Quantcast

Des projets informatiques de l’État toujours plus longs et coûteux

24 juil. 2018, PAR Emile Marzolf
  • 04
    MIN
  • 0

Pexels

De grands projets informatiques moins nombreux, de moindre envergure, mais pas moins coûteux. C’est ce que nous apprend la dernière édition du panorama des grands projets informatiques de l’État.


Moins de projets pharaoniques, mais plus d’écarts budgétaires. Comme tous les quatre mois depuis 2016, la direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État (Dinsic) a publié, vendredi 20 juillet, son tableau de bord des principaux chantiers informatiques de l’État. Cinquante-six grands projets informatiques menés par les différents ministères figurent dans cette sixième édition du panorama.

Au total, le coût global des grands projets informatiques suivis par la Dinsic culmine à 2,55 milliards d’euros, soit 300 millions d’euros de moins que lors de la précédente édition. Un écart qui s’explique surtout par le moindre nombre de projets analysés dans le panorama (56 contre 61 il y a quatre mois). Ce qui ressort de cette nouvelle édition, c’est que la stratégie, mise en œuvre par la Dinsic, de limiter le nombre de grands projets et de s’orienter davantage vers des projets au périmètre fonctionnel raisonnable commence à porter ses fruits. Cette stratégie résulte des leçons tirées des fiascos de l’Opérateur national de paye et du logiciel de paie des militaires Louvois, critiqués pour leur caractère pharaonique et par conséquent difficilement maîtrisable.

Si le nombre de projets interministériels, et donc mutualisés, ne progresse que lentement (20 en cours, contre 18 en 2016), le nombre de projets pharaoniques est lui aussi en baisse. Alors que les projets dont le coût dépasse les 100 millions d’euros étaient au nombre de 6 en mars, ils étaient 5 dans cette nouvelle édition du panorama. De même, les projets de la fourchette la plus large, entre 20 et 100 millions d’euros, sont passés de 26 à 25, et surtout, ceux entre 9 et 20 millions d’euros sont passés de 19 à 14.


 

Pour autant, le taux d’écart budgétaire ne cesse de grandir. Il est passé de 26,4 à 30,9 % en quelques mois. Il en va de même d’un point de vue calendaire. Les projets ne cessent de s’étaler dans le temps. Le taux d’écart calendaire est ainsi passé de 29 à 31,7 % dans la dernière édition. Tout comme la durée globale moyenne des projets, passée de 6,2 ans à 6,6 ans. Dans le communiqué accompagnant la publication du panorama, la Dinsic rappelle que “tout décalage n’est pas nécessairement synonyme de risque” et que les écarts peuvent simplement résulter de réformes ou d’évolutions réglementaires, nationales ou européennes, ayant conduit les projets à s’adapter.

 

 


Des projets RH toujours aussi nombreux

Le panorama des grands projets informatiques permet de dresser un autre constat : les projets liés aux ressources humaines sont encore et toujours les plus pesants. Que ce soit en termes numériques (sur un total de 56 projets, 14 relèvent des RH), ou de coûts. Le projet le plus cher présenté dans ce panorama, le système d’information de gestion des ressources humaines et des moyens de l’éducation nationale (Sirhen), s’élève ainsi à 496 millions d’euros, soit plus de 8 fois le coût initial estimé à son lancement… en 2007. Mais en dépit d’une réorientation assez radicale entamée en 2016, notamment en matière de gouvernance et d’organisation, l’arrêt de Sirhen a été annoncé par Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, vendredi 20 juillet, après que le projet a englouti 320 millions d’euros.

Le ministère de l’Économie et des Finances, qui cumule de son côté pas moins de 12 grands projets informatiques, mène à lui seul 3 projets RH. Dont un certain Sirhius, sur lequel plane l’ombre de Sirhen. Tout comme son équivalent à l’éducation nationale, le projet de rénovation des systèmes d’information de gestion des ressources humaines du ministère de l’Intérieur, baptisé Sirhius, a lui aussi été épinglé par la Cour des comptes en 2016. Dans son référé, la Cour pointait du doigt un projet traînant trop en longueur et difficile à déployer. Deux ans plus tard, il est toujours en phase de déploiement.

L’État n’en a pas pour autant fini avec les grands projets informatiques. Un certain nombre devraient entrer au compte-goutte dans les prochaines éditions du panorama, à mesure que les différents ministères présenteront ou se lanceront dans leur transformation numérique. C’est déjà le cas de la Justice, qui a annoncé en début d’année son chantier de transformation, notamment en vue de dématérialiser intégralement les procédures et de constituer un dossier pénal en ligne,  mais aussi des Armées, dont le plan de modernisation Défense Connect a été présenté en avril dernier.