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Limogeages en série dans le secteur de l’énergie en Tunisie

3 sept. 2018, PAR Acteurs Publics
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Le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed - Mohammed Hammi/SIPA

Le chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed vient de congédier le ministre de l’Énergie, le secrétaire d’État aux Mines, deux directeurs centraux ainsi que le P-D.G. de l’Entreprise tunisienne des activités pétrolières. L’exploitation illégale d’un énorme puits de pétrole dans le centre-est du pays est le motif invoqué pour expliquer ces départs forcés.


La purge opérée vendredi 31 août par le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed au ministère de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables, continue de faire des remous. Des journalistes, ainsi que des personnalités politiques et syndicales, sont montés au créneau pour dénoncer des licenciements à la hussarde dans une affaire grave qui engage la responsabilité du gouvernement tout entier.

L’affaire en question porte sur l’exploitation illégale par un investisseur privé d’un important forage de pétrole dans la région de Monastir (centre-est de la Tunisie) depuis 2009. Selon, Iyed Dahmani, porte-parole du gouvernement, Youssef Chahed aurait découvert le pot aux roses après avoir reçu une invitation du fameux investisseur pour l’inauguration d’un nouveau puits. D’où sa décision de limoger le ministre de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables, Khaled Gaddour, le secrétaire d’État aux Mines, Hachem Hmidi, le président-directeur général de l’Entreprise tunisienne des activités pétrolières (Etap), ainsi que deux hauts responsables du ministère, qui chapeautaient le service des affaires juridiques et la direction des hydrocarbures.

Lors une conférence de presse, le porte-parole du gouvernement a indiqué que l’affaire du forage illégal de Monastir a révélé "de graves dysfonctionnements" dans le secteur de l’énergie. Plus précisément, il a souligné que le titulaire de la concession n’a pas renouvelé son permis depuis 2009. Celui-ci a continué à travailler librement alors que la législation exige que l’État soit, à travers de l’Etap, associé à tous les travaux de forage et d’exploitation sur des sites d’hydrocarbures.

Protéger les ressources du pays

Iyed Dahmani a fait savoir, devant les journalistes, que l’exploitation de Monastir regorge de ressources considérables. Ses réserves sont estimées à un peu plus de 50 % du total du brut tunisien. "Il y a nécessité aujourd’hui à revoir la gouvernance dans le secteur pétrolier afin de mieux garantir les intérêts de l’État tunisien", a expliqué le porte-parole du gouvernement. De son coté, Youssef Chahed a affirmé, en évoquant les limogeages, qu’aucune injustice n’a été commise et que son seul souci et de protéger les ressources de la Tunisie. Il confié que sa décision a été prise à la suite d’un rapport sur la corruption élaboré par une commission de contrôle de son département et qui a révélé "des dossiers dangereux". "Nous ne pouvions pas rester sans rien faire", a plaidé le chef de l’exécutif tunisien.

Des enquêtes supplémentaires confiées à l’Instance de contrôle général des services publics (ICGSP), et à l’Instance de contrôle général des finances (ICGF), seront en outre menées dans les prochains jours pour identifier d’autres responsables impliqués dans le scandale du forage de Monastir. Évoquant sa campagne de lutte contre la corruption, Youssef Chahed a laissé entendre dans une déclaration à la presse, que des soupçons, de cette nature, pèsent sur les responsables limogés. En réaction à son discours, des soutiens de l’ex-ministre de l’Énergie se sont montrés corrosifs. Un de ses prédécesseurs, Kamel Bennaceur - en poste entre 2014 et 2015 - a pris sa défense et l’a décrit sur son compte Twitter comme "une personne qui a démontré ses qualités de compétence et d’intégrité et un sens de sacrifice pour le pays".

Écarter un rival

Pour sa part, Noureddine Taboubi, secrétaire général de l’Union nationale tunisienne du travail (UGTT), a accusé Youssef Chahed d’avoir écarté un rival qui allait lui succéder à la tête du gouvernement. Le leader syndical a également critiqué la décision du Premier ministre de rattacher le ministère de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables au ministère de l’Industrie et des PME. Pour le moment, on ignore si cette fusion est temporaire. Youssef Chahed a fait savoir que tout le secteur de l’énergie avait besoin d’une profonde restructuration.  

Les derniers limogeages interviennent alors que le gouvernement a décidé d’augmenter pour la quatrième fois cette année, le prix du carburant. Cette mesure a été prise conformément aux réformes exigées par le Fond monétaire international (FMI).

Samia Lokmane-Khelil