Quantcast

Le Maroc fait le ménage dans son administration territoriale

4 juil. 2018, PAR Acteurs Publics
  • 03
    MIN
  • 0

Le Premier ministre marocain, Saadeddine El Othmani. - © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Au Maroc, 1 574 hauts fonctionnaires territoriaux viennent d’être remplacés. Ce mouvement a touché 38 % des effectifs. Le ministère de l’Intérieur a par ailleurs sanctionné 110 responsables, dont un wali et 5 gouverneurs.


Aussitôt ordonné, aussitôt exécuté. Quelques jours après la publication d’une instruction du roi Mohamed VI exigeant la sélection rigoureuse des candidats aux postes de responsabilités dans les régions, le ministère de l’Intérieur marocain est passé à l’action : 1 574 agents territoriaux d’autorité viennent d’être remplacés.

Ce mouvement d’envergure a ciblé 38 % des effectifs. Les postes concernés sont ceux de secrétaire général de wilaya (département), de pacha (sous-préfet), de chef de cercle (représentant de l’administration au niveau des municipalités), de chef de district (responsable de circonscription urbaine) et de caïd (chef de circonscription rurale).

Des cérémonies de passation de consignes ont lieu partout dans le royaume, ces derniers jours. Les nouveaux agents d’autorité ont été choisis parmi les cadres de l’administration territoriale, sur la base d’entretiens supervisés par des walis et des gouverneurs. Les listes ont été ensuite transmises au ministère de l’Intérieur, qui les a validées. Ce département a par ailleurs recruté un certain nombre de lauréats de l’Institut royal d’administration territoriale, pour compléter sa sélection. D’après les médias marocains, un mouvement supplémentaire dans les administrations territoriales pourrait intervenir très prochainement. Il devrait toucher, cette fois, les walis et les gouverneurs.

Le roi mécontent

Mécontent de l’action des responsables régionaux, le roi Mohamed VI veut absolument que la situation change et au plus vite. Selon un communiqué rendu public le 20 juin dernier, il a demandé au ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, de “prendre les mesures nécessaires en vue d’une meilleure efficacité et une rationalisation exemplaire des ressources humaines parmi le corps des agents d’autorité, et ce à travers la consécration des critères de compétence et de mérite dans la nomination aux postes de responsabilité au sein du même corps”.

De son côté, le chef du gouvernement, Saadeddine El Othmani, a estimé nécessaire “d’activer les procédures, les lois et les décrets pour mettre fin à toutes formes d’anarchie, de corruption et autre complaisance dans les nominations à des postes de responsabilité”. Il a en outre exigé de ses ministres qu’ils mettent en œuvre le principe de reddition des comptes pour garantir une bonne exécution du service public.

Montrant l’exemple, le ministère de l’Intérieur a, parallèlement aux nominations, sanctionné 110 responsables territoriaux. Ainsi, 25 agents d’autorité ont été révoqués, dont un wali et 5 gouverneurs, 21 autres hauts fonctionnaires ont été relevés de leurs fonctions, dont un gouverneur, 29 ont été rétrogradés, 21 ont reçu un blâme et 14 un avertissement.

Le wali révoqué est Abdelfattah Lebjioui. Il dirigeait la province de Marrakech-Safi jusqu’au 11 décembre dernier, date à laquelle il a été suspendu pour avoir notamment cédé des assiettes foncières appartenant au domaine privé de l’État à des promoteurs immobiliers.

Formation plus stricte

Par ailleurs, 179 autres agents d’autorité de différentes régions, dont des gouverneurs, des pachas et des caïds, ont été limogés à la même période pour manquement à leur devoir. Leur sort a été scellé suite aux conclusions d’un rapport de la Cour des comptes sur les centres régionaux d’investissement (CRI). L’institution, dirigée par l’ancien ministre de l’Intérieur Driss Djettou, a déploré le manque d’implication des responsables incriminés dans l’essor de l’entreprenariat économique au niveau de leurs régions.

En octobre 2017, la Cour des comptes avait remis au souverain marocain un autre rapport explosif, détaillant des dysfonctionnements dans un projet de développement multidisciplinaire dans la province d’El Hoceima, point culminant de la révolte rifaine, dans le nord du royaume, depuis 2016. Très en colère, Mohamed VI a écarté 4 de ses ministres et plusieurs autres hauts fonctionnaires. En mars dernier, 20 cadres de l’administration à El Hoceima ont été également limogés.

Pour parer à de nouveaux échecs dans l’administration des projets et des affaires locales, le ministère de l’Intérieur mise beaucoup sur la formation. Les conditions d’accès à l’Institut royal d’administration territoriale viennent d’être révisées. Sur 14 500 inscrits à un concours organisé le 24 juin dernier, 2 000 seulement ont été retenus pour passer les épreuves.

Samia Lokmane-Khelil