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Branle-bas de combat à la direction générale de l’armement

9 juil. 2018, PAR Emile Marzolf
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WITT/SIPA

La ministre des Armées, Florence Parly, a dévoilé, vendredi 6 juillet, les principaux axes de son plan de modernisation de cette direction générale qui est le premier investisseur de l’État, avec l’innovation pour maître-mot.


Resserrer les liens entre les états-majors des armées et la direction générale de l’armement (DGA). À l’image du QG des armées, qui a réuni les différents centres de décision du ministère à Balard, la ministre des Armées, Florence Parly, veut une meilleure coopération des armées sur la question de l’innovation et de l’armement. “En sept ans, les crédits d’équipements vont augmenter de 35 %, des recherches vont être lancées, des programmes vont être accélérés. En sept ans, les technologies changeront 100 fois et l’usage qu’en font nos forces aussi. Il faudra du travail, il faudra de la réactivité, il faudra de l’audace. Et c’est précisément pour répondre à ces défis, que nous nous trouvons ici, aujourd’hui, pour transformer la DGA”, a expliqué Florence Parly lors de son discours pour dévoiler son plan de transformation de la DGA, le 6 juillet.

Cette direction, chargée d’équiper les armées et de promouvoir les exportations emploie quelque 9 700 personnes pour ses 80 programmes d’armement et constitue le premier investisseur de l’État. En 2016, elle a dépensé plus de 10,8 milliards d’euros dans de tels programmes et plus de 800 millions dans la recherche.

L’annonce de ce plan intervient deux semaines après l’adoption par l'Assemblée nationale de la loi de programmation militaire 2019-2025, qui prévoit non seulement d’augmenter les effectifs des armées (à 274 936 équivalents temps plein d’ici 2025), mais aussi d’en augmenter le budget, notamment dans la recherche et développement, afin qu’il remonte à 2 % du PIB à l’horizon 2025. Autant de mesures qui doivent permettre de “fonder des armées modernes, adaptées aux enjeux du XXIe siècle”, selon les mots de la ministre.

Faciliter la coopération et la mutualisation

“Aujourd’hui, nous fonctionnons trop souvent en silos. Les programmes pourraient se parler davantage et les dialogues entre l’état-major et la DGA devraient être plus directs et pragmatiques. Il faut donc impérativement et rapidement gagner en souplesse et en réactivité à tous les niveaux”, a expliqué la ministre, qui souhaite un rapprochement de la DGA, de l’état-major des armées (EMA) et des états-majors sur les projets d’armement. Ainsi, “les fiches de caractéristiques militaires et la spécification technique” seront regroupées dans un seul et même document.

Sur les processus d’acquisition, jugés inadaptés pour “intégrer rapidement des changements de cap” et permettre de “s’adapter à une technologie nouvelle”, Florence Parly entend en simplifier les procédures à travers de nouveaux “véhicules juridiques et modalités de financement” et en construisant des programmes d’armement en 3 phases au lieu de 6 actuellement. Il s’agit, selon la ministre, de gagner en souplesse, d’éviter les doublons et de réduire les délais.

Afin d’aller vers plus d’échanges et de collaboration, Florence Parly souhaite enfin favoriser les “allers-retours entre les différents employeurs publics” pour les corps d’ingénieurs et va jusqu’à appeler à dresser davantage de passerelles avec le privé.

Accompagner l’exportation

La transformation de la DGA doit également, selon la ministre, être l’occasion de revoir ses relations avec les partenaires industriels et européens. “Des enquêtes de coûts a priori seront menées à chaque fois que cela est nécessaire, pour s’assurer que la France paie le prix juste”, a déclaré Florence Parly.

“Notre pays ne paiera pas seul pour des systèmes d’armes qui bénéficieront à d’autres”, a-t-elle poursuivi, arguant que les programmes nationaux devront prendre en compte, dès leur conception, “les perspectives d’exportation”, notamment avec les partenaires européens de la France, avec lesquels la ministre entend resserrer les liens sur la question de l’armement. L’objectif étant que l’État bénéficie en retour d’un prix avantageux. Cette approche, a fait savoir la ministre, sera expérimentée avec le lancement du programme de missile air-air MICA NG à la fin du mois.

Soutenir l’innovation

Dernier axe du plan dévoilé vendredi par Florence Parly, l’innovation figure au cœur de son projet de transformation. C’était l’un des maîtres mots de la LPM : créer le terreau indispensable à l’émergence de l’innovation au sein des armées. Comme elle l’avait annoncé à l’occasion de la présentation de son plan de transformation numérique des armées, en février, une Agence de l’innovation va être créée. “La DGA doit voir loin, anticiper les technologies de rupture, donner sa chance aux idées nouvelles, qu’elles viennent du terrain, de nos laboratoires ou de l’imagination de quelques start-uppers à la coupe non réglementaire”, a justifié la ministre.

Pour ce faire, l’agence de l’innovation disposera d’1 milliard d’euros de crédits et sera tournée vers l’Europe et l’économie civile. La DGA sera également amenée à travailler plus étroitement avec les établissements publics “qui ont la défense dans leur ADN”, comme l’Onera*, le Cnes** ou l’Institut Saint-Louis***, ainsi qu’avec le nouveau pôle de sciences et de technologies réunissant plusieurs grandes écoles autour de l’École polytechnique.
 

* Office national d’études et de recherches aérospatiales.

** Centre national d’études spatiales.

*** Ou ISL, institut franco-allemand de recherche pour la défense.