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Le nombre des inscrits aux concours de l’ENA en hausse, surtout au troisième concours

14 mai 2018, PAR Acteurs Publics
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© Florence Durand/SIPA

Le nombre d’inscriptions aux 3 concours de l’ENA progresse en moyenne de près de 11 % par rapport à l’année dernière. Le troisième concours, ouvert aux candidats justifiant de huit ans d’activité, progresse de 34 %.


Oyez, oyez, jeunes gens ! Le nombre total d’inscriptions enregistrées pour l’édition 2018 des 3 concours (externe, interne et troisième concours) de l’École nationale d’administration (ENA) a augmenté de 10,9 % (+ 149 candidats) par rapport à l’année 2017, a indiqué l’école dans un communiqué publié le 10 mai.  Des résultats encourageants. 1 517 candidatures ont été enregistrées, ce qui ne préjuge pas du nombre de présents le jour de la première épreuve (le niveau d’absentéisme oscillait entre 33 et 40 % en 2017 selon les voies). Les 5 épreuves écrites d’admissibilité se dérouleront du lundi 20 au vendredi 24 août 2018 à Paris, Basse-Terre, Bordeaux, Grenoble, Papeete, Rennes, Saint-Denis de La Réunion et Strasbourg.

Le nombre d’inscriptions à ces concours reste toujours un sujet de préoccupation au sommet de l’administration, attractivité et prestige de l’institution obligent. Avec des chiffres un peu en Yo-Yo, tout comme le nombre de places ouvertes. “La réduction, en 2007, du nombre de places offertes aux 3 concours (de 90 à 80) s’était accompagnée d’une baisse marquée du nombre d’inscriptions, sans qu’il soit possible d’y voir un lien de cause à effet”, soulignait déjà un rapport de 2013. “Le plus faible étiage des inscriptions avait été constaté en 2008 (1 352)”, notait ce même rapport. Ils étaient 1 550 en 2016, puis 1 368 en 2017. Les chiffres pour 2018 remontent, alors même que le gouvernement Philippe a décidé, l’été dernier, de baisser le nombre de places de 90 à 80.

145 candidats au troisième concours

Dans le détail, le nombre d’inscriptions (2017-2018) évolue selon le type de concours : 10,6 % à l’externe, 4,1 % à l’interne et, surprise, 34,3 % pour le troisième concours, ouvert aux actifs du secteur privé, aux personnes exerçant un mandat au sein d’une assemblée élue d’une collectivité territoriale, ainsi qu’aux personnes justifiant d’une ou plusieurs activités en qualité de responsables, y compris bénévoles, d’une association, et ce pour peu qu’ils justifient de huit années d’activité. 

C’est donc le troisième concours qui se redresse le plus (145 candidats), 2010 restant l’une des meilleures années pour cette voie, avec 169 inscrits. En 2017, les origines professionnelles des lauréats du troisième concours avaient gravité une nouvelle fois autour des métiers du conseil (2 consultants), de l’audit (un contrôleur de gestion) et de la banque, avec 2 admis. Mais quelques profils un peu moins conventionnels avaient réussi à franchir la course d’obstacles avec, parmi les 8 reçus, 2 intermittents du spectacle et un cadre de la SNCF responsable des relations extérieures et de la concertation.

L’attractivité du concours interne (350 candidats, + 4,1 % par rapport à l’année 2017) progresse elle aussi, mais de manière moins marquée que les deux autres voies. “Je regrette la baisse d’attractivité du concours interne de l’ENA, et ce recul s’explique par plusieurs facteurs, jugeait le directeur de l’école, Patrick Gérard, dans une interview à Acteurs publics le 2 mai à propos de la tendance des années passées. D’abord, l’État a d’autres procédures de recrutement qui permettent d’accéder à des corps auxquels prépare l’ENA ; il faut donc être très motivé pour passer le concours interne. Les candidats ont un grand mérite : ils doivent passer le concours du cycle préparatoire de l’ENA. S’ils sont reçus, ils y entrent et perdent leurs primes… S’ils échouent au concours de l’ENA, ils retournent dans leur administration, où ils ont été remplacés sur leurs fonctions. Tout cela n’est pas encourageant. Le concours interne peut apparaître à certains moins intéressant pour devenir administrateur civil que le tour extérieur.”

Campagne de recrutement

Dans son communiqué livrant les chiffres pour 2018, l’école rappelle avoir lancé en 2018, pour la première fois, une campagne de recrutement intitulée “Sautez le pas#2018concoursENA”, diffusée pendant un mois et déclinée sur le Web, les réseaux sociaux et en affichage pour diversifier l’accès à cette prestigieuse institution. Ce boom des inscriptions en 2018 signifierait-il que la campagne lancée le 26 mars par le nouveau directeur de l’école, l’universitaire et conseiller d’État Patrick Gérard – ancien maire de Vincennes, nommé cet été par le pouvoir macronien –, permet déjà de récolter les premiers fruits alors que la décision de préparer ce type de concours ne se prend en général pas quelques mois mais un, deux ou trois ans à l’avance ? “Les étudiants qui sont inscrits en prep’ ENA préparent en fait plusieurs concours A + (ceux de l’Institut national des études territoriales (Inet), de l’Assemblée nationale, du Sénat, de l’École nationale de sécurité sociale, de la Banque de France, de l’École des hautes études en santé publiques, etc.), analyse Patrick Gérard, interrogé le 11 mai. C’est seulement en cours d’année qu’ils choisissent le(s) concours qu’ils vont passer. Souvent, ils renoncent à l’ENA, le plus difficile.” “Notre campagne « Sautez le pas » a eu des effets”, assure encore Patrick Gérard, qui s’est lui-même rendu ces derniers mois dans plusieurs lieux comme l’IEP de Lille, l’IRA de Metz ou l’université Aix-Marseille pour faire la “promo” de son école. Sans parler du plateau de Quotidien, l’émission de début de soirée présentée par Yann Barthès sur TMC, très populaire chez les jeunes et qui avait déjà eu les honneurs de la précédente directrice de l'ENA, la diplomate Nathalie Loiseau.

Les chiffres encourageants des inscriptions à l’édition du concours 2018 – qui devront toutefois être confirmés par ceux des candidats réellement présents aux premières épreuves – viennent en tout cas rappeler la prise de conscience globale actuellement en cours au sein de la fonction publique de la nécessité de renforcer son attractivité, alors que ses métiers restent largement méconnus, en raison notamment d’une politique de recrutement structurée par corps, souvent via des grandes centrales de sélection.

L’autre grand enjeu pour aujourd’hui et demain autour des concours touche à la stratégie de diversification sociale. Sur cette thématique, le travail effectué par des associations d’entraide spécialisées ou d’anciens postulants à ces concours, les partenariats initiés par certaines administrations en zones socialement défavorisées, de même que la politique d’attribution des stages – lesquels permettent l’acquisition, durant le cursus LMD, de certains codes et connexions parfois très utiles dans les épreuves orales des concours – par les administrations constituent autant de leviers d’action et de sensibilisation.

Pierre Laberrondo