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Portrait : Sabine Fourcade, le service public en héritage

23 août 2018, PAR Shahinez Benabed
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Vincent Baillais / Acteurs publics

La fille de l’ancien ministre Jean-Pierre Fourcade ne se destinait initialement pas à suivre le chemin paternel de la haute fonction publique. Elle est pourtant, depuis mai dernier, la secrétaire générale des ministères des affaires sociales. Retour sur son parcours et sur les défis qui l’attendent.


C’est dans un vaste bureau parisien niché au sein du ministère des Solidarités et de la Santé que Sabine Fourcade a pris ses quartiers à la suite de sa nomination, le 16 mai dernier, en tant que secrétaire générale les ministères des affaires sociales (SGMAS). Un bureau éclairé par de larges fenêtres donnant sur la tour Eiffel et le tout-Paris. Un bureau, surtout, dont les étagères, presque vides et prêtes à se remplir de nouveaux dossiers, ont attendu leur nouvelle locataire pendant près de six mois.

Car c'est en effet le temps qu’il a fallu au gouvernement pour se mettre d’accord sur le nom de celle qui a finalement succédé à l’ancien SGMAS Pierre Ricordeau. Rappelons que ce dernier, qui occupait la fonction depuis 2014, a choisi, en décembre 2017, de quitter ses fonctions pour retourner à l’inspection générale des Affaires sociales (Igas).

Ce délai, un peu long, s’explique, selon la nouvelle secrétaire générale, en raison de « plusieurs candidatures » et parce qu’il y avait des « attentes très importantes » sur le poste de la part « des deux ministères du Travail et de la Santé », impliqués dans le processus de nomination, « ainsi que du Premier ministre et du président de la République ».

Il faut dire que ce secrétariat général assiste à la fois les ministres en charge de la Santé, de la Jeunesse et des Sports et du Travail dans l’administration et la conduite des affaires de leurs ministères (forts à eux trois de 35 milliards d’euros de budget chaque année et de 30 000 agents). Existant sous sa forme actuelle depuis 2013 et comprenant 4 directions et 3 délégations, le « SG » traite à la fois notamment d’affaires juridiques, de finances, des systèmes d’information, des ressources humaines, ainsi que de communication. Une grosse machine donc, nécessitant que son pilote dispose lui aussi d’un large panel de compétences.

Des compétences que Sabine Fourcade, inspectrice générale des affaires sociales, semble posséder, aux dires de son prédécesseur, Pierre Ricordeau, qui atteste que cette dernière « connaît très bien les problématiques sociales [et] a des compétences très complètes pour faire face à ce poste », et ce tant « sur les fonctions support que sur les politiques publiques. Elle justifie en outre d’un parcours qui la rend très légitime ». 

Sabine Fourcade dispose en effet d’un C.V. bien fourni. Car avant d’arriver au SGMAS, celle-ci, née en 1959, a gravi un à un tous les échelons de l’administration « sociale ». Notamment ancienne directrice générale de la cohésion sociale, elle a en outre alterné « entre des moments en postes opérationnels et des missions plus ancrées dans la réflexion », explique-t-elle.  

Changement d’orientation

Pourtant, à ses débuts, Sabine Fourcade se destinait à un tout autre parcours. Le bac en poche, elle s’oriente vers des études de psychologie, puis enseigne pendant deux ans à l’université de Nanterre. Cela malgré un père, Jean-Pierre Fourcade, inspecteur des finances et ancien ministre de l’Économie sous la Présidence de Valéry Giscard d’Estaing, ainsi qu’une mère, Odile Fourcade, elle-même ancienne conseillère générale DVD des Hauts-de-Seine. Cela aussi malgré deux grands-pères qui se sont illustrés, chacun à leur manière, dans le service public, avec d’un côté un haut fonctionnaire impliqué dans le plan Marshall et de l’autre un médecin qui a notamment travaillé sur la transfusion sanguine. « Mon père me voyait bien dans des carrières publiques, se souvient la désormais secrétaire générale, le sourire aux lèvres, mais à l’époque, je n’avais pas du tout envie de faire comme lui. […] Je pense que j’ai fait “psycho” en réaction à mon milieu familial. »

Très vite cependant, Sabine Fourcade se rend compte que la voie de la psychologie n’est peut-être pas pour elle : « Dans les années 80, les chercheurs passaient des années sur le même sujet d’étude, loin du monde. Je me suis alors dit que je m’étais peut-être trompée. » Avec en tête les parcours de ses illustres aïeux, elle se décide finalement à prendre « une année sabbatique pour réviser le droit public, etc. » Elle passe ensuite le concours d’attachée, puis entre à l’ENA, « avec l’idée de travailler au sein des ministères sociaux ».

