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Au bout d’un an et demi, quel bilan pour Gérard Collomb place Beauvau ?

3 oct. 2018, PAR Emile Marzolf
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© Sarah ALCALAY/SIPA

La passation de pouvoirs entre Gérard Collomb, ancien ministre de l’Intérieur, et le Premier ministre, Édouard Philippe, qui prend l’intérim, s’est tenue ce mercredi 3 octobre au matin. Quelque seize mois après son arrivée, quel bilan Gérard Collomb laisse-t-il place Beauvau ?
 


“Lorsque je suis arrivé, les choses n’étaient pas forcément faciles et on avait connu, quelque temps avant, une révolte de la police. Aujourd’hui, je quitte un ministère apaisé et qui a su impulser un certain nombre de réformes, mais il en reste bien d’autres à réaliser”, a reconnu Gérard Collomb, lors du discours accompagnant sa passation de pouvoirs assez glaciale avec le Premier ministre, Édouard Philippe, lequel assurera l’intérim jusqu’à la nomination de son successeur.

Gérard Collomb, fidèle de la première heure du candidat Emmanuel Macron, a fini par démissionner mardi 2 octobre, pour rejoindre Lyon, dont il espère briguer une nouvelle fois la mairie en 2020. Une démission qu’il a imposée à l’Élysée et Matignon au terme d’un mois de piques distillées dans la presse.

Fin de l’état d’urgence, lutte contre l’immigration et mise en place de la police de sécurité du quotidien : tour d’horizon des actions menées par l’ancien locataire de la Place Beauvau.

Loi Asile-Immigration

Le ministre de l’Intérieur laisse derrière lui un bilan mitigé, marqué notamment par la loi “Asile-immigration”, adoptée le 1er août et promulguée le 11 septembre. Ce texte, controversé et qui avait fait l’objet d’une saisine du Conseil constitutionnel, vient modifier les règles en vigueur en matière d’asile et de lutte contre l’immigration clandestine. Il vise notamment à réduire à six mois en moyenne le traitement d’une demande d’asile, en réduisant par exemple de cent vingt à quatre-vingt-dix jours le délai de dépôt de demande après une entrée sur le territoire. Cette loi a également durci la politique de lutte contre l’immigration en doublant à quatre-vingt-dix jours la durée maximale de rétention administrative, ou encore en permettant de mettre fin au statut de réfugié en cas de condamnation pour des faits graves.

Fin de l’état d’urgence

Le ministre s’était en outre attelé, dès son arrivée au ministère, à mettre fin à l’état d’urgence. Une priorité qui s’est matérialisée le 1er novembre 2017 par l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. Laquelle a transposé, dans le droit commun, un certain nombre de dispositions exceptionnelles de l’état d’urgence, comme la possibilité pour les préfets de mettre en place des périmètres de protection (avec accès et circulation réglementé) autour d’événements à risques, ou d’ordonner la fermeture administrative de lieux de culte pour apologie du terrorisme. La loi est également venue renforcer les pouvoirs de surveillance des autorités.

Police de sécurité du quotidien

Mesure phare de la transformation des missions de la police et de la gendarmerie nationales, la mise en place de la police de sécurité du quotidien (PSQ), digne héritière de la police de proximité supprimée en 2003 par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, a débuté en septembre avec l’annonce d’une trentaine de quartiers prioritaires. Lors de son discours du 3 octobre, le ministre démissionnaire a d’ailleurs rappelé l’impérieuse nécessité d’améliorer la situation “très dégradée” des quartiers difficiles. Une amélioration qui doit passer par la mise en place, d’ici 2020, de 60 “quartiers de reconquête républicaine”, des quartiers jugés comme les plus difficiles et dans lesquels la présence des forces de l’ordre sera renforcée par la PSQ. 1 300 policiers devraient y être affectés, dont 300 d’ici la fin de l’année, en particulier dans la région parisienne et dans les principales grandes villes de France. Conformément aux promesses de campagne d’Emmanuel Macron, le lancement de cette police doit notamment permettre de mettre un coup de frein à la politique du chiffre, le ministre s’étant montré favorable à la conduite d’enquêtes de satisfaction auprès des citoyens pour évaluer la PSQ.

Transformation numérique

La conduite de ces missions de proximité devrait également bénéficier des plans de transformation numérique en œuvre à l’Intérieur. Gérard Collomb avait notamment mis l’accent sur l’équipement en outils numériques des forces de police et sur la dématérialisation d’un certain nombre de démarches pour décharger les fonctionnaires des tâches administratives et répétitives, en particulier pour les signalements. Une "brigade numérique" avait également vu le jour en février au sein de la gendarmerie pour répondre aux questions élémentaires des français relatives à la sécurité.

Augmentations des effectifs

Tandis que le gouvernement prévoit la suppression de 50 000 postes en cinq ans dans la fonction publique de l’État, le ministère de l’Intérieur a de son côté été épargné par la réduction des effectifs. L’an dernier, la Place Beauvau a renforcé ses rangs de quelque 1 400 postes et devrait, selon le projet de loi de finances 2019, encore en gagner 2 153 supplémentaires l’an prochain. Deux renforcements d’effectifs qui visent à atteindre l’objectif de 10 000 créations de postes d’ici la fin du quinquennat. Un effort salué dans son discours par le désormais ex-ministre, qui a également souligné la hausse prévue de 3,4 % de son budget pour l’année prochaine.