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Fonctionnariat, conditions de travail, portée de la mission… Ce qu’en pensent les agents du numérique

6 juin 2018, PAR Emile Marzolf
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À l'occasion de l'enquête que consacre cette semaine Acteurs publics aux enjeux RH de la transformation numérique, des agents publics employés dans les systèmes d'information et de communication livrent des témoignages sur leur parcours et une analyse des défis en la matière. Aujourd’hui : Cyrille L'her, du ministère de l'Intérieur, Christelle Mercier, des ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et Alise Peyrot, des ministères sociaux.


 

Cyrille L’her, préfigurateur de la mission des systèmes d’information métiers à la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, place Beauvau. Contractuel.

« Après sept années chez un éditeur de bases de données, j’ai passé six ans dans un service du Premier ministre avant d’entrer au ministère de l’Intérieur. L’idée était de pouvoir valoriser ce que j’avais appris, et je commençais à avoir une bonne connaissance du mode de fonctionnement. Pour moi, les enjeux ne sont pas les mêmes que dans le privé, car l’ampleur et l’impact de notre action sont rapidement nationaux. Étant contractuel, je n’ai pas les mêmes opportunités de mobilité que celles qui sont offertes aux titulaires. Même si le fonctionnariat n’est pas une finalité pour moi, je tente parallèlement de passer le concours des ingénieurs SIC pour débloquer l’accès à certains postes et avoir une vraie gestion de carrière. Il faut cependant admettre que nous bénéficions d’un accompagnement particulier pour la filière SIC puisque l’Etat ne sait pas "produire" des informaticiens comme pour les administratifs. Concernant le recrutement, c’est un peu difficile aujourd’hui de demander à quelqu’un de quitter un CDI pour travailler en CDD et d’attendre parfois six mois pour être effectivement recruté. Pendant ce délai, il n’est pas rare qu’ils trouvent ailleurs. Reste que l’administration est une grande maison avec une grande variété de jobs et la possibilité de faire une jolie carrière, notamment dans la gestion de projets. C’est un sacré terrain de jeu qui nous est offert. Aujourd’hui, je travaille pour les sapeurs-pompiers, les unités militaires d’intervention ou encore les démineurs. … »
 

Christelle Mercier, directrice de projet aux ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Contractuelle.

« J’ai commencé ma carrière en informatisant la force de vente chez Elf en 1994. Ensuite, j’ai rejoint plusieurs entreprises, dans la lecture automatique des télex, puis dans les bases de données. J’ai finalement été contactée par la direction du numérique pour l’éducation. Je ne pensais pas être faite pour le public – venant du privé –, ni trouver mon équilibre dedans, mais j’avais envie d’apporter toute mon expérience du privé et de relever le challenge. Le nerf de la guerre, c’est que le salaire est toujours moins important, mais si on a des convictions, on va au bout. Cela a été une agréable surprise, en arrivant : je n’ai pas trouvé de grande différence avec le privé. Malgré les process à respecter, et les cadres qui sont posés, il y avait de la réactivité. Pour attirer davantage, il faudrait trouver un certain équilibre sur les salaires. Mais surtout, il faudrait mettre plus en valeur ce que l’on fait dans les ministères, montrer que c’est loin d’être poussiéreux et que les projets, les technologies et méthodes sont tout aussi modernes qu’ailleurs. S’il faut aussi améliorer le processus de recrutement, qui a pris neuf mois pour ma part, je ne vois pas de différences entre contractuel et fonctionnaire, car on vient vraiment pour apporter notre pierre à l’édifice et pas pour le statut. Mais pour attirer les profils atypiques, l’un des seuls moyens qu’ont les ministères, ce sont les contractuels, car il est difficile de nous faire rentrer dans les cases de l’administration et de ses concours. »
 

Alise Peyrot, responsable “domaine métier” à la DSI des ministères sociaux. Contractuelle.

« Quand j’ai choisi mon premier travail, je voulais apporter de la valeur au plus grand nombre de citoyens. Dix-sept ans après avoir intégré EDF, puis Engie, j’ai fini par quitter l’entreprise, où je ne me retrouvais plus dans les objectifs qui tombaient et passaient par-dessus tout. Même si j’avais des a priori sur la fonction publique et la difficulté d’y entrer, je trouvais que prendre trois ans pour aller découvrir ce qui se passait dans les secrets de l’État répondait à mon besoin de travailler pour améliorer la collectivité. À présent, j’ai un rôle d’interface entre les métiers et la DSI. Il y a une partie challenge car il faut travailler pour éviter de développer un SI à 300 000 euros parce qu’il en existe un à la Dinsic et qui ne coûte rien. Certes, il faut s’adapter, mais en s’adaptant on gagne 300 000 euros. Ce qui m’a surprise en arrivant du privé, c’est de ne pas avoir retrouvé de structure équivalente au comité d’entreprise pour les agents. Toutes les démarches qui sont faites de manière globale au niveau des ministères sont toujours assujetties à tout ce qui est critères sociaux, cela ne bénéficie donc pas à tout le monde et ce n’est pas toujours attractif. Pour ma part, ce qui a fait pencher la balance pour ce poste en ministère, c’est que j’avais envie de découvrir le mode de travail de l’administration, de faire quelque chose qui soit plus altruiste, et qu’il y avait des conditions de travail et une flexibilité que je trouvais intéressantes, notamment sur le télétravail. Pour des personnes très pointues qu’on cherche à attirer, c’est sur ce genre d’avantages qu’on peut se différencier. »