À partir de là, les postes dans lesdits ministères s’enchaînent. Après des fonctions de cheffe de bureau et de chargée de mission à la direction de la Sécurité sociale du ministère du Travail, entre 1997 et 2002, elle entre, au titre de la mobilité, au centre Georges-Pompidou, où elle reste jusqu’en 2007, notamment en tant que directrice des ressources humaines. De retour en administration centrale en 2008, elle intègre la direction générale de l’action sociale (DGAS). D’abord sous-directrice, Sabine Fourcade y est ensuite nommée cheffe de service et adjointe au DGAS de l’époque, Fabrice Heyriès. Un poste où elle aide notamment ce dernier à préfigurer la direction générale de la cohésion sociale (DGCS)*, avant de prendre sa relève en tant que directrice générale, lorsque celui-ci rejoint Groupama, en 2011. « J’ai tout fait pour qu’elle me succède » car « c’est une personne rare, quelqu’un de structuré, de pragmatique et qui connaît les chiffres », se souvient Fabrice Heyriès. « Et pourtant, ajoute-t-il, ce n’était pas gagné, puisque nous étions sous la Présidence de Nicolas Sarkozy et que Sabine était plutôt connue pour être de l’autre côté politiquement… »

Après quatre ans à ce poste, Sabine Fourcade rejoint finalement l’Igas pour trois ans. Des fonctions qu’elle juge intéressantes, bien que très différentes de celles qu’elle a pu assumer auparavant. Car à l’Igas, décrit-elle, « on est sur un seul sujet, avec des missions de trois ou quatre mois en équipe où on répond à une question posée par un ministre, où on rend un rapport » et « où on n’est pas associé à la mise en œuvre ». « Il y a donc une petite frustration, conclut-elle. Au bout d’un moment, on a besoin d’adrénaline. »

Un SG « loin du chef des gommes et des crayons »

Cette adrénaline, la nouvelle SMGAS espère bien la trouver dans le cadre de ses nouvelles fonctions. Après une période où elle se donnera le temps de « faire le tour des différents sujets, de rencontrer l’ensemble des acteurs », Sabine Fourcade prévoit ensuite d’organiser le travail au sein du SG, notamment les sujets sur lesquels elle s’investira tout particulièrement.

« Pierre Ricordeau était plus particulièrement investi sur la coordination des politiques de santé et le pilotage des agences régionales de santé (ARS), tandis que sa secrétaire générale adjointe [Annaïck Laurent, ndlr] se concentrait plus sur les autres réseaux et sur les autres politiques : travail emploi, jeunesse et sports. […] En ce qui me concerne, et en accord avec elle, je me laisse la possibilité de découvrir et de maîtriser l’ensemble du champ du SG et je verrai ensuite avec elle comment on se répartira le travail. »

Sabine Fourcade sait néanmoins qu’elle aura deux principaux dossiers en guise de feuille de route : « la coordination des politiques de santé et l’appui aux ARS », ainsi que « la transformation de l’action publique d’ici 2022, qui est en train de se cristalliser », laquelle « sera le nœud de notre action », explique-t-elle. Sur ce dernier point, « des décisions vont être prises à l’été avec un double impératif : un meilleur service aux usagers, ainsi qu’une gestion plus économe des ressources ». Et le rôle du secrétariat général et de son pilote, « sera évidemment central entre les politiques publiques – amenées à être transformées –, et les agents du service public – qui devront les mettre en œuvre de la manière la plus efficace possible. Le secrétaire général est et sera donc loin d’être un “chef des gommes et des crayons” », estime-t-elle, prenant ainsi le contrepied d’un ancien directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie, qui avait utilisé en début d’année cette expression dans nos colonnes pour qualifier le « SG ».

Reste maintenant à savoir quel rôle joueront concrètement les ministères sociaux dans les objectifs de réduction du nombre de fonctionnaires, qui devra atteindre 50 000 agents d’ici 2022, et quelles économies leur seront demandées. Car, comme le souligne Fabrice Heyriès, ces derniers « sont très pauvres sur les moyens de fonctionnement et le secrétariat général gère la pénurie ». Si Sabine Fourcade sait que ces ministères devront « contribuer à l’effort général », elle ne sait en revanche pas encore dans quelle mesure « au regard des missions qui incombent aux ministères sociaux ». Les arbitrages en haut lieu, attendus prochainement, permettront sans doute d’en savoir un peu plus.  

Parcours

2004 : Directrice des ressources humaines du centre Georges-Pompidou

2009 : Adjointe au directeur général de l'action sociale

2011 : Directrice générale de la cohésion sociale

2015 : Inspectrice générale des affaires sociales

2018 : Secrétaire générale des ministères des affaires sociales

 

* Une structure gérée par le ministère de la Santé et le SGMAS, chargée de concevoir et piloter diverses politiques de solidarité.