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Le gouvernement débranche l’application d’alerte attentat SAIP

30 mai 2018, PAR Emile Marzolf
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Ministère de l'Intérieur

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a annoncé, le 29 mai, l’abandon du système d’alerte et d’information des populations (SAIP), lancé en mai 2016.


Après deux années de bons et mauvais services, l’application “système d’alerte et d’information des populations” (SAIP) va être définitivement débranchée le 31 mai, date à laquelle le contrat avec son prestataire Deveryware prend fin.

Le système d’alerte et d’information des populations avait été mis en place par le gouvernement à la suite des attentats de novembre 2015. Proposée sous forme d’une application pour smartphone, le système devait alerter rapidement les populations en cas d’attentat terroriste.

“Cette application n’a en fait jamais marché”, a concédé le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. “Plutôt que de nous acharner à créer une application propre au ministère, nous avons décidé d’utiliser les technologies modernes”, a-t-il justifié. Dès le 1er juin, le ministère collaborera avec Facebook, Twitter et Google, “qui ont accepté de relayer nos messages”, a fait savoir le ministre. Radio France, France Télévisions, la RATP et Vinci Autoroutes relaieront également “en priorité” les messages du gouvernement, de manière à “informer les populations en temps réel”.

Un système décrié depuis longtemps

Lancée en juin 2016 avant l’Euro de football, l’application s’était rendue célèbre pour ses nombreux revers. Lors de la prise d’otages au supermarché de Trèbes, en mars dernier, elle avait par exemple manqué de déclencher une alerte. Après l’attentat de Nice, en juillet 2016, les utilisateurs n’avaient reçu le message confirmant la fin de l’alerte qu’un mois plus tard.

Déjà en août 2017, l’efficacité de l’application ne faisait plus l’unanimité. Un rapport du sénateur Jean-Pierre Vogel pointait le manque de pertinence des choix opérés par le gouvernement. “Alors qu’une technologie permettant de diffuser un message sur l’ensemble des téléphones mobiles présents sur une zone d’alerte était initialement privilégiée [le Cell Broadcast, ndlr], elle a été remplacée en 2015 par le développement d’une application smartphone (nommée SAIP) en libre téléchargement, dénonçait-il dans son rapport. Il faisait également état de certains bugs, comme la réception d’alertes alors que l’utilisateur ne se trouvait pas dans la zone à risque.

Résultat, l’application n’a été téléchargée que par 900 000 utilisateurs, limitant considérablement son potentiel, alors qu’un système basé sur l’envoi de SMS aurait pu garantir la réception de l’alerte par le plus grand nombre. De fait, une application mobile comme Facebook, qui a déjà prouvé son efficacité avec le “Safety Check” dès les attentats de novembre 2015, et utilisée par plus de 34 millions de personnes en France, présente une force de frappe bien plus importante.

Jean-Pierre Vogel a fait savoir, par voie de communiqué, qu’il comprenait la décision du ministère de l’Intérieur, mais estimait “qu’il aurait été préférable de conserver, en plus des réseaux sociaux, un moyen d’alerte et d’information des populations par smartphone dont l’État aurait eu la pleine maîtrise, à l’image de la technologie Cell Broadcast”.