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Réforme de l’État : Macron veut garder le cap sur fond de scepticisme

9 juil. 2018, PAR Pierre Laberrondo
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Charles Platiau/AP/SIPA

Le chef de l’État a assuré lors de son discours devant le Congrès, le 9 juillet, que des décisions seraient prises en matière de transformation publique “dans quelques semaines”, alors que les doutes gagnent l’administration.


Il fallait tenter de rassurer. Non, la réforme de l’État n’est pas enterrée. C’est l’un des messages qu’a voulu faire passer le président de la République, Emmanuel Macron, lors de son discours devant les députés et les sénateurs réunis en Congrès à Versailles le 9 juillet. “Le Premier ministre présentera dans quelques semaines les nouvelles décisions permettant de tenir les engagements de baisse de nos dépenses publiques pris devant les Français, a-t-il annoncé. Cela s’accompagnera d’une réorganisation de l’État au travers de plus de présence sur les territoires, plus de souplesse de gestion. D’ici la fin de l’année, le Premier ministre présentera l’ensemble de ses décisions pour la transformation indispensable de l’action publique. (...) Il faut enrayer un mode d’action publique qui a toujours procédé aux économies en réduisant sa présence sur les territoires. Ce que le Premier ministre présentera et qui sera mis en œuvre à partir de 2019 par son gouvernement, c’est précisément de repenser sur tous les territoires la présence de l’Etat et de ses services, de réouvrir de l’emprise et de contrarier ce faisant plusieurs décennies que toutes majorités ont mises en œuvre pour la réduction des déficits publics."

Pour le Président, il y avait urgence à envoyer un petit message, même s’il a surtout fait du teasing pour maintenir la pression. Alors que tout le monde attend des décisions au sein de l’administration, que Bruxelles fait montre d’une certaine impatience à propos du prochain projet de loi de finances (PLF) pour 2019, l’action gouvernementale et la communication se sont brouillées au printemps. Les réflexions autour d’Action publique 2022, soumises à une forte communication depuis le début du quinquennat, ont été au fil du temps entourées d’une chappe de plomb qui a fini par confiner au tabou.

Rapport reporté aux calendes grecques

Le rapport des experts CAP 2022, sur lequel l’exécutif n’avait cessé de communiquer depuis octobre pour montrer que le gouvernement Philippe, instruit des années RGPP et MAP, était prêt, lui, à une revue des missions selon un mode d’échange et de réflexion horizontal ? Il sera rendu public en avril, puis en mai, puis en juin… puis on ne sait plus, a-t-on successivement entendu. Ensuite, le message a un peu varié : peut-être après l’annonce des décisions effectivement prises pour ne pas que les éventuelles propositions disruptives du comité – susceptibles d’être écartées – viennent brouiller la communication gouvernementale ? Et puis finalement, peut-être plus de présentation du rapport du tout, avec simplement quelques axes distillés ici ou là au gré des projets de réformes…

Bref, la réforme de l’État a paru sérieusement encalminée ces dernières semaines, les observateurs relevant l’échéance du “mur budgétaire” et la présentation du PLF en septembre. Et plus on se rapproche dudit mur, plus il sera difficile d’éviter de donner une coloration budgétaire aux décisions prises.

Le rythme avait pourtant été donné le 1er février, lors du premier comité interministériel à la transformation de l’action publique (CITP), avec le lancement de 4 gros chantiers en matière de ressources humaines dans la fonction publique et des engagements importants sur le numérique. Mais depuis, un manque de lisibilité se fait sentir en interne. “Il y a peu de discussions en interministériel et peu de réunions sur ce sujet, regrette un secrétaire général de ministère. Cela manque de sens sur la réforme de l’État. Sauf sur la fonction publique et le numérique, où les dossiers avancent.”

Les ministères informés séparément

Alors que le deuxieme CITP prévu initialement en avril n'a toujours pas eu lieu, on s’interroge en interne : l’ambition de CAP 2022 et son caractère transversal – la revue des missions au plan général – sont-ils enterrés d’un point de vue seulement médiatique ou aussi dans les faits ? Certains se sont d’abord dit en avril-mai que le gouvernement Philippe différait ses annonces uniquement en raison de considérations tactiques. Notamment pour ne pas alimenter la tension sociale engendrée par la réforme de la SNCF ou le débat interne à la majorité présidentielle sur une éventuelle gauchisation de l’action à mener. Mais les semaines passant, le doute a gagné les esprits.

“Nous, nous considérons que le rapport est enterré, notait la semaine dernière le haut fonctionnaire précité. On n’entend plus du tout parler de réforme de l’État. Il y a quelques petites mesures du rapport qu’on va faire, mais les trucs dont on ne veut pas, on ne les fera pas.” Et la même source de relever que chaque ministère n’a reçu que la partie du rapport qui le concernait, ce qui ne favorise pas les discussions d’ensemble. Seule une partie transversale “principielle” aurait été diffusée début mai, pas forcément en cohérence avec les parties ministérielles.

“Personne ne comprend vraiment ce qu’il se passe, note une source. On a juste compris que la balle était repartie à la direction du budget, à Bercy, pour définir la trajectoire des 50 000 suppressions de postes à l’État.” Le Premier ministre, Edouard Philippe, a lui programmé une rencontre à Matignon, le 12 juillet dans l'après-midi, avec les membres du comité Action publique 2022 dont certains déploraient jusqu'ici n'avoir pas été tenus au courant du sort réservé à leur rapport, avec parfois des doutes sur son contenu. La réforme de l’État entre dans le dur.