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Paolin Pascot : “L’État doit accompagner la mue numérique du monde agricole”

26 févr. 2018, PAR Sylvain Henry
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Président de l’association La Ferme digitale, Paolin Pascot invite les acteurs publics à jouer un rôle clé en matière d’accompagnement stratégique des exploitants agricoles. L’État, dit-il, doit aider les agriculteurs à se former aux nouvelles technologies et aux nouveaux leviers de gestion d’entreprise. Un échange organisé en prolongement du Salon de l’agriculture, dont Acteurs publics TV est partenaire.


Votre association, La Ferme digitale, entend contribuer à développer la ferme du futur en s’appuyant sur l’innovation numérique. Quel message portez-vous sur le Salon de l’agriculture ?
Il faut promouvoir l’innovation et le numérique au service d’une agriculture plus performante, plus durable et plus citoyenne. Tel est notre leitmotiv et le message que porte La Ferme digitale. N'ayons pas peur de parler de performance car une performance accrue au sein des exploitations permettra aux agriculteurs de vivre et non pas seulement de survivre. Produire mieux est tout autant indispensable, car il nous faut respecter notre environnement et penser aux générations futures. Travailler de manière plus raisonnée est par ailleurs économiquement plus rentable. Enfin, il est nécessaire de replacer le citoyen au cœur du système agricole et de rapprocher consommateur et agriculteur. Les citoyens sont de plus en plus nombreux à vouloir connaître l’histoire du produit qu’ils achètent et l’histoire du producteur qui va les servir dans leur assiette. Et de l’autre côté, l’agriculteur veut saisir les attentes des consommateurs et être mieux considéré sur la qualité et le devenir de ses produits. Il s’agit, sur ces trois enjeux prioritaires, de se poser aujourd’hui les bonnes questions pour préserver nos métiers d’agriculteurs et l’actif principal de l’humanité : la Terre. Nous nous sommes rassemblés avec plusieurs entrepreneurs agricoles au sein de notre association, créée voilà deux ans, pour actionner ensemble certains leviers auprès des pouvoirs publics. Nous regroupons aujourd’hui une trentaine de start-up et quelque 400 salariés.

Justement, que demandez-vous aux décideurs publics ?
Les institutions publiques doivent aider les professionnels du secteur agricole à intégrer les innovations digitales dans leur quotidien. Mais pour que l’agriculture devienne plus numérique, il faut aussi que les administrations qui interviennent sur les problématiques agricoles s’adaptent et s’appuient sur les avancées liées aux nouvelles technologies.

Que changent les nouvelles technologies au sein du monde agricole ?
Il est nécessaire que tout le monde, notamment les institutions publiques, comprenne que notre modèle est en plein bouleversement et qu’il faut se saisir des potentialités numériques plutôt que de les subir. Après la mécanisation de la ferme France voilà bien longtemps, la révolution actuelle est numérique. Et quand les innovations prenaient jusqu’à vingt ans pour irriguer l’ensemble des acteurs, on peut désormais changer de modèle en seulement quelques années. Il ne faut pas avoir peur de cela. Les mécontentements étaient très forts lors de l’arrivée des premières moissonneuses-batteuses. Certains parlaient de catastrophe, de machines qui supprimaient les emplois, de la qualité moindre du blé… Il ne faudrait pas que le nouveau modèle suscite des réticences alors qu’il est source d’opportunités formidables.

C’est anxiogène ?
Oui, exactement. Les nouvelles technologies sont pourtant là pour améliorer la performance économique et environnementale de nos exploitations.

Faut-il travailler sur des enjeux d’accompagnement et de formation ?
Il est en effet indispensable que les acteurs publics accompagnent les agriculteurs pour les former aux nouvelles technologies et aux nouveaux leviers de gestion d’entreprise. L’État doit accompagner la mue numérique du monde agricole. Cette question de la formation concerne les professionnels agricoles, mais aussi les institutions agricoles en général. Tous les acteurs doivent maîtriser ces questions pour que tout le monde comprenne les enjeux et parle le même langage.

Que demandez-vous d’autre aux acteurs publics ?
Certains avantages fiscaux ne sont pas des plus opportuns. Le précédent gouvernement avait aidé fiscalement les agriculteurs à investir dans du matériel. Aujourd’hui, il faut privilégier la diversification des exploitations et l’acquisition d’outils numériques et d’innovation. Les pouvoirs publics doivent aider les fermes à se repositionner stratégiquement pour créer de la valeur sur le marché. Une ferme française qui travaille 50 hectares de céréales ne sera jamais compétitive sur le marché international face à une ferme ukrainienne qui en exploite 6 000. Comment l’État accompagne-t-il ces plus petites exploitations, qui ne peuvent plus rivaliser à l’international, pour les aider à se tourner vers un modèle davantage producteur de valeur ? Celles-là doivent être aidées pour qu’elles deviennent moins dépendantes des fluctuations des marchés. Et comment aider les grosses exploitations à devenir encore plus grosses et mieux positionnées pour qu’elles soient encore plus performantes sur les marchés mondiaux ? L’État doit jouer un rôle clé en matière d’accompagnement stratégique de certaines exploitations. Nous avons la chance, en France, d’avoir des chefs d’entreprise agricole aguerris qui jouent un rôle déterminant sur les enjeux climatiques, énergétiques, économiques… Il faut les aider à se poser les bonnes questions et à mettre en œuvre les modèles les plus adaptés.

Propos recueillis par Sylvain Henry