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La Tunisie s’emploie à prévenir la fraude aux élections municipales

9 févr. 2018, PAR Acteurs Publics
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Le Président tunisien, Beji Caid Essebsi

L’Instance supérieure indépendante des élections (ISIE), en Tunisie, vient d’annoncer que des poursuites pénales cibleraient des agents de l’administration impliqués dans des opérations de bourrage des urnes ou de manipulation du fichier électoral. Environ 70 000 agents seront déployés le jour du scrutin municipal de mai pour superviser l’opération de vote.


La précampagne pour les élections municipales du 8 mai, en Tunisie, s’ouvrira mardi 13 février. Scrutée pour son rôle dans l’organisation du scrutin, l’Instance supérieure indépendante des élections (ISIE) veut montrer qu’elle contrôle parfaitement la situation et qu’elle veillera scrupuleusement à l’application des règles de transparence et d’équité entre les candidats, pendant l’opération de vote.

Cette structure espère surtout pouvoir assurer la neutralité de l’administration et de ses agents. Pour prévenir la fraude, des sanctions ont été prévues. S’exprimant tout récemment sur les conditions de déroulement des élections, Farouk Bouasker, membre de l’ISIE, a révélé que l’exploitation des services de l’État ou de leurs moyens à des fins électorales expose les contrevenants à des peines de prison. 

L’ISIE compte sur ses propres effectifs pour traquer les éventuels fraudeurs. Anis Jarboui, son porte-parole, vient d’indiquer que 27 bureaux seront ouverts dès la semaine prochaine à travers le territoire. Ils seront pourvus de 107 agents qui veilleront au grain, au niveau local. Un peu moins de 391 coordinateurs locaux seront par ailleurs déployés. L’ISIE prévoit aussi de disséminer 244 agents dans les administrations régionales. De leur côté, 780 autres effectifs devront recevoir les candidatures aux élections. Le jour du scrutin, environ 70 000 agents en tout seront réquisitionnés. La plupart, employés à titre contractuel, officieront en tant que membres et chefs de centre de vote. D’autres assumeront le rôle de surveillants.

Prémices de victoire annoncée

Les partis politiques qui prendront part aux élections auront également la possibilité d’avoir des représentants dans les bureaux de vote. Beaucoup s’inquiètent de la perspective d’une fraude massive au profit des formations de la coalition au pouvoir (formée par Nidaa Tounes, du Président Bedji Caid Essebsi, et le parti islamiste Ennahda). Les prémices de cette victoire annoncée sont dénoncées régulièrement.

Ces derniers jours, des chefs de parti sont montés au créneau pour déplorer la mise en place de conditions difficiles d’éligibilité. Ils ont accusé l’ISIE de vouloir réduire la participation au scrutin, en demandant par exemple aux candidats de légaliser les signatures de leurs soutiens. Une démarche jugée longue et inutile. On reproche aussi à la structure d’avoir fixé la période de dépôt des candidatures à une semaine seulement (entre le 15 et le 22 février). Plus globalement, elle est soupçonnée de faire le jeu de la majorité gouvernementale qui l’a désignée.

Beaucoup, en Tunisie, doutent en effet de la capacité de l’ISIE à garantir la probité de l’opération électorale. La démission de son ancien président, Chafik Sarsar, en mai 2017, a contribué à la discréditer davantage. Chafik Sarsar avait jeté l’éponge en compagnie de plusieurs de ses collaborateurs. Certains ont évoqué publiquement des pressions politiques et leur refus de cautionner la fraude aux municipales.

Désignation contestée

Il a fallu ensuite attendre sept mois pour qu’un nouveau staff soit désigné. L’élection du nouveau président, Mohamed Tlili Mansri, par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) en novembre dernier, s’est néanmoins déroulée dans une totale confusion. Des députés ont été accusés par leurs collègues d’avoir voté doublement pour le même candidat.

Dans une interview parue ces derniers jours dans la presse tunisienne, l’ex-ministre en charge des Relations avec les institutions et la société civile Kamel Jendoubi a critiqué le mode de désignation des membres de l’instance, estimant qu’il nuit à leur indépendance. Lui-même avait présidé l’ISIE au cours de l’élection de l’Assemblée constituante en 2011, après la chute du régime de Ben Ali. Cette instance a organisé par la suite le scrutin présidentiel de 2014, émaillé par des soupçons de fraude. Ils portaient sur la validité des parrainages de certains candidats.

Cette fois, 7 500 postulants devront se disputer les sièges des 365 circonscriptions municipales que compte le pays. Un peu plus de 5 000 votants ont été inscrits sur les fichiers électoraux. La date du scrutin a été reportée deux fois, à cause des réserves des partis politiques.

Samia Lokmane-Khelil