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France Stratégie recense 14 millions de Français maîtrisant insuffisamment le numérique

13 juil. 2018, PAR Emile Marzolf
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Dans un rapport publié le 12 juillet, France Stratégie estime à 16 % le nombre de Français déconnectés d’Internet et à 1,6 milliard d’euros les gains annuels potentiels d’un plan visant à l’autonomie numérique d’une partie de ces citoyens.


14 millions : c’est le nombre de personnes considérées comme éloignées du numérique en France en 2018. Cette estimation est celle du rapport intitulé “Les bénéfices de l’autonomie numérique”, commandé à France Stratégie par le secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, dans le cadre de la mise en place de sa stratégie nationale pour un numérique inclusif. Comprendre, un numérique accessible à tous et à toutes, quels que soient son âge, sa catégorie socio-professionnelle, sa connaissance du français ou bien encore son handicap.

Cette stratégie, qui se veut le service après-vente de l’ambition de dématérialisation de 100 % des démarches à l’horizon 2022, vise principalement à doter les collectivités des ressources et outils pour faire de l’inclusion numérique et à animer un réseau national de médiateurs numériques sur le territoire.

Le rapport, publié le 12 juillet par France Stratégie, se divise en deux parties distinctes pour appuyer la nécessité de la stratégie engagée par le secrétaire d’État. L’une vise à tirer le portrait le plus précis possible des populations éloignées du numérique. La seconde s’attache, autant que faire se peut, à estimer les gains que la société pourrait potentiellement tirer d’une plus grande accessibilité des citoyens au numérique.

Âge et catégorie socioprofessionnelle

Pour établir une cartographie des rapports entre les Français et le numérique, le service de prospective du Premier ministre s’est appuyé sur l’enquête Capacity de 2017 du groupement d’intérêt scientifique M@rsouin. Il en ressort que 12 % des Français sont considérés comme “distants” du numérique (c’est-à-dire se considérant comme en retard par rapport aux autres et peu à l’aise avec le numérique) et que 16 % sont tout simplement non internautes. Pour chacune des catégories, l’étude s’est attachée à les affiner par classes d’âges. Si les 18-24 ans et les 35-49 ans figurent en bonne place parmi les “hyperconnectés”, il apparaît que plus de 60 % des non-internautes ont plus de 65 ans. Et les 50 ans et plus pèsent pour près de 80 % des “distants”.

Autre “variable discriminante” relevée par France Stratégie, la catégorie socioprofessionnelle. Naturellement, les retraités sont les plus touchés par l’exclusion numérique. Mais les ouvriers et employés sont également en première ligne. À titre d’exemple, on retrouve environ 15 % de cadres chez les “hyperconnectés”, quand ils ne représentent qu’une poignée de pourcents des “distants” et “non-internautes”.

Un phénomène que l’on retrouve avec le niveau de diplôme : plus on grimpe vers les hauts niveaux de diplôme, moins l’on trouve d’éloignés du numérique. Les niveaux “collège ou élémentaire” et les niveaux CAP/BEP représentent ainsi l’écrasante majorité des déconnectés. Enfin, un indicateur que n’a pas pris en compte France Stratégie dans son étude, mais pourtant relevé par celle de M@rsouin, est celui du genre. Les hommes sont notamment bien plus présents parmi les hyperconnectés, tandis que les femmes sont majoritaires chez les “distants”.

Recoupés avec d’autres données, ces indicateurs permettent d’évaluer le degré de pratique et de maîtrise de l’administration en ligne. Ainsi, chez les “distants” du numérique, un peu moins de 30 % disent réaliser des démarches sur Internet. Chez les internautes réguliers, ce chiffre grimpe à 80 %.

Gain de temps… et d’argent

Et pour insister sur l’urgence et l’importance de l’autonomie numérique des citoyens, France Stratégie s’est employé à analyser tous les bénéfices que peut apporter le numérique pour ceux qui y ont accès et savent s’en servir. Que ce soit en termes de de pouvoir d’achat, de hausse du niveau de formation et de la productivité, ou bien en termes d’inclusion sociale par l’usage de l’e-santé ou des réseaux sociaux, l’organisme table sur un gain annuel moyen total de 1,6 milliard d’euros. À condition qu’un plan visant l’autonomie numérique d’un tiers des personnes éloignées du numérique soit mené.

“La réalisation d’achats en ligne par les bénéficiaires d’une politique d’inclusion numérique permettrait un gain de pouvoir d’achat de l’ordre de 42 euros par an et par individu”, estime ainsi France Stratégie, pour lequel ce gain pourrait s’élever à 180 millions d’euros annuels, auxquels s’ajouterait 1,2 milliard d’euros liés au gain de pouvoir d’achat tiré de l’utilisation des plates-formes collaboratives. Côté compétences et formations, l’organisme estime que 37 000 chômeurs pourraient retrouver un emploi s’ils étaient formés au numérique. Enfin, il juge que si toutes les personnes acquéraient des compétences numériques de base, chaque individu pourrait gagner l’équivalent de 16 heures par an pour diverses activités comme la recherche d’information ou la relation avec un service bancaire.

Démarches paradoxalement contraignantes

De même, “en effectuant leurs démarches administratives en ligne, les usagers de services publics qui ne le faisaient pas auparavant pourraient économiser 30 minutes par démarche sur une moyenne de 6 démarches par personne et par an et pour un gain de 450 millions d’euros par an, “le coût de traitement d’un dossier numérique étant trente fois moins élevé qu’un dossier papier”.

Et si pour France Stratégie, “la nature des bénéfices [pour les usagers] réside à la fois dans un meilleur accès à l’information et dans la simplification des opérations administratives”, l’enquête Capacity relève que 42 % des internautes disent rencontrer des difficultés pour réaliser des démarches sur Internet. À la question de savoir quels usages Internet pourraient faciliter la vie des non-internautes, 62 % d’entre eux avancent la réalisation des démarches en ligne, loin devant la possibilité de rester en contact avec ses proches (22 %) ou celle de faire des achats (16 %).

L’enquête M@rsouin relève enfin un autre problème, non abordé par France Stratégie, qui est celui de la réticence à l’usage d’Internet. En effet, selon cette enquête, 72 % des non-internautes répondent par la négative lorsqu’on leur demande s’ils souhaiteraient davantage utiliser Internet. Un résultat qui montre que l’inclusion numérique n’est pas qu’affaire de moyens et de formation, mais aussi de volonté et de culture.