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Large mouvement dans les administrations locales en Algérie

2 oct. 2018, PAR Acteurs Publics
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Le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia - CHINE NOUVELLE/SIPA

Le Président Bouteflika a procédé, à la fin de la semaine dernière, à de vastes changements dans les préfectures et les sous-préfectures. Ce mouvement, le second en une année, résonne comme une sanction. Des mouvements sociaux, des inondations, ainsi qu’une récente épidémie de choléra ont révélé une incurie dans la gestion des affaires locales. Le Président Bouteflika a procédé, à la fin de la semaine dernière, à de vastes changements dans les préfectures et les sous-préfectures. Ce mouvement, le second en une année, résonne comme une sanction. Des mouvements sociaux, des inondations, ainsi qu’une récente épidémie de choléra ont révélé une incurie dans la gestion des affaires locales.


Annoncé depuis plusieurs semaines déjà par les médias algériens, le mouvement des walis (préfets) a finalement eu lieu vendredi 28 septembre. Le Président Abdelaziz Bouteflika a signé un décret mettant fin aux fonctions d’une vingtaine de responsables, soit un peu moins du nombre total de préfets.

Les wilayas (préfectures) les plus touchées par ces changements sont celles du centre. L’une d’elle est Blida. Cette ville située à quelques dizaines de kilomètres de la capitale, Alger, a défrayé la chronique à la fin de l’été, après l’apparition du choléra, qui a tué 2 personnes.

Son ancien préfet, Mustapha Laayadhi, a été limogé le 3 septembre dernier à cause de sa gestion chaotique de l’épidémie. Il avait été pris à partie par la population après avoir refusé, dans une visite à l’hôpital, de s’approcher d’une femme, suspectée d’être atteinte du choléra. Plus globalement, c’est l’état d’insalubrité de Blida qui lui a valu son départ.

Comportement méprisant

Dans une autre ville du centre, Boumerdès, le préfet vient aussi de rendre son tablier pour son comportement méprisant envers la population. Abderahmane Madani Fouatih a notamment fait scandale en mars dernier après avoir malmené des familles sinistrées depuis un tremblement de terre de 2003 et qui résident encore dans des chalets d’urgence.

Beaucoup ont d’ailleurs pensé que le préfet de la capitale, Abdelkader Zoukh, allait aussi quitter son poste, pour les mêmes motifs. Une vidéo le montrant en train de tancer une femme habitant un bidonville a fait le “buzz” sur les réseaux sociaux ces derniers jours.

On reproche aussi à Abdelkader Zoukh de bloquer des projets économiques dans sa ville. La vox populi lui attribue par ailleurs des liens avec le milliardaire Kamel Chikhi, écroué en juin dernier pour des affaires de trafic de drogue, de blanchiment d’argent et de corruption. Des fonctionnaires des services de l’urbanisme de la ville d’Alger sont d’ailleurs poursuivis par la justice dans le cadre de ce dossier, qui a fait tomber les patrons de la gendarmerie, de la police et des responsables militaires.

Réhabilitation de préfets controversés

Officiellement, le mouvement des préfets qui vient d’avoir lieu vise, comme les précédents, à donner, avec des responsables fiables et compétents, plus de visibilité à la stratégie de l’État pour le développement des collectivités territoriales. Mais certains des remplacements qui viennent d’être opérés prêtent à confusion.

C’est notamment le cas pour Abdelhakim Chater, nouveau wali de Tizi-Ouzou (centre du pays), qui avait été limogé du même poste à Annaba (est) en 2016, pour avoir tenu des propos qualifiés de choquants à l’égard des anciens moudjahidines (combattants pour l’indépendance de l’Algérie). Il les avait notamment accusés de profiter de privilèges à la place des “martyrs” qui ont véritablement mené la guerre contre le colonialisme.

Un autre wali fait aussi son retour : Ahmed Maabed, qui vient d’être nommé à Bejaia, ville côtière industrielle. Il avait pourtant quitté Mostaganem (ouest de l’Algérie) en 2015 à la suite de révélations dans la presse locale sur l’existence de pratiques de corruption et de pots-de-vin dans la préfecture. Certains médias algériens, qui parlent de réhabilitations, remettent en cause les critères de sélection des walis tels qu’annoncés par les autorités.

7 sous-préfets révoqués

Leurs réserves concernent aussi la présence dans la liste des nommés de deux anciens ministres, qui ont fait un passage éclair dans le gouvernement en 2017. Il s’agit d’Ahmed Abdelhafid Saci, ancien ministre du Commerce, et de son collègue de l’Habitat, Youcef Chorfa. Tous les deux avaient dû partir à la suite du limogeage du Premier ministre de l’époque, Abdelmadjid Tebboune.

Il est à noter que les changements récents dans les préfectures concernent aussi les secrétaires généraux. Une quinzaine ont été démis de leurs fonctions et remplacés.

Le mouvement a en outre concerné les sous-préfets (walis délégués). Sept ont été révoqués, notamment dans le Sud du pays, touché ces derniers temps par des mouvements sociaux, à cause du chômage et de la crise de logement. De récentes inondations ont également frappé plusieurs régions du pays, surtout à l’Est, où un préfet et un sous-préfet ont été congédiés.       

Samia Lokmane-Khelil