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Le privé, terre de reconversion de l’“ancien monde”

12 mars 2018
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© Witt/SIPA

À l’image de François Baroin, parti le 7 mars dernier au sein de la banque Barclays, de nombreux hommes et femmes politiques ont franchi récemment les portes du privé. Tour d’horizon de ces reconversions forcées, ou désirées.


Au cours des derniers mois, nombreux sont les anciens ministres ou parlementaires ayant rejoint le secteur privé. Cela soit en quittant tout bonnement le navire de la politique, soit en compensant certains mandats abandonnés ou perdus par la prise de nouvelles fonctions au sein de cabinets de conseil, d’avocats ou dans la presse. La situation n’est certes pas nouvelle. On se souvient par exemple de l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, qui a rejoint, début 2017, le groupe hôtelier Accor. Mais avec la “vague macronienne”, les élections des chambres du Parlement de 2017 – notamment l’Assemblée nationale, où 75 % des députés ont été renouvelés –, ou encore avec la mise en œuvre du non-cumul des mandats, un nombre croissant de personnalités politiques s’est laissé tenter, par choix ou par obligation, par les vertes prairies du privé.

Le dernier en date n’est autre que François Baroin. En effet, si l’ancien ministre de l’Économie de Nicolas Sarkozy et ex-sénateur LR de l’Aube n’a pas renoncé purement et simplement à la politique, puisqu’il conserve son mandat de maire de Troyes et de président de l’Association des maires de France (AMF), celui-ci vient tout de même d’intégrer la banque britannique Barclays en tant qu’external senior advisor, pour les activités de banque d’affaires de la compagnie en France. Peu de temps, au final, après avoir fait partie des quelques sénateurs ayant choisi, fin 2017, de démissionner de leurs fonctions au Parlement, dans le cadre de la loi sur le non-cumul des mandats [lire notre article sur le sujet]. Et peu de temps également après avoir tiré un trait sur l’indemnité inhérente accompagnant tout mandat parlementaire. 

Un peu avant lui, quelques-uns de ses ex-collègues sous l’ère Nicolas Sarkozy avaient, eux aussi, fait ce choix. C’est le cas de Benoist Apparu. L’ancien ministre chargé du Logement est désormais, depuis octobre, président du directoire de la société IN’LI, une filiale francilienne d’Action Logement Immobilier.

L’ancienne ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement de 2010 à 2012, à savoir Nathalie Kosciusko Morizet, a aussi sauté le pas. Elle vient en effet de rejoindre, début 2018, l’entreprise de services numériques Capgemini, où elle dirigera l’activité “Projet et consulting” de la division “Cloud infrastructure et cybersécurité” du groupe aux États-Unis, à New York. Une décision prise quelques mois après sa candidature malheureuse aux élections législatives de juin dernier, en vue de sa réélection en tant que députée de l’Essonne.

Par ailleurs, Luc Chatel, notamment ministre de l’Éducation nationale sous le gouvernement Fillon II et ancien député de la Haute-Marne, ne s’est pas représenté aux dernières élections législatives. Associé au sein du fonds d’investissement Ekkio Capital depuis juillet dernier, il est en outre devenu président de la Plateforme automobile, Filière Automobile & Mobilités (PFA) depuis décembre.

 

