encore dit, à leur bonne exécution. “L’art de gouverner, c’est l’art de l’exécution”, a-t-il glissé. 

Sylvain Henry et Pierre Laberrondo