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La promotion express de Martin Selmayr continue de faire polémique

1 mars 2018, PAR Acteurs Publics
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Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, dont l'ancien directeur de cabinet est devenu secrétaire général de la Commission le 1er mars. - © Visar Kryeziu/AP/SIPA

L’ascension fulgurante du directeur de cabinet de Jean-Claude Juncker au poste de secrétaire général de la Commission européenne provoque des remous sur les conditions de sa nomination. La commission du contrôle budgétaire du Parlement européen a lancé une enquête mercredi 28 février. C’est le deuxième couac de l’exécutif européen en quelques jours, après la gestion très maladroite du cas Barroso.


C’est ce jeudi 1er mars que Martin Selmayr devient officiellement secrétaire général de la Commission européenne. Mais la polémique ne désenfle pas autour de la nomination très rapide et dans des conditions opaques du directeur de cabinet du président de la Commission européenne au poste administratif le plus important de l’exécutif européen, à la tête de 32 000 fonctionnaires. L’Allemand a envoyé, ce 1er mars, une lettre à tous les eurocrates, un geste qu’accomplissaient jusqu’ici les seuls présidents de la Commission européenne.

Après le silence qui a suivi l’annonce de cette nomination, le 21 février dernier en salle de presse, ce sont des salves inédites de questions des journalistes qu’a accueillies durant plus d’une heure un porte-parole de la Commission européenne, lundi et mardi derniers. Ses réponses n’ont cependant pas dissipé les doutes sur cette promotion éclair à la lumière des informations du correspondant du quotidien Libération à Bruxelles.

Dans ce que les observateurs européens nomment déjà le “Selmayrgate”, le quotidien français détaille “les éléments troublants qui montrent que les procédures internes ont été tordues à l’extrême limite de la légalité au seul bénéfice de cet Allemand de 47 ans”. Le premier de ces éléments est l’enchaînement de promotions de Martin Selmayr, qui est entré à la Commission en 2004 et a été promu avec une “régularité métronomique tous les deux ans, ce qui est un exploit, écrit le journaliste – très bien informé – Jean Quatremer. Le statut exige au minimum deux ans dans un grade, la moyenne étant en réalité de trois à cinq ans”. Martin Selmayr, qui a dirigé le cabinet de Viviane Reding, la commissaire chargée de la Justice au sein de la Commission Barroso entre 2009 et 2014, avant de devenir directeur de cabinet de Jean-Claude Juncker depuis 2014, est craint par les commissaires autant que par les eurocrates.

Affaire Barroso

Le second élément étrange est la procédure qui a amené cet ancien juriste au poste administratif le plus important de la Commission européenne. Déjà, Martin Selmayr a obtenu le poste de secrétaire général adjoint après une procédure d’à peine trois semaines, alors que les entretiens et validations diverses prennent plus longtemps d’ordinaire. Deuxième point étonnant, le panel des candidats au poste de secrétaire général adjoint était très réduit. En fait, une seule autre concurrente se présentait, l’actuelle cheffe ajointe de cabinet de Jean-Claude Juncker… et subordonnée de Selmayr. Troisième point troublant, l’Allemand aurait été nommé secrétaire général adjoint, puis secrétaire général en moins de trente minutes en collège des commissaires, devant 27 représentants politiques muets.

Après les protestations grandissantes de députés européens, la puissante commission de contrôle budgétaire du Parlement européen a décidé, mercredi 28 février en fin d’après-midi, de lancer une enquête sur cette nomination.

Cette polémique au sein de la Commission intervient au plus mauvais moment pour l’exécutif européen, qui doit aussi gérer “l’affaire Barroso”, du nom de l’ancien président de la Commission européenne qui avait rejoint, voici deux ans, la banque Goldman Sachs, dans des conditions troublantes, avec la promesse de ne jamais intervenir auprès de son ancienne administration. Or il a rencontré, il y a deux semaines, un vice-président de la Commission européenne. Pour seule explication, ce dernier a indiqué que leur rendez-vous était “purement amical”.

Jean-Bernard Gallois