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Rapprochement franco-britannique sur l’IA et l’“open source”

5 juil. 2018, PAR Emile Marzolf
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Twitter - @_Dinsic

À l’occasion d’un colloque sur le numérique entre le Royaume-Uni et la France, les secrétaires d’État en charge du Numérique des deux pays ont signé deux accords en vue de coopérer sur l'ouverture des codes source des logiciels et sur l’intelligence artificielle (IA).


C’est dans le bâtiment qui accueillait jadis le ministère des Postes, Télégraphes et Téléphones que se sont rencontrés les secrétaires d’État en charge du Numérique du Royaume-Uni et de la France, jeudi 5 juillet, pour officialiser le rapprochement des deux pays dans le domaine de l’innovation numérique. Matt Hancock et Mounir Mahjoubi ont signé deux accords (Memorandum of Understanding) visant à renforcer la coopération dans le domaine de l’open source (les logiciels libres) et de l’intelligence artificielle (IA). Un précédent accord de ce type avait déjà été signé, en mars, entre la France et l’Estonie. Il portait plus spécifiquement sur la cybersécurité et l’administration numérique.

“Il nous faut être les meilleurs en termes de performance et d’inclusion”, a ainsi fait valoir le secrétaire d’État au Numérique français pour expliquer ce rapprochement. Les deux accords, qui sont le fruit de “douze mois de discussions”, selon Mounir Mahjoubi, doivent permettre aux deux pays d’améliorer leur action dans plusieurs domaines : le développement de l’intelligence artificielle et de son cadre éthique, la numérisation de l’État, la réduction de l’exclusion numérique et le développement des compétences numériques, et enfin le développement de standards ouverts.

Interopérabilité et complémentarité

Sur le segment “gouvernement numérique”, qui fait l’objet du premier des deux accords, les deux États s’engagent plus particulièrement à collaborer sur la transparence, la connectivité, la neutralité du Net, le soutien aux start-up, l’apprentissage pour les plus jeunes du développement informatique, la fabrication de services publics numériques plus efficaces et inclusifs et surtout, sur la promotion de standards ouverts, notamment “pour les algorithmes et les données gouvernementaux, a précisé Matt Hancock, afin d’accroître l’interopérabilité entre les technologies française et britannique”. Sur ce point, le secrétaire d’État britannique estime que “l’essence du numérique” est de faire en sorte que “le travail de chacun vienne s’ajouter à celui des autres : si une personne écrit un bout de code open source, chacun peut s’appuyer dessus sans avoir à réécrire le logiciel, et cela change radicalement la nature de la collaboration”.

Aussi, pour capitaliser sur cette opportunité offerte par le numérique, il convient de repenser “la façon dont les agents publics et les États britannique et français vont collaborer sur des projets d’open source communs”, a fait savoir Mounir Mahjoubi. Le détail de ces projets n’est toutefois pas encore déterminé. “La Dinsic et son équivalent britannique ont déjà échangé régulièrement et profiteront de cette journée de rencontre pour identifier les projets de travail communs”, a assuré le secrétaire d’État français.

Partenariat entre l’Inria et l’Alan Turing Institute

Les deux secrétaires d’État ont également souligné, durant leurs discours respectifs, l’importance qu’ils attachaient à la recherche dans le domaine de l’intelligence artificielle, sur laquelle porte le second accord. Un partenariat a ainsi été scellé entre les deux plus prestigieuses institutions de recherche des deux pays dans le domaine. L’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) et son laboratoire DataIA travaillera ainsi désormais étroitement avec l’Alan Turing Institute. Il s’agit là de l’une des premières concrétisations des annonces d’Emmanuel Macron lors du sommet AI For Humanity, en mars dernier.  

Les deux centres de recherche s’engagent notamment à promouvoir la science des données et l’intelligence artificielle, à développer leurs capacités de recherche dans ces domaines et à partager leurs ressources et les fruits de leur recherche.

Porter des valeurs

Interrogé sur la nature bilatérale de cette coopération et son apparent contre-sens avec le principe de compétitivité, largement porté par les deux secrétaires d’État durant leurs discours, Matt Hancock a répondu que depuis que le Président Emmanuel Macron et son ministre du Numérique portaient une politique économique et numérique volontariste, ses fruits avaient largement bénéficié au Royaume-Uni, avançant le chiffre d’un doublement des investissements capital-risque dans le pays depuis leur prise de fonction. Le secrétaire d’État britannique a par ailleurs tenu à rappeler que “tous les pays ne partagent pas nos valeurs en matière d’innovation et d’IA, et il faut donc que les pays qui portent une IA qui soit éthique travaillent main dans la main”.

Un rapprochement d’autant plus nécessaire, selon le ministre britannique, que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne se profile. Matt Hancock a également fait part de son intérêt pour un “accord sur la libre circulation des données”, condition nécessaire, selon lui, au développement de la recherche en intelligence artificielle. C’est la raison pour laquelle son pays continuera de se conformer aux exigences du Règlement général sur la protection des données (RGPD), en vigueur dans l’Union européenne, y compris après le Brexit, a-t-il fait savoir.

L’annonce du rapprochement entre l’Inria et l’institut Alan Turing intervient par ailleurs au lendemain de l’adoption par Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, d’un plan national pour la science ouverte. Doté de 5,4 millions d’euros, ce plan doit permettre de rendre accessible la recherche scientifique publique. La ministre s’est donné comme objectif de structurer et d’ouvrir l’accès à 100 % des données de recherche publique, notamment en rendant obligatoire l’ouverture des données de recherche soutenue par des fonds publics et en soutenant l’archive ouverte HAL.