Les anciens ministres de François Hollande, aussi concernés
Plusieurs anciens ministres du quinquennat de François Hollande ont eux aussi succombé récemment à l’appel du privé.
Bernard Cazeneuve. Le dernier Premier ministre du quinquennat socialiste, député de la Manche de 1997 à 2002 et de 2007 à 2012, a en effet choisi en juin dernier de ne pas se représenter aux élections législatives et de reprendre son précédent métier d’avocat dans le cabinet August Debouzy, dès le mois de juillet.
Najat Vallaud-Belkacem. L’ancienne ministre de l’Éducation nationale, candidate malheureuse aux élections législatives de juin dernier dans le Rhône, était pourtant encouragée par certains caciques du PS à se présenter à la succession de Jean-Christophe Cambadélis au poste de premier secrétaire du parti (dont l’élection est prévue fin mars prochain). Cette dernière annonce néanmoins, en janvier dernier, qu’elle se retire de la vie politique, pour diriger une collection d’essais chez Fayard [lire notre article sur le sujet], avant d’être nommée directrice générale déléguée, chargée des études internationales et de l’innovation sociale d’Ipsos [lire notre article sur le sujet] en février.
Axelle Lemaire. L’ex-secrétaire d’État chargée du Numérique sous le quinquennat de François Hollande a choisi quant à elle de se tourner vers le conseil en stratégie après sa candidature malheureuse aux législatives de 2017. Celle qui a aussi été députée SER représentant les Français établis hors de France (entre 2012 et 2014, puis entre mars et juin 2017) a ainsi rejoint, en février dernier, le cabinet européen de conseil en stratégie Roland Berger, en tant que partner [lire notre article sur le sujet].
Jean-Marie Le Guen. Après son mandat de secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères et du Développement international, chargé du Développement et de la Francophonie, jusqu’en mai dernier, celui-ci s’est réorienté dans le monde des assurances. Ayant annoncé qu’il ne se représenterait pas aux élections législatives, lui qui avait été député PS de Paris de 1988 à 1992, puis de 1997 à 2014, a en effet rejoint en juin dernier la société de courtage et de conseil en assurance Siaci Saint-Honoré, en tant que conseiller du président du directoire, Pierre Donnesberg.
Aurélie Filippetti. La ministre de la Culture et de la Communication de 2012 à 2014 n’a certes pas quitté définitivement le monde politique, puisqu’elle a rejoint, en janvier dernier Génération.s., le mouvement de Benoît Hamon. L’ancienne députée de la Moselle, éliminée au premier tour des dernières législatives alors qu’elle était candidate à sa réélection, donne néanmoins désormais des cours à l’École supérieure de journalisme de Paris et avait intégré, l’été dernier, l’émission On refait le monde, présentée par Marc-Olivier Fogiel sur RTL, en tant que chroniqueuse.
Thierry Mandon. Tout comme Aurélie Filippetti, le secrétaire d’État sous les gouvernements Valls et Cazeneuve et ex-député PS de l’Essonne (1988-1993 et 2012-2014) a aussi fait le choix de la presse, en rejoignant, en juillet dernier, l’hebdomadaire Ebdo (Rollin Publications), en tant que directeur de la publication.

 

De nombreux autres parlementaires concernés
Au-delà des membres des deux derniers quinquennats précédant celui d’Emmanuel Macron, plusieurs habitués de l’Hémicycle, surtout à l’Assemblée nationale, ont aussi sauté le pas, tant à droite qu’à gauche de l’échiquier politique. On peut citer notamment 5 d’entre eux.
Jean-Pierre Raffarin. L’ancien Premier ministre, de 2002 à 2005, et ex-sénateur (LR) de la Vienne (1997-2002, 2004 et 2005-2017) a annoncé en juin dernier qu’il quittait la vie politique à l’âge de 68 ans. Renonçant même à achever son mandat à la Chambre haute, il indique alors à nos confrères de La Nouvelle République vouloir créer une ONG internationale visant à “alerter contre les risques de guerre”. Il est en outre et entre autres, depuis février dernier, administrateur du groupe Pierre et Vacances.
Frédéric Lefebvre. Le député LR représentant les Français établis hors de France jusqu’en juin dernier et candidat malheureux aux dernières élections législatives, a quant à lui décidé d’ouvrir son cabinet d’avocat à Atlanta, aux États-Unis.
Du côté socialiste, Laurent Grandguillaume, qui ne s’est pas représenté aux dernières législatives après son mandat de député SER de la Côte-d’Or de 2012 à 2017, a pris la tête, en juin 2017, de la direction du développement de Missioneo Group, une société de services aux indépendants.
Razzy Hammadi. L’ancien député PS de la Seine-Saint-Denis et candidat malheureux – comme tant d’autres donc… – aux législatives de 2017 vient pour sa part de rejoindre, en février, la nouvelle agence d’information spécialisée en ligne News Tank Cities, lancée par News Tank Network, en tant que directeur général associé du titre.
Pouria Amirshahi. Le député (NI) représentant les Français établis hors de France de 2012 à 2017, qui n’a pas souhaité se porter candidat pour un nouveau mandat, a aussi fait le choix de la presse. Il est en effet, depuis novembre dernier, conseiller à la direction de l’hebdomadaire Politis et pressenti pour prendre la direction du magazine, en remplacement de Denis Sieffert.

Shahinez Benabed