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Échec programmé de la réforme de la zone euro à la française

7 juin 2018, PAR Acteurs Publics
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La chancelière allemande, Angela Merkel, et le Président français, Emmanuel Macron, lors d’une visite de ce dernier à Berlin le 19 avril 2018. - © Carsten Koall/action pr/SIPA

Trois semaines avant le sommet européen du 28 juin, Angela Merkel met de sérieux bémols aux propositions d’Emmanuel Macron pour réformer la zone euro, notamment sur le montant d’un futur budget commun. La chancelière allemande ne veut pas d’une “union de l’endettement”.


La chancelière allemande vient enfin de répondre aux propositions d’Emmanuel Macron sur l’évolution de la zone euro. Neuf mois après la feuille de route du Président français, Angela Merkel a indiqué qu’elle était en faveur de la création d’un fonds monétaire européen et d’un budget d’investissement pour la zone euro. Mais elle annonce des montants beaucoup plus modestes et rejette toute idée d’une mutualisation des dettes de la zone euro.

En septembre 2017, le Président français avait lancé différentes propositions pour relancer l’Europe post-Brexit en crise. Sur le plan économique, il prônait la création d’un budget spécifique pour la zone euro et la désignation d’un ministre des Finances, ainsi que la transformation du mécanisme européen de stabilité en un Fonds monétaire européen.

À trois semaines d’un sommet européen sur le sujet qui se tiendra le 28 juin, l’Allemagne vient de répondre au Président français. Dans un entretien accordé au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, Angela Merkel a accepté le principe de deux mécanismes limités d’entraide entre pays de la zone euro : un budget d’investissement et un nouveau système de prêts pour les États en difficultés. L’Élysée s’est félicité que la chancelière allemande “se rapproche des vues françaises”.

Moins de 100 milliards d’euros

Cependant, celle-ci a précisé que ce budget devrait atteindre un montant inférieur à 100 milliards d’euros, très loin des souhaits initiaux d’Emmanuel Macron, qui avait appelé de ses vœux un budget équivalent “à plusieurs points du PIB de la zone euro”, soit plusieurs centaines de milliards d’euros. Le budget serait introduit étape par étape et évoluerait au fil du temps pour remédier aux faiblesses structurelles de certains États membres.

L’arrivée au pouvoir en Italie d’un gouvernement qui veut appliquer un programme anti-austérité a renforcé l’appréhension de l’Allemagne envers une solidarité entre les États du Nord et ceux du Sud. La chancelière a ainsi répété qu’elle est pour réformer la zone euro avec une limite : “la solidarité entre partenaires de la zone euro ne doit jamais conduire à une union de l’endettement”.

Le mois dernier, 154 économistes allemands avaient estimé que la création d’un fonds monétaire européen affaiblirait la détermination des établissements bancaires et des autorités de supervision nationales à lutter contre les créances douteuses. Sur ce point, Angela Merkel a donné son accord pour créer une nouvelle structure chargée d’évaluer les économies des pays membres et d’accorder des prêts aux États en difficulté. “Ces prêts seraient étalés sur trente ans et seraient conditionnés à des réformes structurelles radicales”, a-t-elle ajouté. La chancelière allemande souhaite qu’il soit contrôlé par les Parlements nationaux et non par la Commission européenne, qu’elle estime trop laxiste avec les pays en déficit chronique.

Pour le sommet européen du 28 juin prochain, l’Allemagne et la France font donc “feuille de route commune” pour réformer la zone euro, mais avec des propositions moins ambitieuses que celles lancées par le Président français quatre mois après son élection.

Jean-Bernard Gallois