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De l’ouverture des “chakras numériques” du top management

6 juin 2018, PAR Pierre Laberrondo
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© Dmitry – Georgejmclittle/stock.adobe.com

L’État réfléchit à la manière de former ses plus hauts cadres dans le contexte de la transformation numérique de l’État. À la clé, quelques changements culturels potentiels. Cinquième volet de l’enquête qu’Acteurs publics consacre aux enjeux RH de la transformation numérique.


“Il faut ouvrir les chakras” des cadres dirigeants. C’est le genre de commentaires que l’on entend lorsque l’on interroge le petit monde du numérique. Pour certains, la transformation de l’État dans ce domaine va nécessiter de bousculer quelques conceptions et pratiques managériales. Une préoccupation que semble avoir en tête la direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État (Dinsic). Cette direction réfléchit, avec des partenaires comme l’École nationale d’administration (ENA), l’Institut de la gestion publique et du développement économique (IGPDE) ou le corps des Mines, à des formations délivrées à des hauts cadres : les directeurs d’administration centrale (DAC) ou ceux qui ont vocation à le devenir.

L’objectif ? Pas une formation au code, bien sûr, mais plutôt une sorte de conversion numérique. Quelque chose de culturel donc. “Ce n’est pas facile de former un dirigeant à faire de la stratégie numérique, il ne s’agit pas de donner des cours de numérique, il faut être expérimenté, avoir des idées, avoir essayé des choses, en rater certaines, la pensée post-numérique est assez instinctive, décrit Henri Verdier, le directeur interministériel du numérique et du système d’information et de communication de l’État. Les acteurs du numérique savent bien qu’un système centralisé est toujours piratable, donc si on ne veut pas qu’il le soit, il faut décentraliser. On ne « designe » pas certaines politiques publiques comme les autres.”

Accepter des produits non finis

Pour certains ingénieurs, c’est aussi la manière de mener des projets informatiques qui doit être globalement repensée. Trop souvent aujourd’hui, entend-on, ces projets-là sont managés à l’ancienne, comme des projets de génie civil. C’est-à-dire avec l’idée d’une visite de fin de chantier où l’on examine si le bâtiment a été livré conformément au cahier des charges initial. Une approche qui serait déconnectée des réalités du monde numérique. Un état d’esprit un peu nouveau consisterait à accepter sans drame des produits non finis, que le développeur continue d’ajuster après la livraison dans une visée d’amélioration permanente. “Ce sont des conversions très difficiles à obtenir pour un bureaucrate, qui pense que c’est son devoir de faire les spécifications les plus précises possibles et qu’il n’y ait pas un écart d’un millimètre avec le résultat final, note un geek, pointant là ce qu’il appelle la compétition des éthiques respectables. L’idée qu’on livre au ministre exactement ce qu’on lui avait promis est respectable et a sa noblesse, mais cela veut dire que souvent, on tape à côté de la cible de ce que veulent les vrais usagers.”

Un jeune cador du secteur public, plus radical, estime, lui, que les directeurs d’administration centrale devraient carrément pouvoir justifier d’un prérequis minimum en matière de gestion de projets informatiques, quel que soit l’objet métier de leur direction. Une sorte de petite expérience qui serait l’occasion d’appréhender la gestion du temps et d’acquérir quelques fondamentaux sur les principes et les outils alors que pratiquement tous les DAC ont aujourd’hui des projets informatiques à conduire. “En menant un projet de 100 000 euros ou même de 5 000 euros, on acquiert des réflexes qui permettent d’éviter des catastrophes sur des projets à 100 millions d’euros, illustre notre source. Et aujourd’hui, on rencontre malheureusement des directeurs qui gèrent des gros projets sans avoir jamais mené de projets informatiques. À ce niveau-là, on doit aussi être en capacité de s’adresser à d’autres personnes qu’à des juristes !” L’évangélisation des esprits risque de ne pas se faire sans quelques heurts culturels.