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L’armée algérienne recrute du personnel civil pour ses usines

30 janv. 2018, PAR Acteurs Publics
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© Mourad Allili/SIPA

Ces recrutements visent à consolider les effectifs dans le secteur de l’industrie militaire, où 30 000 civils sont déjà employés. L’armée algérienne n’hésite pas à venir au secours d’entreprises publiques en difficulté en les reprenant.


L’armée algérienne veut développer davantage son industrie, en s’appuyant sur des personnels civils de plus en plus nombreux. Le colonel Rachid Chouaki, directeur des industries militaires au ministère de la Défense nationale (MDN), vient d’annoncer le recrutement, pour l’année 2018, de 25 000 civils, qui seront déployés dans les usines de l’armée à travers le pays. Les profils recherchés sont les diplômés des universités et de la formation professionnelle et la priorité sera donnée aux résidents des zones d’implantation des unités de production. Avant de rejoindre leur lieu d’affectation, les recrues signeront un contrat et bénéficieront d’une formation spécifique.

Trente mille civils travaillent déjà pour l’armée en Algérie. Ils font partie des effectifs des établissements publics à caractère économique et commercial mis en place par le ministère en 2009, afin d’accompagner l’essor de l’industrie militaire. Une dizaine de ces établissements environ est disséminée sur le territoire. Il s’agit essentiellement du Groupement de promotion des industries mécaniques, de l’Établissement de l’habillement et de la chaussure, de la Plateforme des systèmes électroniques, de l’Office national des promotions technologiques et de l’Établissement de développement de l’industrie des véhicules.

Ces dernières années, l’armée algérienne, plutôt réputée comme austère, ne rate aucune occasion pour faire la promotion de ses industries. À plusieurs reprises, le MDN a pris part à la Foire internationale d’Alger, avec l’intention de nouer des partenariats. Cela a notamment abouti à la création de 3 joint-ventures avec le constructeur allemand Mercedes. Les sociétés en question sont spécialisées dans la production de poids lourds, de véhicules et de moteurs. “Assurer une meilleure qualité des produits et améliorer le taux d’intégration constituent une priorité dans notre politique d’investissement”, soutient Aziz Chouaki. 

Multiplication des sites de production

Aujourd’hui, la plupart des usines tourne à plein régime. Pour satisfaire ses besoins en termes de production, l’armée compte même récupérer la Société nationale des véhicules industriels (SNVI), un fleuron de l’industrie mécanique tombé en décrépitude à cause d’une gestion calamiteuse. Un mémorandum vient d’ailleurs d’être signé avec le collectif des travailleurs de l’entreprise, qui garantit la sauvegarde de tous les emplois.

Endossant le rôle de sauveurs, les militaires ont également empêché la fermeture d’autres usines du secteur public spécialisées dans le montage de véhicules. La direction de l’industrie militaire a également procédé à la remise en état de plusieurs manufactures de textile qui étaient en difficulté ou à l’arrêt. Après avoir acquis la majeure partie de leur capital, elle les a transformées en filiales, rattachées à sa propre entreprise de textiles.

Outre la reprise des entreprises publiques en difficulté, l’armée entend aussi multiplier ses propres sites de production. D’où sa volonté de recruter massivement du personnel. Le directeur de l’industrie militaire révèle à ce propos que son département prospecte actuellement des zones industrialisables dans certaines régions de l’Algérie, comme les Hauts Plateaux (centre), l’Est et l’Ouest.

Collaborations avec les Italiens, les Allemands, les Chinois…

Sur un autre plan, des projets visant la modernisation des industries militaires sont engagés. Ils concernent la fabrication des explosifs et des munitions, le développement de l’électronique et des industries de transformation, ainsi que la promotion de la recherche.

Dans tous ces domaines, l’armée s’appuie sur l’expertise étrangère. De nouveaux partenariats ont d’ailleurs été conclus. L’un porte sur la création d’une société d’hélicoptères en partenariat avec le constructeur italien Leonardo. Il est aussi question de promouvoir la production des explosifs à usage civil en collaboration avec les Chinois. Le fournisseur allemand Hensold a été quant à lui mis à contribution pour la fabrication de capteurs.

Actuellement, l’armée algérienne fait partie du top 30 des plus puissantes dans monde. Elle a été classée à la 26e place (seconde en Afrique après l’Égypte) par le site américain spécialisé dans les questions de défense Global Fire Power en 2017. Ses effectifs s’élèvent à 520 000 militaires actifs et un personnel réserviste estimé à 400 000 personnes. Elle dispose, en matière d’équipements, de 2 405 véhicules blindés de combat, de 502 avions militaires, dont 257 hélicoptères, et de 85 navires et bâtiments de guerre.

Samia Lokmane-Khelil