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Bras de fer gouvernement-justice en Roumanie sur la lutte anti-corruption

19 févr. 2018, PAR Acteurs Publics
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La cheffe du parquet anticorruption (DNA) Laura Codruta Kovesi, en janvier 2017 à Bucarest. - Vadim Ghirda/AP/SIPA

La cheffe du parquet anti-corruption est dans le collimateur du ministre de la Justice qui a lancé une procédure de révocation. Depuis leur retour au pouvoir en décembre 2016, les sociaux-démocrates, dont plusieurs élus sont visés par la justice, ont tenté d'assouplir la législation sur la corruption.


Le ministre roumain de la Justice Tudorel Toader a lancé jeudi 22 février une « procédure de révocation » de la cheffe du parquet anticorruption (DNA) Laura Codruta Kovesi, portant à son comble la tension entre la majorité de gauche et le pouvoir judiciaire.

Lors d'une conférence de presse, le ministre a accusé la magistrate, l'une des personnalités les plus populaires de Roumanie, d'avoir « enfreint » la Constitution et « nui à l'image » du pays à l'étranger.

Selon la loi, il appartient toutefois au président de centre droit Klaus Iohannis, à couteaux tirés avec le gouvernement, de trancher sur un limogeage de cette magistrate en poste depuis 2013. Klaus Iohannis, qui a toujours pris la défense de  Laura Codruta Kovesi, a rapidement réagi, rappelant dans un communiqué s'être « à plusieurs reprises déclaré content de l'activité du DNA et de sa direction, un point de vue qu'(il) maintient ».

Environ 2 000 personnes, selon les médias, sont descendues dans la rue à Bucarest et dans d'autres grandes villes aussitôt après l'annonce du ministre pour exprimer leur soutien à la magistrate. Les partis d'opposition de centre droit ont pour leur part demandé la démission de Tudorel Toader, l'accusant de s'être « placé du côté des délinquants ». Le PSD s'est en revanche félicité de la décision du ministre, « basée sur des arguments clairs et solides ».

Projet de réforme de la justice contesté

Dans un rapport d'une trentaine de pages, le ministre de la Justice reproche à Laura Codruta Kovesi, dont le mandat court jusqu'en avril 2019, d'avoir un « comportement autoritaire », de s'être impliquée dans des enquêtes menées par des subordonnés, mais aussi d'avoir « critiqué des projets de loi sur la justice » dans des interviews aux médias internationaux. Ces critiques « ont affecté de manière irrémédiable l'image de la Roumanie », a-t-il lancé. Tudorel Toader faisait référence à une réforme de la justice, adoptée fin 2017 par le parlement et critiquée par la Commission européenne ainsi que par plusieurs chancelleries occidentales, qui craignent qu'elle porte atteinte à l'indépendance des magistrats. Plusieurs articles de ce projet de loi ont été déclarés non constitutionnels.

Les magistrats du DNA ont poursuivi ces dernières années des centaines d'élus locaux et nationaux, s'attirant en retour l'inimitié de la classe politique et des accusations d'abus de pouvoir. Les sociaux-démocrates, au pouvoir depuis fin 2016 et dont plusieurs élus sont visés par la justice, ont tenté d'assouplir la législation anticorruption, déclenchant une vague de contestation sans précédent depuis la chute du régime communiste fin 1989.

(avec AFP)