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Pascal Berteaud, le nouvel homme fort du Cerema

4 juil. 2018, PAR Shahinez Benabed
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Cerema

Nommé par décret le 2 mai dernier, le nouveau directeur du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) arrive dans une période de trouble au sein de l’établissement. Une situation qui est loin d’impressionner celui qui a notamment œuvré à sa création.


Un début de calme après la tempête. C’est un peu l’effet provoqué par la nomination de Pascal Berteaud, le 2 mai dernier, en tant que directeur général du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema). Et pour cause, l’arrivée de cet ancien collaborateur de Nathalie Kosciusko-Morizet au ministère de l’Écologie, après six mois de vacance de poste, est intervenue après plusieurs épisodes orageux qui ont secoué, au cours des derniers mois, ce centre d’expertises techniques à destination des collectivités [lire encadré ci-dessous].

À commencer par la démission de son prédécesseur, Bernard Larrouturou, en décembre. Rappelons que ce dernier avait rendu son tablier suite à un désaccord avec le secrétariat général des ministères de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, du Logement et de l’Habitat durable [lire notre article sur le sujet]. Une démission qui avait suivi de près celle du président du Cerema, le maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, en octobre, en raison d’une autre mauvaise nouvelle survenue peu avant : celle de la décision du gouvernement de poursuivre la baisse des subventions de l’établissement et d’acter une réduction de son personnel dans les années à venir, soit 5 millions d’euros en moins pour 2018 et la suppression d’une centaine de postes par an sur cinq ans.

Après le départ de Gaël Perdriau, le gouvernement avait certes installé une présidente provisoire, en la personne de Patricia Blanc. Mais son mandat s’étant achevé au printemps, le Cerema est donc jusque-là sans président, et ce normalement jusqu’au 13 juillet prochain, date prévue de la tenue d’un nouveau conseil d’administration.

Pour ne rien arranger, des rumeurs de “dépeçage”, voire de disparition du Cerema, avaient alimenté et alimentent toujours l’inquiétude en interne. Cela notamment en raison de la naissance annoncée de l’Agence de cohésion des territoires, un outil d’ingénierie à destination des collectivités territoriales, pour laquelle le Président Emmanuel Macron a indiqué, en novembre dernier, qu’elle entraînerait la suppression de plusieurs structures de ce type, sans préciser lesquelles.

À point nommé

Après cette accumulation de mauvais signaux, la désignation de Pascal Berteaud, qui constitue le premier élément positif vers un début de sortie de crise, avait été perçue en interne comme un soulagement. Même si, bien sûr, souligne un représentant syndical de l’établissement, “nous attendons maintenant de voir ce qu’il va découler de cette nomination”.

Une chose est sûre, néanmoins, le nouveau directeur général, âgé de 52 ans, affiche un C.V. à la hauteur du poste et de ses enjeux. Jusque-là coordonnateur national des contrats de transition écologique au ministère de la Transition écologique et solidaire depuis fin 2017, par ailleurs ancien directeur général de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) de 2012 à 2014, Pascal Berteaud a en outre un vrai lien avec le Cerema, dont la naissance ne lui est “pas complètement étrangère. Car à l’époque [des réflexions sur] sa création”, explique-t-il, j’étais directeur de cabinet adjoint de Nathalie Kosciusko-Morizet [au ministère de l’Écologie, entre 2010 et 2012, ndlr]. Et dans le cadre de mes fonctions, c’est moi qui pilotais ce sujet. Même si je n’ai, bien sûr, pas été tout seul”.

Par ailleurs, Pascal Berteaud est loin d’en être à sa première nomination dans un établissement en période de crise. En effet, il a aussi été directeur “service public” au Bureau de recherche et de géologie minière (BRGM) entre 1997 et 2002. Lorsque je suis arrivé, le BRGM connaissait des difficultés bien plus grandes que celles que rencontre aujourd’hui le Cerema. Et finalement, après un vrai travail stratégique, c’est aujourd’hui un organisme florissant […]. Même si cela ne s’est pas fait en un claquement de doigts.”

Seule ombre au tableau, selon les syndicats, le fait que Pascal Berteaud ait réalisé, dans le cadre d’une mission qui lui avait été confiée par le secrétaire général des ministères de tutelle de l’établissement en 2015, un rapport sur la stratégie immobilière du Cerema, qui préconisait des réductions encore plus importantes que son prédécesseur”, indique une source en interne. Un rapport pour lequel le nouveau directeur général a néanmoins précisé d’emblée, dès sa prise de fonction, que celui-ci ne l’engageait pas, tout en reconnaissant avoir fourni un rapport “très partiel et incomplet, car rédigé en un mois et demi”, indique un document réalisé par des représentants CFDT au Cerema.

