Quantcast

Face aux objets connectés, les stratégies des collectivités divergent

13 mars 2018, PAR Acteurs Publics
  • 03
    MIN
  • 0

Fotolia

Alors que les villes, métropoles et régions multiplient les projets de connectivité des services publics grâce à l’Internet des objets, une étude de ParisTech met en exergue les différents modèles d’organisation en vigueur et alerte les collectivités sur les bonnes pratiques à mettre en œuvre, notamment en matière de gouvernance. 


Le degré d’implication de l’équipe politique et des services de la collectivité comme première condition de la réussite. Dans une étude commandée par le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) et intitulée “La ville et l’Internet des objets – Mettre l’Internet des objets au service de la ville intelligente et durable”, 4 élèves-ingénieurs de l’École des Ponts ParisTech analysent les projets de modernisation des services publics dans le sens de la ville intelligente (smart city). Comment sont-ils nés ? Quels en sont les modèles économiques ? Quel est leur impact sur les modes de gouvernance des collectivités ? 

D’après les auteurs, les projets les plus aboutis sont ceux pour lesquels les agents de terrain font remonter les besoins et sont entendus, ceux qui ont mis en place des groupes de travail avec des professionnels de l’Internet des objets (IoT), ou encore ceux pour lesquels les équipes avaient été formées aussi bien aux compétences techniques qu’à la compréhension globale du projet. L’implication des équipes politiques et des états-majors reste déterminante, rappellent-ils en creux. 

Bouleversements organisationnels

L’étude balaye ainsi les cas d’usages les plus communs de recours à l’IoT dans une quinzaine de collectivités. Il en va aussi bien du télérelevage, du parking et de l’éclairage intelligents que de l’aide à la décision concernant les nuisances sonores et la qualité de l’air… Pour les collectivités, l’enjeu d’un projet de ville intelligente peut être triple. Il s’agit tout autant d’améliorer la qualité et la performance des services publics que de favoriser le développement économique ou de revêtir une image de ville moderne et innovante.

Plus qu’une ambition technologique ou marketing, se lancer dans un projet IoT, pour la collectivité, reviendrait d’abord à bouleverser son organisation et son fonctionnement. Si les villes moyennes se montrent souvent plus efficaces dans l’aboutissement de projets IoT, les grandes villes, au fonctionnement plus complexe, disposent en revanche de moyens financiers et humains leur permettant de réussir leur transformation.

Dans tous les cas, lorsqu’elles mettent en œuvre un tel projet de modernisation, toutes les collectivités doivent savoir répondre aux bouleversements organisationnels induits par l’Internet des objets. D’après l’étude, il existerait au moins deux types d’approches organisationnelles. L’une par silos de métiers spécialisés, l’autre transversale. 

La première permet d’opérer une transition plus en douceur, en cohérence avec l’organisation historique des collectivités. Il s’agit, pour elles, d’accompagner le changement tout en préservant au mieux les compétences métiers de chacune des directions. Ces dernières conservent ainsi à la fois la responsabilité de leurs missions de service public et celle de l’amélioration de leur réalisation. Problème, avec le silotage par métiers, les collectivités perdent en mutualisation et en interopérabilité des systèmes et ne sont pas en mesure de tirer pleinement profit de l’Internet des objets, ouvert par essence.

La transversalité, une autre option

Pour assurer la continuité et une certaine mutualisation des projets IoT entre directions, ces villes mettent toutefois en place un service “Connectivité”, le plus souvent chargé d’indiquer les bonnes pratiques, de faire le lien et d’apporter une compétence technologique. C’est, toujours selon l’étude, le cas de Paris et Marseille.

D’autres, comme le Grand Lyon ou plus récemment Nice, ont fait le choix de la transversalité. La métropole lyonnaise a choisi de revoir complètement son organisation interne en créant un service en charge de la smart city. Plus qu’un simple service de coordination, celui-ci pilote intégralement les projets de connectivité de la métropole. Cette solution, plus radicale, bouleverse l’organisation par métiers de la collectivité, mais doit, à terme, apporter davantage de coordination et donc d’efficacité des projets de connectivité.

Un projet IoT mené en coordination avec les différents services et directions d’une collectivité est non seulement plus efficace, mais ouvre aussi de nouvelles portes en matière de pilotage. La ville de Rouen, citée dans l’étude, a par exemple su combiner données de trafic routier et environnementales pour améliorer la qualité de l’air devant les écoles. Une bonne mutualisation, c’est également la possibilité d’offrir de nouveaux services aux citoyens grâce à des plates-formes open data, comme celle développée par Nantes Métropole et récompensée aux Victoires des acteurs publics 2015.

Emile Marzolf