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Le gouvernement roumain limoge la cheffe du parquet anticorruption

11 juil. 2018, PAR Acteurs Publics
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L’ancienne cheffe du parquet anticorruption roumain, Laura Codruta Kovesi. - © Vadim Ghirda/AP/SIPA

Les sociaux-démocrates au pouvoir en Roumanie ont finalement obtenu le départ de la très médiatique magistrate anticorruption Laura Codruta Kovesi. Le président de la République, qui s’opposait au gouvernement sur sa révocation, a finalement cédé.


Le bras de fer entre le gouvernement roumain et la cheffe du parquet anticorruption (DNA) a tourné à l’avantage de l’exécutif. Laura Codruta Kovesi a été limogée de son poste et va retourner en province, comme procureure au sein de la direction spécialisée dans la criminalité organisée et la cybercriminalité. Ironie de l’histoire, c’est à Sibiu, la ville du président de la République, qu’elle va désormais exercer. Le chef de l’État, Klaus Iohannis, a bien tenté d’empêcher le départ de la magistrate, mais pour éviter une crise politique majeure, il a finalement signé, lundi 9 juillet, le décret de révocation. Avec ce départ, le gouvernement mené par les sociaux-démocrates marque un nouveau point dans la bataille qu’il a engagée pour remodeler l’institution judiciaire, qu’il accuse d’abus de pouvoir contre la classe politique.

Laura Codruta Kovesi a admis sa défaite personnelle et a appelé les Roumains à se mobiliser. “La corruption peut être vaincue, n’abandonnez pas”, a-t-elle lancé. Elle a dénoncé “la méthode brutale du gouvernement” visant à “bloquer les enquêtes et la justice”. En poste depuis 2013, la magistrate a fait du DNA une institution redoutée par la classe politique. Son deuxième et dernier mandat devait s’achever en 2019.

Depuis plus d’un an, la Roumanie a vu naître un vaste mouvement de protestation de la société civile contre la réforme judiciaire que les sociaux-démocrates (PSD) ont entrepris de faire adopter en plusieurs volets, depuis leur retour au pouvoir, fin 2016.

Critiques de la Commission européenne

Des milliers de manifestants avaient défilé cet hiver pour exprimer leur soutien à la procureure lorsque la majorité gouvernementale avait annoncé vouloir la limoger. Laura Codruta Kovesi est depuis plusieurs mois dans le collimateur des sociaux-démocrates, dont elle a critiqué les réformes judiciaires.

Une procédure visant à la révoquer avait été ouverte en février par le gouvernement, selon lequel elle a “enfreint la Constitution” et “nui à l’image” de la Roumanie à l’étranger. Se déclarant “peu convaincu” par ces arguments, le chef de l’État s’était opposé à cette démarche et avait à son tour été menacé d’être destitué par la majorité, qui lui reprochait son obstruction. La Cour constitutionnelle lui avait ordonné, fin mai, de lever le veto qu’il avait mis à cette révocation.

La Commission européenne et le Conseil de l’Europe avaient également critiqué la procédure engagée. Douze pays occidentaux avaient exhorté fin juin les élus roumains à rejeter la vaste refonte de l’institution judiciaire entreprise au pas de charge par le gouvernement et à laquelle ils reprochent de “miner l’État de droit et la coopération judiciaire”.

Le chef des sociaux-démocrates en mauvaise posture

Certains observateurs mettent en avant le risque d’une dérive de l’État de droit similaire à celle dont sont accusées la Hongrie et la Pologne. D’autres voient principalement dans l’activisme de la majorité gouvernementale des manœuvres pour éviter la prison au chef des sociaux-démocrates, Liviu Dragnea.

Ce dernier, qui ne peut exercer les fonctions de Premier ministre en raison d’une condamnation à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale en 2016, s’est vu infliger en juin une deuxième peine de prison ferme, en première instance, dans une affaire d’emplois fictifs.

(avec AFP)