Phase d’écoute

Enfin, outre ses expériences, la situation qu’a traversée et que traverse encore le Cerema est loin d’effrayer son nouveau patron : “L’établissement a connu une crise à la fin de l’année dernière, analyse-t-il. Vu de l’extérieur, cela a pu donner l’image d’un établissement qui ne va pas bien du tout, ce qui n’est pas le cas. En tout état de cause, la crise est aujourd’hui derrière nous. Les agents sont motivés et prêts à se mobiliser. Il n’y a pas plus de problèmes au Cerema qu’ailleurs, même si c’est difficile.”

Cependant, reconnaît-il, “il y a des contraintes très fortes, notamment celle de réduire les effectifs de quasiment 20 % sur cinq ans”. Des contraintes qui, selon lui, “obligent à remettre à plat l’ensemble de l’activité de l’organisme et, quelque part, à être assez sélectif sur la stratégie”.

Pour parvenir à cette refonte globale, qui passera notamment par une évaluation de la stratégie et des marchés, le nouveau directeur prévoit dans un premier temps de s’accorder une “phase d’écoute”, jusqu’à l’été, au cours de laquelle il compte “faire le tour de toutes les directions de la maison et rencontrer nos clients et partenaires. L’idée étant de définir le cap pour les années à venir d’ici la fin de l’année”, ceci afin de “négocier le futur contrat d’objectifs pluriannuel de l’établissement début 2019 et de bâtir un projet d’établissement solide et fiable”, a-t-il en outre précisé dans une lettre envoyée à tous les agents début juin.

Manque criant de notoriété

Bien sûr, les différentes orientations qui seront arrêtées tiendront compte d’une feuille de route qui est “double. Celle-ci prévoit en effet de développer, d’abord, l’établissement à destination des collectivités”, explique Pascal Berteaud. Et pour cause, “aujourd’hui, le Cerema est encore peu connu” de ces dernières. “Y compris des grandes”, précise-t-il. Un manque de notoriété qui va même très loin, selon un compte rendu du comité technique d’établissement du centre qui indique que lors d’une rencontre avec les représentants du personnel, Pascal Berteaud a évoqué sa rencontre “avec le Premier ministre (pourtant ex-élu local du Havre) qui ne connaissait même pas le Cerema !” Une situation certes problématique aux yeux du directeur général, mais pas illogique, “étant donné [que le centre] a été créé en 2014. Mais il y a un vrai travail à faire pour renforcer sa notoriété, et c’est clairement un des chantiers importants que je vais lancer”.

Ensuite, et toujours dans le cadre de sa feuille de route, Pascal Berteaud devra “respecter les trajectoires budgétaires et en matière d’effectifs. J’ajouterais en outre un troisième point, la nécessité de tourner le Cerema vers les entreprises”.

Ombre de l’ANCT

Cette refonte de la stratégie dépendra bien évidemment du sort qui sera réservé au Cerema dans le cadre de certains projets, notamment la création de l’Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT). Selon une source en interne, Pascal Berteaud “nous a donné l’impression d’avoir beaucoup de temps” pour mener à bien ses projets. “Nous n’avons pas le sentiment qu’il se sente menacé” par la création de telle ou telle agence. “Il voit même véritablement l’ANCT comme une opportunité pour nous”, ajoute-t-on.

En effet, Pascal Berteaud, qui a déjà rencontré le préfigurateur de la future agence, Serge Morvan, préfère voir le verre à moitié plein : “Je n’ai pas de doute sur le fait qu’on trouvera une façon de travailler intelligente. Car l’intérêt de l’ANCT, quelle que soit la forme qu’elle prendra, sera de s’appuyer sur les expertises là où elles existent.” Par ailleurs, explique-t-il, ayant contribué à la création du Cerema, je ne suis certainement pas venu pour le démanteler, mais bien pour engager une nouvelle étape de son action”. Le ton est donné.

Qu’est-ce que le Cerema ?

Le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) a vu le jour en janvier 2014, à la suite de la fusion des 8 centres d’études techniques de l’équipement (Cete), du Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques (Certu), du Centre d’études techniques, maritimes et fluviales (Cetmef) et du Service d’études sur les transports, les routes et leurs aménagements (Setra). Placé sous la tutelle du ministère de la Cohésion des territoires et du ministère de la Transition écologique et solidaire, il est, comme son nom l’indique, un centre d’expertises tant scientifiques que techniques, à destination de l’État et des collectivités locales, pour lesquelles il propose notamment des solutions d’ingénierie.