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Françoise Descamps-Crosnier : “La lutte contre les violences sexuelles et sexistes doit être impulsée par les managers”

1 mars 2018, PAR Bastien Scordia
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Auteure l’année dernière d’un rapport sur l’égalité professionnelle, l’ancienne députée PS Françoise Descamps-Crosnier revient sur le plan de lutte contre les violences sexuelles et sexistes dans le secteur public annoncé par le gouvernement mardi 27 février. La prévention par la formation “permettra de faire bouger les mentalités”, ajoute celle qui est aujourd’hui conseillère technique au cabinet du président du Centre national de la fonction publique territoriale.


Les secrétaires d’État Olivier Dussopt et Marlène Schiappa [chargés respectivement de la Fonction publique et de l’Égalité entre les femmes et les hommes, ndlr] viennent de présenter le contenu d’une circulaire sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans la fonction publique. Ce texte doit être signé “dans les tous prochains jours pour une application immédiate”. Que pensez-vous de cette initiative ?

C’est une très bonne chose qu’un texte de la sorte soit prochainement publié. Et ce d’autant plus que les organisations syndicales et les employeurs publics ont été consultés sur le sujet. Il est nécessaire d’évoquer ces questions et d’inciter nationalement comme localement les employeurs à s’en emparer. Ils ont l’obligation d’assurer la protection de leurs agents et de les assister, sans quoi leur responsabilité peut être engagée. L’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes dans la fonction publique ne pourra jamais être atteinte si l’on ne s’attaque pas aux violences sexuelles et sexistes. Une circulaire de 2014 avait déjà rappelé les obligations des employeurs publics et leur nécessaire mobilisation dans la mise en place de mesures de prévention du harcèlement, mais c’est un combat de tous les jours. Renforcer la lutte contre les violences sexuelles et sexistes était donc une nécessité. 

La circulaire prévoit notamment la mise en place d’un “plan ambitieux” de formation initiale et continue des agents. En quoi ce volet préventif est-il primordial ?

Comme je le disais dans mon rapport sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes dans la fonction publique [remis en mars 2017 au Premier ministre d’alors, Bernard Cazeneuve, ndlr], la loi et la réglementation ne peuvent pas à elles seules faire bouger les mentalités. C’est aussi grâce à la formation que l’on y parvient. Le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) aura donc un rôle important à jouer en la matière. Il faut permettre aux agents concernés, et à l’encadrement notamment, d’avoir suffisamment de compétences pour identifier et traiter les différents types de violences auxquels ils peuvent être confrontés. Dès 2016, le CNFPT avait mis en œuvre une formation pour garantir une qualité et un vivier de formateurs/formatrices engagé(e)s sur le sujet des violences et sur les propos et comportements sexistes au travail. Des formations ont été expérimentées localement et vont être généralisées sur l’ensemble du territoire.

La prévention via la formation ne suffira sans doute pas…

Bien entendu. La façon dont le travail est organisé dans les services doit aussi amener à atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes. La lutte contre les violences sexistes et sexuelles doit donc bénéficier d’une véritable impulsion managériale, afin que les employeurs et les personnels d’encadrement se saisissent pleinement de cette problématique. Mais l’on sait bien que le management ne réglera pas tous les problèmes, c’est aussi la construction sociale et l’éducation qui amènent à tel ou tel comportement. 

Propos recueillis par Bastien Scordia