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Le gouvernement veut mobiliser 75 à 100 millions d’euros pour l’inclusion numérique

12 sept. 2018, PAR Emile Marzolf
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Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au Numérique. - © PDN/SIPA

À l’occasion d’un déplacement à Nantes, le secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, va annoncer le lancement du plan d’action pour l’inclusion numérique, qu’il élabore depuis près d’un an. Un “passe numérique” donnant accès à la formation doit notamment être lancé en 2019.


Entre 13 et 14 millions. C’est le nombre de Français que l’on estime en difficulté avec le numérique et ses usages, selon que l’on regarde les chiffres de l’Arcep ou de France Stratégie. Quoi qu’il en soit, cela signifie qu’un Français sur 5 est en en situation d’exclusion ou de distanciation vis-à-vis de la société numérique. Une population à laquelle le secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, est bien décidé à venir en aide.

Depuis le lancement d’une mission sur la mise en place d’une stratégie pour un numérique inclusif, qui a accouché d’un rapport fin mai, le secrétaire d’État multiplie les apparitions et prises de parole sur le sujet, dont il a fait l’une de ses priorités. Notamment en nommant Salwa Toko à la tête du nouveau Conseil national du numérique (CNNum) et en chapeautant la création de la Fondation Femmes numériques. Il a même commandé une étude à France Stratégie, l’organisme de prospective du gouvernement, pour appuyer sa politique et insister sur la nécessité d’agir.

L’idée, comme nous l’expliquait le cabinet de Mounir Mahjoubi en mai, étant de mobiliser le maximum d’acteurs pour en faire un “sujet politique”. C’est, semble-t-il, désormais chose faite. Le secrétaire d’État va annoncer, jeudi 13 septembre, à l’occasion de l’événement Numériques en communs, à Nantes, les principales mesures d’action en faveur de l’inclusion numérique.

Généralisation du passe numérique

L’objectif de cette réunion des acteurs de la médiation numérique est de “faire une rentrée de mobilisation générale”, réunissant notamment les acteurs de la Mednum (le réseau des médiateurs numériques), des collectivités, des entreprises engagées et des opérateurs de services publics, afin de “rappeler l’importance du sujet et son urgence”, explique Yolaine Proult, conseillère “inclusion numérique et innovation” de Mounir Mahjoubi. Et surtout, d’annoncer le lancement du “passe numérique”.

Un lancement qui n’est autre que la généralisation d’une initiative lancée à la fin du précédent quinquennat. Le chèque numérique (ou chèque Aptic) initié par Axelle Lemaire – alors secrétaire d’État au Numérique – en 2016 était en effet entré, entre avril et mai 2017, dans une phase d’expérimentation au niveau national. Dans la forme que lui donne l’actuel secrétariat d’État, le “passe numérique” doit permettre aux personnes en retrait du numérique, mais pas totalement en rupture – et donc “autonomisables”, soit 5 millions de personnes –, de suivre des formations aux fondamentaux des outils numériques. Le “passe” sera ainsi doté de 50 à 100 euros, ce qui donnera accès à 10 ou 20 heures de formation de base permettant d’“apprendre à naviguer, à créer une adresse mail, à remplir les procédures en ligne ou à faire une recherche d’emploi”, précise Yolaine Proult.

Donner l’impulsion aux acteurs de la médiation

Désormais, l’enjeu est de “massifier” le dispositif. Pour ce faire, l’État prévoit de mettre 15 millions d’euros sur la table. Une enveloppe d’amorçage qui doit avant tout permettre de faire “effet levier sur l’ensemble des acteurs”. Le gouvernement compte notamment sur l’investissement des collectivités, via des fonds européens, comme le font déjà certaines d’entre elles (la ville de Rennes et les départements du Gard et des Pyrénées-Atlantiques, notamment), mais aussi sur celui des opérateurs de services publics tels que Pôle emploi ou La Poste, et sur des entreprises privées.

Mounir Mahjoubi va d’ailleurs signer, demain, des chartes d’engagement avec plusieurs entreprises dont “la politique RSE [de responsabilité sociale des entreprises, ndlr] prend ces questions très au sérieux”, explique sa conseillère. Orange, BNP Paribas, Veolia ou encore le Crédit agricole feraient partie des premiers partenaires et devraient apporter 500 000 euros supplémentaires. De quoi, espère-t-on du côté du secrétariat d’État, atteindre un financement total de 75 à 100 millions d’euros annuels grâce à cette “logique de levées de fonds”. À titre de comparaison, le dispositif expérimental du chèque numérique n’aurait pour l’heure consacré que 250 000 euros à la formation des citoyens, pour un total de 25 000 chèques.

La Banque des territoires nouvellement créée au sein de la Caisse des dépôts et consignations va également investir 5 millions d’euros afin de former aidants numériques et travailleurs sociaux, et ainsi permettre de “structurer la filière de la médiation sur tout le territoire”. Un recensement des offres d’inclusion numérique dans les territoires est également en cours afin de constituer une cartographie nationale.

Lancement en 2019

Ces 75 à 100 millions d’euros ne permettraient toutefois de ne former que 1,5 million de Français. Aussi le secrétariat d’État prévoit-il de renouveler l’expérience, au moins pendant cinq ans, afin d’atteindre l’objectif d’autonomisation de 5 à 6 millions de personnes.

Des appels à projets devraient être émis d’ici la fin de l’année pour pouvoir “concrètement délivrer les passes numériques en 2019 et monter en puissance dans leur distribution”. Une distribution qui passera par les collectivités, entreprises associées et opérateurs sociaux. Lesquels sont en première ligne face aux populations concernées. C’est en effet aux travailleurs sociaux que reviendra la première étape de la prise en charge, celle de l’identification des publics et de leur diagnostic, mais aussi de l’accompagnement des publics non autonomisables, que ce soit du fait de leur grand âge ou de leur maîtrise du français. En attendant, un “kit d’intervention rapide” à destination des aidants et une “boîte à outils” ont d’ores et déjà été mis en ligne.