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Peu d’actions de prévention de l’absentéisme dans les collectivités

6 juin 2018, PAR Bastien Scordia
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ALLILI MOURAD/SIPA

Entre 2005 et 2015, le nombre de journées d’absence pour raisons de santé dans la fonction publique territoriale a augmenté de près de 5 jours par agent, indique la direction générale des collectivités locales dans une étude. Le manque d’outils et d’actions de prévention de l’absentéisme y est mis en avant.


Les faits sont connus : l’absentéisme pour raisons de santé est en hausse constante dans les collectivités. Un constat que vient de confirmer une étude la direction générale des collectivités locales (DGCL), qui met aussi en avant le tout relatif entrain des échelons locaux à diffuser dans leurs services des outils de prévention en matière de santé et de sécurité au travail.

Basée sur l’exploitation des bilans sociaux des collectivités, l’étude de la DGCL [cliquez ici pour la consulter] révèle ainsi qu’entre 2005 et 2015, le nombre de journées d’absence pour raisons de santé a augmenté de “près de 5 jours” par agent de la fonction publique territoriale, pour s’établir en moyenne à 24,2 jours par agent en 2015.

Cette croissance, précise la direction, est “en grande partie” due aux absences pour maladie ordinaire, qui sont passées de 10,8 jours par agent et par an en 2005 à 13,4 jours en 2015, représentant 55 % du total des jours d’absence en 2015. Le nombre de jours d’absence pour longue maladie a lui aussi augmenté, mais “dans une moindre mesure” (7,4 jours en 2015 contre 6,4 en 2005), soit 31 % du nombre de jours d’absence. Les accidents du travail et les maladies professionnelles représentent, pour leur part, respectivement 10 % et 4 % du total de nombre de jours d’absence enregistrées en 2015 dans les collectivités.

Peu d’outils de prévention

Compte tenu de la croissance du nombre de ces journées d’absence, mais aussi de la hausse des inaptitudes des agents (4 830 décisions d’inaptitude définitive ont été rendues en 2015, soit 17 % de plus qu’en 2013), la question de la prévention en santé et sécurité au travail revêt donc un enjeu de taille pour les collectivités. Encore faut-il que ces dernières jouent le jeu et mettent en place des outils prévus à cet effet, ce qui n’est pas gagné.

Comme le précise la DGCL dans son étude, “seulement” 35 % des collectivités disposaient en 2015 d’un document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), “élément clé de la prévention des risques” et outil de prévention le plus mis en place dans les collectivités. Néanmoins, 17 % d’entre elles déclarent qu’il est “en cours de rédaction”.

Seulement 3 % des collectivités disposent par ailleurs d’un plan de prévention des risques psychosociaux. Peu de collectivités ont également mis en place des démarches de prévention des risques sur les troubles musculo-squelettiques (8 %), sur les risques cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction (3 %) et sur les “autres” risques (8 %).

Grandes collectivités en pointe

Sans surprise, la part des collectivités ayant initié de tels outils de prévention augmente avec leur taille. Ainsi, 77 % des collectivités de 1 000 agents et plus disposent d’un DUERP contre 23 % pour les collectivités de moins de 5 agents. Un ratio qui permet néanmoins de relativiser le manque d’impact de ces outils de prévention, puisque même si seules 35 % des collectivités disposent d’un document de ce type, “ce sont 67 % des agents de la fonction publique territoriale qui en bénéficient” au final.

Même constat pour les plans de prévention des risques psychosociaux dont disposent les collectivités. 33 % des collectivités de 1 000 agents et plus disposent en effet d’un tel document contre 1 % des collectivités de moins de 5 agents. Au total, ce sont donc 20 % des agents de la territoriale qui en disposent.

Un jour de carence efficace ?
Entre 2011 et 2013, l’accroissement du nombre de journées d’absence pour maladie ordinaire dans les collectivités a observé une certaine stabilité. “L’introduction du jour de carence (entre le 1er janvier 2012 et le 1er janvier 2014) semble donc avoir freiné la croissance des absences, souligne la DGCL dans son étude. Mais ce résultat doit être interprété avec précaution.” L’occasion pour la direction de citer une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) publiée en novembre dernier dans laquelle l’organisme mettait en doute l’efficacité concrète de cette mesure dans la fonction publique d’État. L’Insee estimait ainsi que le micro-absentéisme avait, certes, été réduit grâce à l’introduction du jour de carence, mais que le nombre d’absences de longue durée avait pour sa part augmenté, de l’ordre de 25 % [cliquez ici pour consulter notre article : “L’efficacité du jour de carence pour les fonctionnaires mise en doute”]. Reste donc à savoir si la réintroduction du jour de carence, décidée par le gouvernement d’Édouard Philippe depuis le 1er janvier, produira les effets escomptés.