Quantcast

Le gouvernement incite les administrations à expérimenter l’intelligence artificielle

14 juin 2018, PAR Emile Marzolf
  • 04
    MIN
  • 0

NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Le secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, a officialisé le lancement, jeudi 14 juin, d’un appel à manifestations d’intérêt à destination des administrations, pour expérimenter l’intelligence artificielle dans l’action publique.


“On a envie de se faire surprendre.” À l’occasion du lancement de l’appel à manifestations d’intérêt pour "développer le recours à l'intelligence artificielle pour la transformation des métiers et de l'action publique", le secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, a rappelé la volonté de son gouvernement de stimuler l’innovation, y compris au sein de l’État. Le pilotage de cet appel à manifestations d’intérêt à destination des administrations été confié à la direction interministérielle de la transformation publique (DITP) et à la direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État (Dinsic).

La première pilotera le volet organisationnel et “conduite du changement”, quand la Dinsic se chargera de fournir les experts et ressources dans le domaine (data scientists, infrastructures…). Les administrations dont le projet aura été retenu disposeront de dix mois, à partir de novembre 2018, pour aboutir à un prototype à même d’être expérimenté par des utilisateurs, qu’ils soient agents ou administrés.

Cet appel fait suite à l’annonce d’une stratégie nationale pour l’intelligence artificielle en mars par le président de la République. S’inscrivant dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir visant à accélérer la transformation numérique de l’action publique, il est doté d’1 million d’euros de subventions. Mais l’objectif poursuivi par le gouvernement à travers cet appel n’est pas tant de financer des projets que de faire émerger des initiatives d’innovation dans les administrations. Des initiatives qui n’ont jamais pu voir le jour faute de moyens, mais surtout d’expertise, aussi bien en termes de technologies que de méthodes.

Inciter les administrations à innover

C’est aussi et surtout un moyen de “propager le réflexe IA dans les administrations”, fait savoir Henri Verdier, directeur de la Dinsic. Car selon lui, l’appropriation de l’IA représente pour l’État un enjeu de “gains de productivité et d’efficacité” de même que de souveraineté, en évitant de confier la transformation de l’action publique via l’intelligence artificielle à des acteurs privés. Pour Mounir Mahjoubi, il s’agit en effet de développer la “capacité à innover” des différentes administrations et de les pousser à s’approprier de nouvelles compétences et de nouvelles méthodes d’innovation, plus agiles, que le gouvernement promeut à travers le programme Action publique 2022. Certaines ont d’ailleurs déjà commencé en constituant leurs propres laboratoires d’innovation. C’est notamment le cas du ministère de l’Éducation nationale, qui a inauguré la semaine dernière son lab “110 bis”.

Il s’agit, enfin, de lancer des expérimentations au plus près des métiers. “Ce sont eux qui peuvent imaginer les usages” qui peuvent découler de l’IA, explique le directeur de la Dinsic. Ce sont aussi eux les premiers concernés par la transformation de l’action publique. “Quand on transforme avec l’IA la façon dont on analyse les demandes de visas, soudainement, l’agent qui s’en chargeait se retrouve à gérer quelques dossiers, plus pointus”, donne pour exemple Aude Costa de Beauregard, cheffe du département “Performance des services publics, transformation managériale et transformation publique” à la DITP.

D’où le choix d’un appel à manifestations d’intérêt et non à projets. Ce type de procédure a l’avantage d’être moins contraignant et de permettre “l’identification d’opportunités” de transformation par les administrations elles-mêmes, assure le secrétaire d’État chargé du Numérique. Et surtout, de faire émerger des opportunités qu’elles n’auraient pas envisagées sans l’appui de la Dinsic et de la DITP.

Une poignée de lauréats

Si la nature de la démarche a le mérite de répondre à des besoins réels des administrations, son spectre reste mesuré. Sur les dizaines de candidatures qu’espère recevoir le secrétaire d’État au Numérique, seule une poignée – entre 4 et 5 – bénéficieront effectivement du programme. Or toutes les administrations d’État, opérateurs de service public sous tutelle et services déconcentrés peuvent faire acte de candidature, à l’exception des administrations locales.

Les dossiers seront examinés au prisme de plusieurs critères : “bénéfices potentiels internes et externes pour l’action publique”, “pertinence technique”, “composition de l’équipe”, “existence et accessibilité des données nécessaires” mais aussi sur la “prise en compte des risques éthiques”, comme l’existence de biais dans les données d’apprentissage.

Les administrations ont jusqu’au 14 septembre pour déposer leur candidature, mais une première réunion est d’ores et déjà prévue pour le 27 juin, afin de dresser un premier état des lieux des principaux intéressés.