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Le “monstre” Selmayr nommé secrétaire général de la Commission européenne

22 févr. 2018, PAR Acteurs Publics
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Le nouveau secrétaire général de la Commission européenne, Martin Selmayr avec (en arrière plan), Jean-Claude Juncker et Michel Barnier - Virginia Mayo/AP/SIPA

À la surprise générale, le directeur du cabinet de Jean-Claude Juncker va devenir le directeur de l’administration de l’exécutif bruxellois à partir du 1er mars. L’assurance, pour celui qui est considéré comme le véritable patron de la Commission européenne, d’étendre son pouvoir au-delà du départ attendu du président Juncker, en 2019.


Un silence absolu a accompagné l’annonce, mercredi 21 février, de la nomination de Martin Selmayr au poste de secrétaire général de la Commission européenne. En annonçant lui-même la promotion de son directeur de cabinet lors d’une de ses très rares apparitions en salle de presse depuis 2014 (la troisième), le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a surpris tous les observateurs bruxellois.

“J’ai décidé de choisir quelqu’un qui connaît la maison et qui a des ramifications partout en Europe”, a-t-il expliqué. Avocat de formation, Martin Selmayr remplacera Alexander Italianer, un Néerlandais de 61 ans qui a fait valoir ses droits à la retraite à compter du 1er mars. Cette nomination place l’Allemand de 47 ans à la tête d’une administration de 32 000 fonctionnaires européens.

Commissaires mis devant le fait accompli

Une annonce très surprenante car les observateurs indiquent que cette nomination a été inscrite au dernier moment à l’ordre du jour du collège qui réunit les commissaires tous les mercredis matin. L’objectif était d’éviter des fuites et aussi, soulignent certains connaisseurs du sujet, de mettre des commissaires devant le fait accompli.

Car l’Allemand multiplie les inimitiés à tous les étages du Berlaymont, le bâtiment bruxellois de la Commission européenne. Autant craint que détesté, celui qui a organisé la campagne victorieuse de Jean-Claude Juncker en 2014 est l’homme de l’ombre omnipotent face aux commissaires, des responsables politiques des États membres.

Surnommé affectueusement “le monstre” par le président de la Commission pour sa capacité de travail et sa connaissance approfondie des arcanes européennes, Martin Selmayr est considéré par la majorité des observateurs comme le véritable patron de la Commission européenne. C’est lui qui serait l’inspirateur de l’architecture de la Commission telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, avec des commissaires encadrés par des vice-présidents, ce qui permet au président et à son directeur de cabinet de se poser en arbitres.

Rôle clé dans l’exécutif

Avec cette nomination, l’Allemand jouera un rôle clé dans l’exécutif européen. Directement rattaché au président de la Commission, le secrétaire général dirige un service de 540 personnes qui soutient le travail du président de la Commission européenne, coordonne le travail du collège des commissaires et régit les relations institutionnelles avec les deux autres têtes de l’Union européenne que sont le Parlement européen et le Conseil européen. Aucune proposition législative de la Commission n’est présentée au collège des commissaires, le mercredi matin, sans avoir été auparavant validée par ses services. Ce rôle de pivot s’est renforcé depuis 2014, car il appuie les 5 vice-présidents, qui n’ont pas de direction générale sous leur responsabilité.

Cette fonction de secrétaire général pourrait permettre à Martin Selmayr de conserver son influence sur la Commission après le départ attendu de Jean-Claude Juncker, à la suite des prochaines élections européennes, en 2019. En effet, la fonction n’a pas de limite dans le temps. Ce poste a été occupé pendant dix ans par l’Irlandaise Catherine Day, la responsable qui a précédé Alexander Italianer, resté, lui, trois ans en fonction.

Jean-Bernard Gallois