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Le Conseil national du numérique renaît de ses cendres

29 mai 2018, PAR Emile Marzolf
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Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au Numérique. - © PDN/SIPA

Le secrétaire d’État chargé du numérique, Mounir Mahjoubi, a officialisé la reconstitution du Conseil national du numérique (CNNum), en souffrance depuis décembre dernier, avec la nomination de Salwa Toko à sa tête.


Six mois. Il aura fallu attendre six mois pour que le Conseil national du numérique (CNNum) renaisse de ses cendres. Le secrétaire d’État chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, a annoncé, dans la nuit du 28 au 29 mai, la nomination de Salwa Toko en tant que présidente de cette instance chargée de conseiller le gouvernement sur l’impact du numérique sur la société et l’économie.

L’annonce, faite par le secrétaire d’État sur Twitter, reprend un article du Figaro publié dans la soirée du 28 mai, qui confirme la nomination au poste de présidente de Salwa Toko, dont le nom circulait déjà depuis plus d’une semaine. Elle est la fondatrice du programme Wi-Filles, rebaptisé Becometech, et spécialisé dans l’initiation au numérique et aux sciences de l’informatique pour les jeunes filles de collèges et lycées de Seine-Saint-Denis, ainsi que dans la sensibilisation des acteurs du numérique aux enjeux de la mixité. 

Un programme qui s’accorde parfaitement à celui de Mounir Mahjoubi, qui a lancé en décembre l’élaboration d’une “stratégie nationale pour un numérique inclusif”, dont le rapport a été remis pas plus tard qu’hier. 

Collège hétéroclite

Si la liste des 30 personnalités composant le CNNum n’a pas encore été communiquée officiellement, Acteurs publics a pu se la procurer. Le décret du 8 décembre 2017 venu remplacer celui de de décembre 2012, dispose que le conseil doit être composé de 10 personnalités issues du secteur économique, 10 du secteur académique et 10 autres “impliquées dans le développement du numérique aux niveaux local, national ou européen, ou concernées par ses effets”. Une façon de garantir la diversité de la composition du conseil, un temps source de critiques de la part des réfractaires, qui lui reprochaient sa trop grande proximité avec le monde de l’entreprise.

Dans ce nouveau cru, on retrouve 3 des noms mentionnés par Le Figaro. Ceux de Nathalie Collin, directrice générale adjointe du groupe La Poste et pilote de la transformation numérique de l’entreprise (et déjà membre du Conseil économique, social et environnemental), de Karine Dognin-Sauze, vice-présidente de la métropole de Lyon en charge de l’innovation, du développement numérique et de la mobilité intelligente. Et enfin celui de Gilles Babinet, l’actuel digital champion de la France auprès de la Commission européenne et président du CNNum lors de sa création en 2011, qui nous a confirmé son retour au sein de l’institution, en qualité de vice-président.

Pour le reste, le collège se compose d’acteurs de divers horizons, avec notamment un agriculteur mais surtout de nombreux représentants de start-up et de grandes entreprises : Maud Bailly pour AccordHotels, Françoise Mercadal-Delassalles pour le Crédit du Nord. Mais aussi des représentants de collectifs et associations, parmi lesquels Gérald Elbaze, de Média Cité, Jérémie Boroy, d’Aditus, et Loubna Ksibi pour Startup Banlieue. Parmi les dix personnalités issues du monde académique et éducatif, on trouve notamment Yann Algan pour Sciences Po Paris, Anne Lalou-Schneider pour la Web School Factory, et Henri Isaac, professeur à Paris-Dauphine et président du think tank Renaissance numérique. Tous ont en commun d’agir de près ou de loin en faveur de l’inclusion numérique et de l’intérêt général.

Remise sur les rails

Le Conseil national du numérique aura fort à faire avec le volontarisme affiché par le nouveau gouvernement, que ce soit dans ses politiques de soutien à l’intelligence artificielle ou dans ses vastes projets de dématérialisation des services publics, sans oublier la numérisation des différents ministères, Justice en premier lieu.

Il aura surtout la difficile tâche d’effacer l’échec de son éphémère prédécesseur et de composer avec son nouveau mode de fonctionnement, rapproché du secrétariat d’État au Numérique. Pour rappel, après déjà de longs mois d’intérim, le premier CNNum de la Présidence Macron avait finalement vu le jour en décembre 2017, sous l'égide de Marie Ekeland, pour ne tenir qu’une semaine. L’ensemble de ses membres avait démissionné de manière quasi unanime après la polémique suscitée par la nomination de la militante Rokhaya Diallo et du rappeur Axiom, décidée par l’exécutif avant qu’il ne la renie sous la pression de la polémique.

Le décret du 8 décembre élargissant les missions du CNNum se caractérisé par une écriture un peu tarabiscotée et un descriptif oscillant entre service à la disposition du gouvernement et indépendance, le texte rapprochant l’institution du gouvernement, et du ministre chargé du Numérique. Dans ce décret, toujours en vigueur, le conseil est désormais chargé, en premier lieu, “d’informer et de conseiller le gouvernement dans l’élaboration, la conduite et l’évaluation des politiques et de l’action publiques” et en troisième lieu “de formuler de manière indépendante et de rendre publics des avis et des recommandations”. “La forme actuelle de nomination et de fonctionnement du CNNum portent à confusion et ne peuvent pas garantir son indépendance”, avait affirmé Marie Ekeland lors de sa démission en décembre.

Retour aux fondamentaux ?

La relance du Conseil avait alors été prévue pour début 2018, puis repoussée à mars, au point que l’avenir de l’institution semblait très incertain.

Guy Mamou-Mani, ancien vice-président qui avait pris les rênes, aux côtés de Sophie Pène et Amal Taleb après le départ de Mounir Mahjoubi, en campagne pour Emmanuel Macron, a salué la nomination de cette “professionnelle très méritante et active” qui augure, selon lui, un retour “aux fondamentaux du CNNum”, basé sur des “professionnels du numérique” qui sauront lui redonner “sa valeur”. Une façon de dire que le précédent CNNum, qui avait laissé entrer des voix discordantes et plus éloignées du secteur du numérique, ne remplissait pas son rôle de conseiller technique. 

La feuille de route et les priorités du prochain CNNum ne sont pas encore connues. Avec la nomination de Salwa Toko, le gouvernement donne néanmoins une voix à ceux qui luttent contre l’exclusion numérique, effet ricochet de la numérisation de la société et de l’administration engagée à marche forcée.