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L’Algérie va recruter des milliers d’enseignants

13 juin 2018, PAR Acteurs Publics
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ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Ces trois dernières années, 48 000 enseignants ont été embauchés en Algérie. 50 000 de plus seront recrutés à partir de 2019. Depuis le gel des embauches en 2014, le ministère de l’Éducation est le seul autorisé à recruter du personnel.


Le ministère algérien de l’Éducation nationale a lancé une nouvelle campagne de recrutement. Ce mardi 12 juin, 740 000 candidats ont pris part à la première phase d’un concours externe pour l’embauche d’enseignants et d’encadrants pédagogiques et administratifs. Le nombre global des postes à pourvoir s’élève à 8 586. Ceux-ci se répartissent comme suit : 3 378 instituteurs, 2 265 superviseurs de l’éducation, 1 400 laborantins, 300 laborantins principaux, 694 intendants adjoints, 213 intendants principaux et 231 conseillers d’orientation et de guidance scolaire et professionnelle.

Le concours, qui se déroule en pleine période d’examens de fin d’année, dont le baccalauréat, est organisé selon des critères très stricts. Un dispositif de sélection draconien a été mis en place. Les inscriptions au concours et le retrait des convocations ont été effectués sur une plate-forme numérique. Intervenant sur la radio nationale, Kamel Hamadou, directeur central chargé de la formation au ministère de l’Éducation, a fait savoir que la surveillance et la correction des épreuves se dérouleraient suivant les mêmes principes d’équité et de transparence que ceux qui prévalent pour les examens scolaires.

Manque d’enseignants en maths, physique et berbère

Le ministère de l’Éducation s’est engagé par ailleurs à recruter en priorité les diplômés des écoles supérieures des enseignants. En janvier dernier, les étudiants de ces établissements avaient organisé une grève pour dénoncer l’obligation qui leur a été faite de s’inscrire comme tous les autres candidats au concours de recrutement (ingénieurs, diplômés de langues arabe et étrangères…) sur des plates-formes numériques. Ils ont finalement obtenu gain de cause. Pour autant, leur nombre ne suffit pas à combler les besoins du ministère, qui se voit de plus en plus contraint de se tourner vers les universités pour combler son manque d’effectifs.

Depuis trois ans, le secteur a enrôlé 48 000 enseignants. Il prévoit d’en recruter environ 50 000 de plus à partir de l’année prochaine. Le déficit d’encadrants est considérable dans certaines matières comme les mathématiques, la physique et les langues, surtout tamazight (les langues berbères), dont il est prévu de généraliser l’enseignement à toutes les écoles du pays.

Actuellement, cette langue officialisée en 2014 est enseignée uniquement dans les régions berbérophones. Il y a quelques mois, la ministre de l’Éducation, Nouria Benghebrit, a annoncé l’embauche de 300 instituteurs de tamazight pour l’année scolaire 2018-2019. Dans le sud du pays, ce sont plutôt les enseignants de français qui manquent le plus. Les conditions de vie relativement rudes dans cette région dissuadent beaucoup des diplômés de s’y rendre.

Retraites anticipées

Plus globalement, les sous-effectifs dans l’éducation nationale en Algérie s’expliquent par le recours massif à la retraite anticipée, durant les dernières années. Avant son abrogation en octobre 2016, cette disposition a provoqué une véritable saignée. Des dizaines de milliers d’enseignants en ont bénéficié.

Actuellement, l’Algérie compte 500 000 enseignants du primaire, du moyen et du secondaire pour un effectif global de 8 451 370 élèves. Depuis le gel des recrutements dans la fonction publique en 2014, à la suite de la chute des prix des hydrocarbures, l’éducation nationale est le seul secteur encore autorisé à embaucher du personnel. Il figure d’ailleurs parmi les départements ministériels les plus lotis en nombre d’effectifs.

En avril dernier, les enseignants ont obtenu une augmentation de salaire, après plusieurs semaines de grève. Cette décision devra affecter lourdement le budget du ministère, qui s’élève à environ 7 milliards d’euros, engloutis à 91 % par la masse salariale.

Samia Lokmane-Khelil